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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 21:52
Pour Aurélien Bernier, auteur de « La gauche radicale et ses tabous », le Front de gauche ne peut plus fuir après ces européennes. Puisque le FN, écrit-il, « représente bien mieux la rupture avec la mondialisation », la gauche radicale doit débattre de tous les sujets sans exclusive : souveraineté nationale et sortie de l'euro compris. Et il en appelle à « convoquer au plus vite des assises sur les questions européennes ».


140530-JLM.jpgJean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, lors du défilé du 1er mai 2012 - Laurent Cipriani/AP/SIPA
l aura fallu trente ans au Front national pour améliorer, aux élections européennes, son score historique de 1984. Inexistant au scrutin de 1979 (seuls 0,76 % des inscrits votaient pour lui), le parti de Jean-Marie Le Pen multipliait par huit son nombre de voix cinq ans plus tard et talonnait le Parti communiste français. A cette époque, le vote était protestataire : contre l'insécurité, contre le chômage et la crise attribués en partie à l'immigration, et contre le « tournant de la rigueur » opéré par le Parti socialiste en mars 1983. Mais qui se souvient qu'en 1984 le Front national était ultralibéral et pro-européen tandis que ceux qui s'opposaient radicalement à la construction européenne étaient les communistes ?
 
Trente ans plus tard, les rôles sont inversés. L'extrême-droite française est devenue « anti-mondialiste », « anti-européenne » et « anti-système » tandis que la gauche radicale s'est mise à rêver une « réforme de l'intérieur de l'Union européenne » à laquelle plus grand monde ne croit. En parallèle, l'européisme du Parti socialiste s'est confirmé au point de se confondre avec celui de la droite libérale, tandis que tous les grands événements politiques européens ne cessaient, dans une part croissante l'opinion publique, de nourrir le rejet de « Bruxelles » : l'adoption du traité de Maastricht en 1992, qui inscrivait dans la Constitution française la primauté du droit européen ; la création de l'euro en 1999, qui ajoutait à l'ordre juridique communautaire un ordre monétaire ultralibéral ; le passage en force du traité de Lisbonne, qui rayait d'un trait de plume le non français et néerlandais de 2005 ; la gestion catastrophique et méprisable de la crise par les élites européennes ces six dernières années.
 
Il est donc logique, malheureusement, que la nouvelle stratégie de Jean-Marie Le Pen, perfectionnée depuis 2011 par sa fille, fonctionne et propulse le Front national en tête du scrutin du 25 mai 2014, avec 25 % des suffrages exprimés et 10,3 % des inscrits, quand le Front de gauche n'obtient que 6,5 % des suffrages exprimés et moins de 3 % des inscrits. On entend déjà certains invoquer le taux d'abstention pour minimiser ce résultat. Mais ce serait oublier que l'extrême-droite obtient 1 170 000 bulletins de plus qu'aux législatives de 2012 et près de quatre fois plus de voix que le Front de gauche.

Depuis trente ans, à chaque nouvelle percée du Front national, la gauche radicale assure qu'il faudra « analyser en profondeur » les raisons de cette montée et de son propre échec à l'endiguer. Pourtant, cette analyse n'a jamais été sérieusement faite. On accuse le vote protestataire, l'abstention, la « démagogie » de Marine Le Pen ou de son père, on regrette le recul du « travail de terrain » autrefois réalisé par le Parti communiste dans « les quartiers ». Mais on passe à côté de l'essentiel. Ce qui devrait être évident depuis longtemps, et que le 25 mai 2014 confirme, c'est que le Front national représente bien mieux que la gauche radicale la rupture avec la mondialisation et son cortège de catastrophes.

Le discours du Front de gauche sur l'Europe et l'euro est incompréhensible

Quand Marine Le Pen promet de restaurer la souveraineté nationale, le Front de gauche reste empêtré dans un discours incompréhensible sur l'euro, qu'il veut « subvertir », et sur la construction européenne, qu'il veut « refonder » sans dire précisément comment. Quand Marine Le Pen dénonce avec force « l'UMPS », le Front de gauche reste, pour beaucoup d'électeurs, associé à l'ultra-européiste Parti socialiste, ce qui est le prix à payer pour des listes communes au premier tour d'élections locales.
 
Dans cette situation dramatique, les dirigeants du Parti communiste portent une lourde responsabilité. C'est le cas sur le plan stratégique, puisque le cordon qui les relie au Parti socialiste n'est pas encore coupé, mais c'est aussi le cas sur le plan programmatique, quand une poignée de responsables (les économistes Paul et Frédéric Boccara, Catherine Mills... ou l'ancien eurodéputé Francis Wurtz) s'accroche, envers et contre tout, à la monnaie unique et à la réforme « de l'intérieur » des institutions européennes. Place du Colonel Fabien et dans les locaux du journal L'Humanité, l'esprit « euroconstructif » de Robert Hue rôde encore dans les couloirs...
 
Plus radical sur les alliances et le programme, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon n'est pas irréprochable pour autant. Qu'a-t-il pu passer par la tête de ses dirigeants quand, à quelques semaines du scrutin, ils proposèrent un rapprochement futur à Europe-écologie-Les Verts, qui plaide pour la « dissolution des États-nations » et le fédéralisme européen ? Après cela, quelle crédibilité l'électeur pouvait-il donner au discours, déjà ambigu, du Front de gauche sur les questions européennes ? La réponse est contenue dans le résultat du 25 mai.
 
Enfin, les trotskistes de Lutte ouvrière et du Nouveau parti anticapitaliste peuvent mesurer l'impact de leur rejet absolu de la souveraineté nationale : moins de 300 000 personnes ont voté pour eux, contre seize fois plus pour le Front national.
 
De tout cela, la gauche radicale doit parler, sous peine de disparaître. Pas au détour d'une université d'été ou d'une fête de l'Humanité, mais à l'occasion d'un débat sérieux, nécessairement long, qui devra impliquer un maximum de militants. Il faut convoquer au plus vite des assises sur les questions européennes, qui devront permettre d'entendre d'autres discours que celui de la « réforme de l'intérieur » et qui devront évoquer d'autres stratégies, notamment la sortie de l'euro et de l'ordre juridique européen. Faute de quoi les élections nationales de 2017 risquent d'être encore plus catastrophiques que le scrutin européen de 2014.
 
 
* Aurélien Bernier est l'auteur de La gauche radicale et ses tabous (Seuil, 2014). Retrouvez-le sur son blogabernier.vefblog.net

 

source: marianne.net

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Publié par L'Hermine Rouge - dans Europe
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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consacrée au dossier Renault

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