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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 08:58

130308-3suisses-prudhommes-lavoix-RILOV.jpgRoubaix 2012: des salariées licenciées des magasins 3 Suisses manifestent devant les prud'hommes.

Portrait-L’avocat communiste des Goodyear donne au combat syndical un prolongement spectaculaire devant les tribunaux.

Par EDOUARD LAUNET (libération.fr 26/02/2013)

Probable déformation professionnelle, maître Rilov excelle dans la périphrase. Il dit : «Les salariés savent que leurs luttes ne seront pas les mêmes si les voies de communication contemporaines ne les relaient pas.» C’était une réponse à notre question : «Comment vivez-vous la notoriété que vous a donnée le dossier Goodyear, vous consacrant en "avocat rouge" ?» Cette réponse circonlocutive signifiait en gros «j’accepte de répondre à vos questions, fussent-elles personnelles, dans la mesure où cela permettra de donner un écho des combats. Alors, allons-y !».


Il est 21 heures dans le cabinet Nouvel-Rilov-Santulli, rue Monsieur-le-Prince, près de l’Odéon, à Paris. L’avocat rentre de Dunkerque où l’avait appelé l’un des nombreux dossiers de droit du travail qu’il traite : une usine d’ameublement du groupe Parisot - comme Laurence - dont les salariés ont été licenciés pour faillite, alors que ceux-ci pensent être surtout victimes d’une délocalisation de leur activité vers la Roumanie. Nous parlons avec l’«avocat rouge» (l’expression ne lui déplaît pas) sous une grande toile diaprée, un paysage à la Gauguin tirant vers l’abstraction. Question : «Fiodor Rilov, pourquoi avez-vous rejoint à 17 ans les jeunesses communistes alors qu’à l’époque (1987) le PCF était déjà dans un sérieux déclin et qu’à l’adolescence, l’extrême gauche semble une aventure plus romantique ?». Version courte : «Parce que je voulais peser sur le cours des choses, être efficace, et que le Parti communiste était, et reste, la seule organisation qui le permette.» La version longue nécessite un détour par le tableau accroché au mur, signé Nissan Rilov : Papa.


Extrêmement romanesque fut le parcours de ce père décédé en 2007. Nissan Rilov naît en Ukraine en 1922, émigre jeune en Palestine, devient militant sioniste, s’engage dans un groupe armé, en est viré le jour où il refuse de tirer sur un vieux Palestinien. Par dépit, Nissan se tourne alors vers la peinture, tout en s’assumant désormais en «juif palestinien». Il fait laSeconde Guerre mondialedans l’armée anglaise, revient peindre à Tel-Aviv, puis s’établit à Paris où il devient proche du groupe anticolonialiste d’Henri Curiel. Car Papa est communiste aussi. A la fin des années 60, il part à Londres participer à la création de l’Israeli Revolutionary Action Committee (Abroad), groupe de contre-offensive révolutionnaire communiste dont la seule histoire suffirait à nourrir un roman.


C’est à Londres que naît Fiodor. Sa mère, Hedwig, est allemande. En famille, on parle anglais. Débarquement à Paris en 1977. Le fils découvre l’école publique française et son discours d’égalité, de fraternité. Maintenant la famille parle français. Après le lycée franco-allemand de Buc (Yvelines), il va en fac de droit avec déjà le projet d’aborder la discipline par son versant social. Il aurait pu devenir un théoricien du droit du travail, le terrain va en faire un avocat de combat.


En 2002, il peaufine, avec le bouillant communiste Maxime Gremetz, des amendements à la loi de modernisation sociale. En 2004, il ouvre son cabinet de praticien. Entre-temps, les élections régionales ont fait basculer (presque) toutes les régions à gauche. Peu à peu, des liens se tissent entre les collectivités territoriales et les ouvriers qui se battent ici ou là pour sauver leur emploi. Dans le sillage de Gremetz, député de la Somme, Rilov découvre cette réalité-là et la possibilité d’actions concrètes : il deviendra avocat. Son premier dossier sera Abélia Décor, à Abbeville, une entreprise de papier peint lâchée par sa maison mère allemande. Puis ce seront Flodor à Péronne, Samsonite à Hénin-Beaumont, Continental à Compiègne, Goodyear à Amiens et bien d’autres. Chaque fois, il s’agit d’empêcher des licenciements, ou d’obtenir les meilleures indemnités si le mal est fait.


