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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 23:25

140712-Jacques SAPIRDes élections se sont tenues en Ukraine le 26 octobre. D’autres se tiendront le dimanche 2 novembres. Ces élections entérinent en fait la partition de l’Ukraine. Les pays de l’UE et les Etats-Unis se refuseront sans doute à reconnaître les résultats des élections qui se tiendront dans l’Est de l’Ukraine, en territoire insurgé. C’est une faute, et une faute dont les conséquences seront graves. En effet, dans une guerre civile, et ce qui se passe en Ukraine depuis le mois de mars est bien une guerre civile, il est impératif de trouver des compromis. Ces compromis exigent que l’on discute avec des gens avec lesquels on n’est pas d’accord. Il n’y a que dans le monde des bisounours que l’on passe des compromis avec ses propres amis. De ce point de vue, les élections qui se tiendront dans la zone contrôlée par les insurgés permettront de vérifier le degré de légitimité des autorités insurgées.

Une faute, trois erreurs.

On dira que rien ne garantit la tenue de ces élections dans des conditions qui soient acceptables. Peut-être ; mais, si les pays de l’UE avaient déclarés leur intention de reconnaître, le cas échéant ces élections, ils auraient pu demander à avoir des observateurs, et ils auraient eu un moyen indiscutable de savoir si le scrutin était valide ou pas. En déclarant d’emblée ces élections « illégitimes », les pays de l’UE et les Etats-Unis se sont mis hors-jeu pour contester les conditions dans lesquelles se tiendront ces élections. Première erreur, que n’a pas commise la Russie qui, elle, a reconnue les élections qui se sont déroulées sur le territoire ukrainien sous le contrôle de Kiev, ce qui lui permettra d’avoir un partenaire, tout en se préparant à reconnaître les élections qui se tiendront en zone insurgée. J’ai le regret de la dire à M. Laurent Fabius, notre Ministre des Affaires Etrangères mais la position de M. Lavrov, le Ministre russe, est beaucoup plus réaliste et beaucoup plus cohérente que la sienne.


Par ailleurs, il est scandaleux, au sens le plus profond du terme scandale, que des Etats qui font de la « démocratie » le point central de leur politique étrangère (ou qui du moins affectent de le faire) se refusent à reconnaître un processus électoral. Il en résulte une image profondément brouillée de l’attitude de ces pays. On peut, à juste titre, considérer qu’ils estiment qu’il y a des « bons » et des « mauvais » ukrainiens, les premiers ayant le droit de voter et pas les seconds. Venant après les palinodies et les contradictions sur la Libye, depuis 2011, et sur la Syrie, cela est très inquiétant quant aux principes mêmes dont ces pays prétendent s’inspirer pour conduire leur politique. Voilà qui donne raison à ceux qui prétendent que les grands principes du Droit et de la Morale ont été instrumentalisés et connaissent une application variable suivant les camps en présence. Ceci n’est pas nouveau ; on se souvient du « vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà… ». Ce scandale révèle la profonde erreur qui sous-tend la politique des pays de l’UE.


Enfin, alors que montent les rumeurs, souvent adossées à des évidences, sur l’existence de charniers dans les zones qui ont été évacuées par l’armée de Kiev, alors qu’abondent les témoignages sur des violations des droits de l’homme dans la zone des combats, ces élections auraient pu permettre à une commission d’enquête d’aller sur place et de chercher à trier ce qu’il y a de faux et ce qu’il y a de vrai. Ne pas reconnaître un pouvoir, même si on le considère comme un pouvoir « de fait », quand ce pouvoir a une réalité, et va voir cette réalité probablement confirmée dans un scrutin interdit toute tentative pour établir la vérité sur des accusations qui, si elles devaient être confirmées, montreraient un degré de violence inconnue depuis 1945 en Europe, à l’exception de la guerre civile yougoslave. Il y a là un enjeu non seulement moral mais aussi politique. Refuser le voir, faire la sourde oreille et l’aveugle devant ces faits constitue alors une erreur grave, et une erreur dont les conséquences pourrait bien se révéler dans les années qui viennent.

