Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 22:49

141013-JLM.jpgPhoto Albert Facelly pour l'Humanité


 

Dans un entretien, Jean-Luc Mélenchon, dont le nouveau livre, "l’Ère 
du peuple", paraît aujourd’hui aux éditions Fayard, estime que 
le Front de gauche est un point d’appui déterminant pour l’avenir.


Dans votre livre l’Ère du peuple, vous appelez ce dernier à reprendre le pouvoir sur l’oligarchie. À qui vous adressez-vous ?

Jean-Luc Mélenchon : Au peuple urbain actuel. Pour ces millions de gens, le lieu de socialisation politique n’est plus l’entreprise. Car beaucoup n’y travaillent qu’une heure par semaine ou pas du tout. Cela ne se réduit donc pas seulement, comme on le pensait à gauche autrefois, au salariat organisé. Au cours des vingt dernières années, toutes les révolutions ont été des révolutions populaires urbaines, qui ont consisté, pour l’essentiel, à occuper l’espace public urbain. Le peuple devient acteur de l’histoire quand il se met en mouvement politique sur ses revendications. Nous sommes dans une période où il a été défait. Qui a réussi ce tour de force ? L’oligarchie, en précarisant la main-d’œuvre pour l’obtenir au prix le plus bas possible et en l’éjectant de la sphère politique grâce à des mécanismes autoritaires. En France, le mécanisme de confiscation démocratique par l’Union européenne s’est parfaitement emboîté avec la monarchie présidentielle qui déjà expulsait largement le peuple de la décision commune. C’est pourquoi la question de la Constituante n’est pas un à-côté, c’est le cœur de la stratégie révolutionnaire du XXIe  siècle.


Vous êtes évidemment très critique vis-à-vis de la politique de François Hollande. Mais, au-delà, pourquoi estimez-vous que se référer à la gauche est dépassé ?

Jean-Luc Mélenchon : Entendons-nous bien sur ce point. Je n’abandonne pas l’idée de gauche. Je suis un homme de gauche. Toute mon histoire, c’est la gauche. Et au demeurant je crois que le clivage entre la gauche et la droite, en son sens fondamental, celui de 1789, est indépassable. Mais aujourd’hui quand vous dites « je suis de gauche », les gens comprennent que vous êtes avec Valls et Hollande. Pour nous, c’est un crève-cœur. Le crime majeur de ce tandem est de nous avoir volé le mot qui nous désignait. Pourquoi nous l’ont-ils volé ? Pour masquer qu’ils font une politique de droite. Nous ne devons pas croire que l’ancien monde politique d’où nous venons, celui où il y avait des habitudes de vote, des traditions d’appartenance, continue d’exister. Il faut donc cesser de croire qu’il suffit de dire que notre programme est « de gauche » pour faire la preuve qu’il est bon pour le peuple. Ce n’est plus l’étiquette qui fait le programme. Nous sommes, en quelque sorte, dans l’ère des cœurs à gagner. C’est pourquoi plutôt que chercher à rassembler la gauche, ce qui rend suspect, il faut chercher à fédérer le peuple.


Vous dites que nous sommes sur la « mauvaise pente », en référence aux scores du Front national, qu’est-ce qui l’explique et est-il encore temps de l’inverser ?

Jean-Luc Mélenchon : L’extrême droite en France est la seule force en dynamique. Aux élections européennes Mme Le Pen a mieux mobilisé son électorat que nous. J’observe que la force va à la force. Si nous sommes capables d’être cohérents, un tant soit peu disciplinés et actifs, nous entraînerons la société parce que nous montrerons que nous sommes l’alternative. Aujourd’hui, M. Valls est très content de pouvoir dire sur tous les plateaux de télé qu’il n’y a pas d’alternative à gauche. Évidemment c’est un mensonge, il y en a une : le Front de gauche. Nous devrions donc être le recours mais nous ne le sommes pas. Nous nous sommes rendus illisibles aux élections municipales. Il faut savoir tourner la page, mais en tirant la leçon pour les élections cantonales et régionales. Mon option stratégique reste claire : autonomie face au PS et lutte implacable contre la politique de droite et le Front national. Il ne faut pas enjamber les prochaines élections. Ce sont deux rounds où nous pouvons accumuler de la puissance. Mais il faut que les gens aient confiance dans le fait que nous ne pactiserons pas avec Hollande et Valls.


