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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 14:05

LE MONDE | 12.11.2014 à 11h08 • Mis à jour le 12.11.2014 à 13h41 | Par Matthieu Suc et Olivier Faye


 

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A Sivens, la nuit de la mort de Rémi Fraisse, le 25 octobre  I Mathieu Pattier, SIPA

 

Alors que Rémi Fraisse devait être enterré, conformément aux volontés de sa famille, dans la plus stricte intimité, mercredi 12 novembre, l’enquête sur la mort de ce jeune homme de 21 ans, tué par une grenade offensive lancée par un gendarme lors des affrontements entre des opposants au projet de barrage de Sivens (Tarn) et des militaires, dans la nuit du 25 au 26 octobre, s’avère de plus en plus embarrassante pour les autorités.

Selon les informations du Monde, les gendarmes ont tout de suite eu conscience de la gravité de la situation dans laquelle ils se trouvaient. C’est ce que révèle un procès-verbal daté du 29 octobre auquel nous avons eu accès ; deux militaires de la section de recherches (SR) de Toulouse y ont retranscrit les propos entendus sur les films réalisés par les gendarmes mobiles. Chaque escadron est en effet doté d’une « cellule image ordre public » (CIOP). Durant une opération de maintien de l’ordre, un gendarme est chargé de filmer à l’aide d’une caméra tandis qu’un second, muni d’un bouclier, assure la protection du cadreur.

Au début de leur PV, les deux enquêteurs de la SR indiquent : « Notre mission a pour objet de mettre en évidence l’ambiance et l’activité des manifestants et des forces de l’ordre sur le site de la forêt de Sivens. » Ce PV figure dans le dossier d’instruction des juges toulousaines Elodie Billot et Anissa Oumohand, chargées de l’enquête sur la mort de Rémi Fraisse.

« C’est bon, il va se relever ! »

Entre 1 h 40 et 1 h 50 du matin, une grenade offensive – dont l’usage a été suspendu depuis le drame par le ministère de l’intérieur – est lancée en l’air en direction d’un groupe, dont fait partie Rémi Fraisse, de quatre à cinq jeunes qui jettent des pierres et des mottes de terre. Equipés de jumelles à vision nocturne, des gendarmes voient tomber le jeune homme après l’explosion.


A 1 h 53, un militaire ordonne : « Stop pour les F4 ! Il est là-bas, le mec. OK, pour l’instant, on le laisse. » Les F4 désignent les grenades lacrymogènes instantanées (GLI), dont l’usage a également été suspendu depuis par la Place Beauvau. Au milieu des cris, un autre gendarme tente de se rassurer : « C’est bon, il va se relever ! Il va se relever, c’est bon ! » Rémi Fraisse ne se relève pas. Sept minutes passent. A deux heures, « On y va ! », un peloton fait une sortie pour récupérer le blessé.

Sur le PV, les enquêteurs de la SR de Toulouse relèvent alors que le chef de l’unité demande à un de ses hommes « de soutenir ceux qui sont allés chercher le manifestant », sans préciser en quoi cela consiste. Les militaires ramènent le corps inerte de Rémi Fraisse. « Il respire ou quoi ? », s’inquiète le supérieur. L’infirmier de l’escadron tente alors les gestes de premiers secours. A 2 h 03, un gendarme s’écrie : « Il est décédé, le mec… Là, c’est vachement grave… Faut pas qu’ils le sachent… »

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Sur la "Zone à Défendre" du Testet (Tarn), la nuit du 25 au 26 octobre lors de laquelle est mort Rémi Fraisse

IMathieu Pattier, SIPA

 

Cette dernière phrase – le « ils » – prononcée dans le feu de l’action, faisait référence aux manifestants, selon la thèse avancée par le service de communication de la gendarmerie, contacté mardi soir. « Il fallait éviter que ceux qui agressaient les gendarmes ne redoublent d’ardeur en apprenant la mort de Rémi Fraisse. » En aucun cas, affirme-t-on, il ne s’agirait d’une volonté d’étouffer l’affaire, la gendarmerie avançant pour preuve que le parquet a été avisé dans les minutes suivantes et une enquête judiciaire diligentée dans l’heure.