Jamais Me Rilov ne travaille gratuitement. A un confrère de la Voix du Nord, il avait expliqué : «Quand je fais condamner des grands groupes à payer une réparation, parfois substantielle, aux salariés, c’est là que je me paye. Les honoraires fixes qui me sont versés au départ sont toujours déterminés à partir de la situation sociale, concrète, des salariés au moment où ils font appel à moi.»


L’avocat engrange beaucoup de victoires, même si celles-ci ne permettent pas de maintenir en vie des entreprises parfois en bout de course. La CGT n’a jamais beaucoup goûté l’action judiciaire - remet-on le sort des travailleurs entre les mains de la justice bourgeoise ? - mais elle a fini par changer (un peu) d’optique en voyant que la saisine des tribunaux se révélait parfois efficace. Quand bien même les lois sont imparfaites ! L’avocat reste lucide : «Une partie significative de ma crédibilité vient de mon engagement communiste.» Et puis il ne cesse de répéter que «si les gens ne se battent pas sur le terrain, l’action judiciaire n’a pas les mêmes chances de réussir».

N’imaginez pas Fiodor Rilov en apparatchik à la langue de bois, malgré sa propension à la périphrase. C’est un type direct, élégant, cultivé, avec un goût particulier pour le théâtre. Il sait que son image est un vecteur d’efficacité - voir plus haut. Il sait aussi qu’un combat, Goodyear en particulier, est une scène nationale aux vertus pédagogiques. «Chaque fois, c’est une manière de montrer à tous qu’il est possible de se battre et de gagner.» Le droit du travail comme art vivant et comme sport de combat !


L’an dernier, la scène s’est même transportée outre-Atlantique : avec une délégation d’anciens salariés de Samsonite, l’avocat est parti à Boston pour entamer une procédure judiciaire contre Bain Capital, le fonds d’investissement de l’ex-candidat républicain, Mitt Romney. Car ce fonds était le principal actionnaire du bagagiste lors de la cession de l’usine de Hénin-Beaumont en 2005 pour 1 euro symbolique. Peu après la reprise, l’usine avait fait faillite, mettant 200 salariés au chômage.


Pour Rilov, qui dit porter un regard critique sur la direction du Parti, le communisme est avant tout une pratique : être dans le mouvement réel, peser sur le cours des choses au quotidien. Aujourd’hui, c’est en faisant respecter les lois. Demain, ce pourrait être en faisant de meilleures lois car «on ne changera pas la société en faisant des procès», admet-il. Il a voulu se présenter aux législatives dans la Somme l’an dernier, mais, né au bord de la Tamise, il est toujours de nationalité anglaise et un papier a manqué pour qu’aboutisse sa demande de naturalisation. Il manque d’ailleurs toujours. Pour autant, l’avocat est conscient qu’aujourd’hui le rapport de forces politiques n’est pas favorable à une vraie amélioration du droit social.


Fiodor a d’autres combats. Membre fondateur du think tank le Cercle polaire, il milite pour un traité de protection de l’Arctique. Engagement qui lui est venu après un voyage dans le Grand Nord en avril 2007. Il a aussi une vie de famille (deux enfants de 10 et 12 ans) mais pour ce soir, c’est foutu : il est tard.

Fiodor Rilov en 5 dates

Juin 1970 Naissance à Londres. 

1977 Arrive à Paris.

2004 Ouvre son cabinet.

2008 Avocat de Goodyear.  

2013 Continue le combat.

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Publié par L'Hermine Rouge - dans France
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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Halte à la fascisation en Ukraine

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La Guerre Sacrée

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ALR-libertaireSamedi 31 décembre 2011 de 11 h 30 à 13 h 30

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à l’émission « Chroniques syndicales » 

consacrée au dossier Renault

sur Radio Libertaire

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