Des voix critiques se font entendre à gauche, une construction majoritaire y est-elle possible ?

Jean-Luc Mélenchon : La difficulté avec tous ces groupes c’est qu’on ne sait pas clairement ce qu’ils veulent. Les écologistes que nous avons rencontrés avec le Front de gauche ne veulent pas rompre avec le PS. M. Hamon dit lui-même qu’il n’est pas en rupture avec le gouvernement, qu’il souhaite qu’il réussisse… Pour le vote du budget, on est exactement dans la même logique qu’au moment du vote de confiance : il ne suffit pas de s’abstenir. Je suis toujours partisan de sortir des crises par le haut. N’avais-je pas proposé de former une majorité parlementaire alternative l’an passé ? Cet appel a été répété pendant plus d’un an. S’il pouvait se dégager de l’Assemblée nationale une nouvelle majorité pour gouverner à gauche vraiment, j’en serais mille fois d’accord. Mais je ne veux pas qu’on nous instrumentalise. J’approuve la tournée qu’a faite Pierre Laurent où il a porté partout le même message : on ne peut pas construire sans rompre avec cette majorité. C’est un discours dans lequel je me reconnais entièrement. Nous travaillons de bonne manière en occupant chacun un créneau différent de la bataille commune.


Vous avez lancé un mouvement pour fédérer le peuple autour de la VIe République. Quelles doivent être ses lignes de force ?

Jean-Luc Mélenchon : La VIe République, c’était la proposition centrale du Front de gauche portée pendant toute la campagne présidentielle. Il ne s’agit pas d’un objet de communication. C’est la stratégie révolutionnaire de notre époque. Le Mouvement pour la VIe République n’est pas un parti, son objectif est de se vouer à rendre une idée majoritaire. La question ne concerne pas seulement les institutions. Elle porte sur les droits sociaux fondamentaux à partir desquels la société peut fonctionner, sur les droits écologiques fondamentaux autour desquels doit être organisée l’économie du pays. C’est tout ce travail de réappropriation des objectifs généraux de la politique qui est proposé à travers la stratégie VIe République. La difficulté du maniement de cette idée c’est qu’il faut à la fois la mettre sur la table et la laisser ouverte. Ce n’est pas très important de dire comment moi je vois les choses. Même si je suis, pour ma part, par exemple, pour le vote obligatoire, le référendum révocatoire, limiter les droits de propriété privée du capital à un droit d’usage… Depuis la rentrée toute une série de personnalités ont dit d’accord. Voyez comment un mot d’ordre fédérateur du peuple peut aussi rassembler à gauche. C’est en ce sens qu’il faut le prendre : partir des contenus pour aller à l’accord politique, et non l’inverse.


L’écologie est une des préoccupations centrales de votre livre, comment s’articule-t-elle avec le Mouvement pour une VIe République (M6R) ?

Jean-Luc Mélenchon : Aujourd’hui, le changement climatique est commencé. Dès lors l’humanité tout entière doit se poser la question de savoir si c’est chacun pour soi ou tous ensemble. Pour moi, le peuple français doit mettre dans la Constitution, comme il y avait inscrit autrefois le principe d’égalité auquel personne ne croyait, la règle verte : dorénavant l’économie française ne prendra jamais plus à la nature qu’elle peut reconstituer. C’est un gigantesque défi technique dont nous avons tous les outils. Seulement ils ne sont pas utilisés parce que le capitalisme de notre époque ne peut pas laisser se dédier à l’investissement productif écologique la masse d’argent qu’il prend pour les dividendes.


Comment envisagez-vous le rapport entre le Mouvement pour une VIe République et le Front de gauche ?