« L’histoire se répète »

Par ailleurs, les autorités n’en finissent pas de rappeler les violences, exceptionnelles selon eux, auxquelles les forces de l’ordre ont été confrontées à Sivens. Selon le récit, fait dans le cadre de l’enquête de flagrance par le commandant du groupement de gendarmes mobiles de Limoges, « les heurts sont de plus en plus violents avec des opposants, cagoulés, armés de boucliers, qui manœuvrent pour tester le dispositif en plusieurs endroits. Vers 1 heure, la pression des jeunes est de plus en plus importante, poursuit ce gradé. Ils sont à environ 20 mètres de la zone et commencent à caillasser les forces de l’ordre (…). Les jets de pierres deviennent de plus en plus virulents, nous recevons des fusées de détresse et des cocktails Molotov. »

Les retranscriptions des conversations des gendarmes au moment du décès de Rémi Fraisse jettent une nouvelle ombre dans un dossier où les autorités ont – au minimum – failli dans leur communication. Pour rappel, le dimanche 26 octobre, un communiqué très sec de la préfecture du Tarn annonce que « le corps d’un homme a été découvert par les gendarmes », donnant l’impression que la découverte a été faite lors d’une patrouille et laissant planer le doute sur les causes du décès, pas directement rattaché aux échauffourées.

Contactée par Le Monde le 28 octobre, la préfecture du Tarn explique alors avoir établi son communiqué en fonction des éléments fournis par les gendarmes sur le terrain : « D’après le récit qu’ils nous en ont fait, lors d’un moment d’accalmie entre des affrontements qu’ils qualifiaient de sporadiques, ils avaient passé le terrain en revue avec leurs lumières et trouvé un corps. » Par ailleurs, des gendarmes laissent fuiter auprès de médias que Rémi Fraisse pourrait avoir transporté des explosifs.

« Il nous avait demandé une extrême fermeté »

Autre élément troublant : les déclarations de Thierry Gentilhomme, le préfet du Tarn, dans le quotidien régional La Dépêche du Midi, dimanche 9 novembre : « Je n’ai donné aucune consigne de sévérité aux forces de l’ordre. » Pourtant, interrogé sur PV dès 4 h 30 du matin le 26 octobre, soit moins de trois heures après le drame, le commandant du groupement de gendarmes mobiles de Limoges justifie ainsi la manière d’opérer de ses troupes au cours de la nuit : « Je tiens à préciser que le préfet du Tarn (…) nous avait demandé de faire preuve d’une extrême fermeté vis-à-vis des opposants par rapport à toute forme de violences envers les forces de l’ordre. » Contactée, la préfecture du Tarn n’a pas souhaité faire de commentaire.


Même position du côté de Me Arié Alimi,l’avocat de la famille de la victime. Ce dernier dresse toutefois un parallèle entre l’affaire et celle de Vital Michalon, ce jeune professeur de 31 ans qui a trouvé la mort en 1977 lors d’une manifestation contre la centrale nucléaire Superphénix, en Isère. « Lui aussi a été tué par une grenade offensive lancée par les gendarmes. A l’époque, déjà, on avait semé une fausse piste en déclarant qu’il était mort d’une crise cardiaque. A l’époque, déjà, on avait réclamé l’interdiction de ces grenades offensives lors des manifestations. L’histoire se répète mot pour mot. »

Le directeur général de la gendarmerie nationale, Denis Favier, et le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, ayant toujours affirmé avoir été informés en temps réel par les gendarmes sur le terrain, leur silence sur l’affaire pendant plus de 48 heures n’en apparaît que plus problématique à la lueur de ces nouvelles révélations.

Un chef d’entreprise porte plainte

Le responsable d’une entreprise de déboisement intervenue sur le projet de barrage de Sivens (Tarn) a porté plainte pour menaces et intrusion sur sa propriété privée, selon une source proche de l’enquête. Cinq ou six personnes encagoulées se sont introduites dans le jardin de son domicile, dans la soirée du vendredi 7 novembre. Ces individus ont poussé des cris et fait mine de partir à l’assaut du domicile. Les forces de l’ordre sont rapidement intervenues sur les lieux, faisant fuir les protagonistes. Aucun individu n’a été interpellé. L’entrepreneur a déjà été menacé par le passé du fait de l’implication de sa société sur le chantier du barrage.

 

Matthieu Suc
Journaliste au Monde

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Publié par L'Hermine Rouge - dans France
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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