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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 14:03

nikonoff-2.jpgpar Jacques Nikonoff porte-parole du M’PEP et ancien président d’Attac. Derniers ouvrages publiés :

  • « Sortons de l’euro ! Restituer au peuple la souveraineté monétaire » (Mille et une nuits, 2011)
  • « La confrontation. Argumentaire anti-FN » (Le Temps des Cerises, 2012).

 

Il existe deux critères très simples pour juger le programme de François Hollande, candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle. Le premier est de savoir quels sont ses conseillers ; le second est d’en regarder le coût.


En procédant ainsi, on se rend compte aisément que François Hollande fera comme ses camarades « socialistes » George Papandréou en Grèce, José Socrates au Portugal et José Luis Zapatero en Espagne. Tout en évoquant symboliquement des thèmes de gauche, il poursuivra l’austérité engagée par Sarkozy. Du côté du Front de gauche, la réaction a été molle, peut-être parce qu’il lui faut du temps pour analyser les 60 propositions du candidat socialiste. Peut-être, aussi, pour ménager une participation du Front de gauche à un éventuel gouvernement « socialiste » ? Il faudrait que le Front de gauche s’exprime clairement et vite sur ce point en annonçant que le programme de François Hollande ne peut pas permettre la participation gouvernementale du Front de gauche. La précision est urgente et importante, car au PCF, par exemple, certains dirigeants semblent prêts à renouveler l’expérience désastreuse de la « gauche plurielle ».


Ainsi, l’Humanité datée des 27 et 28 janvier a interviewé Sébastien Jumel, maire PCF de Dieppe (76). Pour ce dernier, le projet du candidat PS « va dans le bon sens, mais ne répond pas totalement aux préoccupations sociales ». De plus, cet élu a « le sentiment que François Hollande prend en compte un certain nombre de thématiques que nous développons depuis un bout de temps ». Pour étayer son point de vue, Sébastien Jumel prend l’exemple de la finance dont Hollande a fait son « adversaire ». Le maire de Dieppe continue en se réjouissant que « François Hollande prenne un virage à gauche », car « il y a des pistes intéressantes ». Cependant, Sébastien Jumel affirme : « je reste quand même un peu sur ma faim » ! Ouf !


L’entourage de François Hollande le disqualifie d’emblée pour mener une politique de gauche


Il n’est même pas utile de lire le programme du candidat du PS quand on sait qui l’a écrit. Ceux qui ont tenu la plume, en effet, sont des agents du système, c’est-à-dire les obligés des milieux d’affaires.


Pierre Moscovici, le directeur de campagne de François Hollande, ancien ministre des Affaires européennes, fédéraliste et européiste convaincu, est vice-président du Cercle de l’Industrie. Il s’agit d’un lobby patronal, notamment partenaire du MEDEF. Les milieux patronaux ont trouvé en Pierre Moscovici un excellent représentant de commerce, dévoué et travailleur.


Manuel Valls, député-maire PS d’Évry, est directeur de la communication de François Hollande. Il est membre du Groupe de Bilderberg, l’une des plus célèbres boite à idée patronale du monde. Le vicomte Etienne Davignon, connu pour avoir massacré la sidérurgie française, président de ce lobby, explique que le député socialiste a été choisi parce qu’il était un « socialiste ouvert » et « pour lui ouvrir les yeux sur certains points ». Le vicomte ajoute que « On n’est pas là pour faire sa promotion, mais il n’est pas exclu que cela lui soit utile […] Certains de nos invités ont un destin ». Manuel Valls, effectivement, est un des agents des milieux patronaux les plus doués de sa génération au sein du PS.


Avoir des « socialistes » pour faire le « sale boulot » (les politiques d’austérité) est une technique assez classique. On l’a expérimentée en France à partir de 1982-1983, et on a vu le résultat en Grèce, en Espagne et au Portugal. Avec Moscovici et Valls occupant des postes clé de la campagne de Hollande, on aura compris, sans le lire, que le programme du candidat socialiste ne sera pas de gauche et ne pouvait pas l’être. Tout en prétendant le contraire pour attirer les gogos.


Le chiffrage du programme de François Hollande témoigne de son orientation néolibérale


Inutile d’entrer dans le détail, le programme de François Hollande est fait de mesures symboliques donnant de petits signes à la gauche par une rhétorique adaptée, et à la droite pour les mêmes raisons. Tout le monde est servi. Ce n’est pas en mettant en avant telle ou telle mesure particulière que l’on peut juger le programme de François Hollande. Il faut aller à l’essentiel qui est son financement. Le constat est accablant : 30 milliards d’augmentations d’impôts pour financer le déficit public et 20 milliards de mesures nouvelles. Le tout sur les cinq années du mandat. Soit respectivement 6 et 4 milliards d’euros par an ! Une misère !


Premier constat : la priorité est donnée au remboursement de la dette, c’est-à-dire des spéculateurs. En aucun cas la France ne pourra connaître une embellie de l’emploi et un redressement de la protection sociale, puisqu’une grande partie des ressources du pays ira alimenter les banques et autres spéculateurs. Il fallait annoncer l’annulation de la dette et ensuite sa restructuration afin de sanctionner les coupables de la spéculation en ne les remboursant pas. Messieurs Moscovici et Valls, têtes de pont des milieux patronaux au sein du PS, ont bien œuvré en faveur de leurs employeurs.


Deuxième constat : les 20 milliards d’euros de mesures nouvelles (4 milliards par an), sont une goutte d’eau par rapport à ce qu’il conviendrait de faire. L’étalonnage, à ce propos, est le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail. Le travail a perdu 10% de PIB en 30 ans, soit 200 milliards d’euros par an. Une politique de gauche doit donc s’inscrire dans cette perspective : basculer, en un mandat, ces 200 milliards du capital vers le travail. C’est d’ailleurs le seul moyen pour sortir de la crise, à condition de prendre des mesures protectionnistes dans un cadre internationaliste. Si tel n’est pas le cas, les augmentations de salaires direct ou résultant de la suppression du chômage ne feront qu’alimenter des importations massives. Et ceci au moment où la dette ayant les conséquences les plus graves pour la France est la dette du commerce extérieur (75 milliards d’euros en 2011).


Ajoutons, pour accabler encore un peu plus ceux qui seraient tentés par le vote Hollande (ou Sarkozy, Bayrou, Joly, c’est-à-dire, à peu de choses près, du pareil au même), que ce programme minimal ne verra même pas le jour. Il repose, en effet, sur des hypothèses de croissance du PIB totalement à côté de la plaque. Ainsi, page 40 du programme de François Hollande, on peut lire que les hypothèses de croissance sont de 0,5% (2012), 1,7% (2013), 2% (2014), 2,5% (2015), 2,5% (2016) et 2,5% (2017). François Hollande fait comme s’il ne savait pas que la Grèce allait faire défaut et sortir de l’euro en 2012, suivie probablement par le Portugal. Que vers la fin du printemps ou au début de l’été, l’Italie allait se trouver dans de très graves difficultés, suivie de l’Espagne. Tout ceci va aggraver la crise et peser sur la croissance économique. Les prévisions de François Hollande ne seront jamais atteintes, et le candidat « socialiste », comme ses amis Papandréou, Socrates et Zapatero, nous expliquera qu’il faut se serrer la ceinture. Et nous nous retrouverons, une fois de plus, dans le cycle bien connu des alternances depuis le tournant de la rigueur de 1982-1983…

 

Jacques NIKONOFF

chronique du 30 janvier 2012

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Publié par L'Hermine Rouge - dans France
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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