Jean-Luc Mélenchon : D’abord, le Front de gauche est le point d’appui de tout futur populaire dans ce pays. Il n’y a de choix qu’entre le Front de gauche ou la coalition Hollande-Valls. Quoi d’autre, sinon ? Dans ce paysage, il ne peut pas être question de laisser se dessécher le Front de gauche. Il faut que nous nous retrouvions d’abord sur une stratégie électorale. Des assemblées citoyennes doivent discuter de comment utiliser au mieux les élections cantonales alors que Valls et Hollande voudraient en faire un moment passif et politicien. Eux qui ne veulent même plus distribuer les professions de foi. Mais il ne faut pas que le Front de gauche reste enfermé sur lui-même. Il faut donc sans cesse mettre en avant des perspectives de nature à fédérer le peuple et du coup, peut-être, rassembler à gauche. D’ailleurs, les militants du Front de gauche sont nombreux dans le mouvement VIe République. C’est une manière pour eux d’aller sur le terrain et surtout de répondre en positif au sentiment dominant de rejet de la politique.


Vous appelez à de grandes transformations politiques, dans le même temps les citoyens sont confrontés à l’urgence sociale. Y a-t-il des batailles à mener immédiatement ?

Jean-Luc Mélenchon : D’abord, il faut se joindre à toutes les batailles que les syndicats engagent. Défense du pouvoir d’achat, de l’école, du système de santé, de l’environnement… Toutes ces batailles doivent être menées et le sont. L’initiative citoyenne existe même si elle n’occupe pas le devant de la scène et est souvent méprisée par les médias institutionnels. Au-delà, tout le monde a compris que c’est à l’élection présidentielle que se joue le pouvoir dans notre pays. C’est pourquoi notre candidature en 2017 doit être une candidature avec un contenu politique extrêmement dense et profond : la VIe République. Ce n’est pas un replâtrage que nous allons proposer. Il faut donc commencer dès maintenant à gagner les esprits. 2017 sera un aboutissement, pas un commencement. 

 

entretien réalisé par Julia HAMLAOUI

 

 

« Ce n’est pas un tabou, c’est un acquis social ! ». Jean-Luc Mélenchon a dénoncé, hier, sur France 3, les propos du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qui estime dans un entretien au Journal du dimanche qu’il ne doit pas « y avoir de tabou ni 
de posture » sur l’assurance chômage (voir par ailleurs). « Regardez comme ces gens sont ignobles, a déclaré l’ancien coprésident du Parti de gauche. C’est 
un gouvernement de gauche en principe. Ils parlent de tabou, mais ce n’est pas 
un tabou, monsieur le banquier, c’est 
un acquis social ! » Et le député européen de poursuivre : « Quand quelqu’un qui se dit de gauche parle comme quelqu’un non seulement de droite, mais quasiment d’extrême droite, alors c’est très grave. »


source: http://www.humanite.fr

Partager cet article

Repost 0
Publié par L'Hermine Rouge - dans France
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : L'Hermine Rouge
  •  L'Hermine Rouge
  • : blog franchement communiste
  • Contact

Pétitions

Recherche

BILLET ROUGE

La grève qui nous sèvre!

par Floréal

150406-radio-france-en-greve-

 

...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

Pétition

Halte à la fascisation en Ukraine

Halte à la marche à la 3ème guerre mondiale

pour signer la pétition

cliquer ici

140812-CISC-copie-1

Billets

A lire ....

150406_ic-155-avril2015-copie-1.jpg

Initiative Communiste n°155 (Avril 2015)

Pour recevoir ce numéro ou vous abonner

Contactez le journal -Initiative Communiste

BP 30111-62802 LIEVIN

ou adressez-vous à un militant du PRCF
 

 

http://services.supportduweb.com/cpt_global/88792-20.png

 

A voir et écouter...

Les cons ça ose tout !
L'âge de la retraite
La grève surprise

A voir et écouter

L'Internationale en breton
L'internationale en français
L'affiche rouge-l'armée du crime
Le chant des partisans (Marc Ogeret)
sortir de l'euro.....
Frédéric LORDON-Médiapart
Frédéric LORDON/France-Culturel/ 26-11-2013
Jacques SAPIR-10/12/2013 (blog)
La Guerre Sacrée

Radio Libertaire 89.4

ALR-libertaireSamedi 31 décembre 2011 de 11 h 30 à 13 h 30

Annie Lacroix-Riz , historienne, participera

à l’émission « Chroniques syndicales » 

consacrée au dossier Renault

sur Radio Libertaire

89,4 MHz FM en Ile-de- France

Pour écouter sur internet cliquez ici !