L’importance de la participation

Pour revenir à ces élections, il faut ici rappeler que la première des choses consiste à regarder avec soin le niveau de participation. Il a été faible pour les élections de la semaine dernière, avec une participation d’environ 52% dans les zones contrôlées par le gouvernement de Kiev, ce qui est un chiffre faible même pour l’Ukraine. Ce chiffre doit être évalué à l’aune de deux réalités. D’une part, il est évident que des régions n’ont pas votée. C’est le cas de la Crimée, qui a décidé par référendum de se rattacher à la Russie, et c’est le cas des zones insurgées. On estime à environ 5 à 6 millions, soit environ 16% du corps électoral, le nombre de personnes qui n’ont pas pris part au scrutin pour ces raisons. Mais, il faut ici rappeler une loi régulièrement vérifiée dans tous les pays et qui veut que dans une situation de forte crise la participation soit au contraire forte, et en règle générale plus forte que dans la moyenne des scrutins précédents. On aurait du s’attendre à voir la participation monter au moins à 70-75% et, compte tenu que cette participation ne concernait que 84% du corps électoral, on aurait dû avoir un chiffre de 60% pour la participation vérifiée. On voit que l’on est loin du compte.


Cela signifie que ces élections, loin d’avoir été le « triomphe » des partis pro-occidentaux que prétend une partie de la presse française, ont montré que la division de l’Ukraine reste très profonde[1]. Le parti du Président, M. Porochenko, et celui du Premier-Ministre démissionnaire, M. Iartseniouk, ont fait jeu égal avec environ 22% des suffrages exprimés. Ils sont suivis du parti constitué par le maire de Lviv, puis par les survivants du « Parti des Régions » de l’ancien Président Yanukovitch. La fragmentation du spectre politique ukrainien et l’influence des forces oligarchiques restent très importantes. Qui plus est, les votes ne sont toujours pas également répartis sur le territoire. Le « Parti des Régions » et divers mouvements d’opposition au régime de Kiev font des scores bien supérieurs dans les parties de l’Est du territoire contrôlé par Kiev qu’à l’Ouest. La zone centrale, Kiev est les régions environnantes, continue d’affirmer une spécificité politique qui n’est pas réductible à l’Ouest du pays. Enfin, la répartition géographique de l’abstention montre que cette dernière a constitué, en partie, un véritable vote d’opposition au régime de Kiev. Alors que l’économie ukrainienne continue de s’effondrer, on s’attend à une chute de -8% à –10% pour le PIB en 2014, le futur politique du pays apparaît comme fort sombre. On ne peut exclure que dans certaines régions de l’Ouest, en particulier à Lviv, apparaissent des mouvements séparatistes qui demandent soit leur indépendance soit, plus probablement leur rattachement à la Pologne. Ceci aurait pour conséquence l’émergence dans un délai très court, de mouvement demandant à leur tour le rattachement à la Hongrie et à la Slovaquie dans la zone carpathique de l’Ukraine. En réalité, le processus d’éclatement de l’Ukraine engendré par les événements de février 2014, se poursuit.


On ne connaitra pas avant le lundi 3 novembre le chiffre exact de la participation aux élections organisées par le pouvoir insurgé de l’Est de l’Ukraine. Mais, d’après les témoins et les journalistes, ce chiffre dépassera sans doute les 70%. Se posera alors la question de la légitimité réelle de chaque pouvoir, celui de Kiev élu avec une participation de moitié environ, et celui de Donetsk où la participation pourrait atteindre les ¾ du corps électoral. C’est pour cela que la position des pays de l’UE, et de la France en particulier, d’appeler à ne pas reconnaître ces élections n’est pas seulement une faute, comme on l’a dit au début de ce texte, mais c’est une stupidité grave.

Le principe de réalité

La réalité finira cependant par imposer sa loi. L’Ukraine était une construction étatique extrêmement fragile. Elle n’a pas résisté aux erreurs des uns et des autres. A l’entêtement stupide de l’ex-Président Yanoukovitch a hélas répondu un entêtement non moins stupides de l’opposition, entêtement qui hélas a été encouragé et parfois financé par les Etats-Unis et l’UE. Le résultat est aujourd’hui le risque d’un démantèlement complet du pays, sur fond de crise et de misère. Il convient de reconnaître cette réalité si l’on veut au moins pouvoir la tempérer. De même que la Russie a reconnu les élections dans la partie sous le contrôle de Kiev, les pays de l’UE seraient bien inspirés d’en faire de même avec les élections de dimanche 2 novembre en zone insurgée. La désescalade dans ce conflit est à  ce prix.

 

Jacques SAPIR

le 1/11/14


[1] Krasnolutska D., « Putin Narrative of Abandoned Ukraine East Fueled byVote », Bloomberg, 27/10/2014  http://www.bloomberg.com/news/print/2014-10-27/putin-narrative-of-abandoned-ukraine-east-fueled-by-vote.html

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source: http://russeurope.hypotheses.org/2979 [1/11/14]

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Publié par L'Hermine Rouge - dans Europe
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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