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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 12:40

LENINE---LA-REVOLUTION.jpg

 

 

 

 

 

 

 

LENINE ET LA REVOLUTION

 

 

Jean SALEM

 

 

Editions "Encre Marine", 2006

123 pages - 20 €
ISBN 10: 2-84186-319-0

 

 

 

 

 

 

 

Par ces temps de libéralisme triomphant, oublieux de l’histoire et de ses devanciers, certains osent encore philosopher et rappeler aux esprits curieux les mérites d’anciens penseurs, même ceux que l’opinion type de ‘passés’. Lénine, ou la révolution en six leçons revigorantes…


Pour d’imprégner d’une pensée, rien ne vaut une bonne fiche de lecture, systématisée et étayée, à laquelle ressemble cet ouvrage. Jean Salem, auteur de nombreux livres de philosophie, présente six éclairages pour analyser la pensée de Lénine sur la révolution, six courtes thèses d’une soixantaine de pages au total pour rappeller une réflexion aujourd’hui dénigrée. Autre mérite de l’ouvrage, son travail de lecture et de synthèse à partir des 47 tomes des Œuvres Complètes de Vladimir Ilitch Oulianov, publiées jadis aux emblématiques Editions du Progrès. Enfin, le lecteur appréciera les très nombreuses citations, dont certaines expressions en cyrillique.

Le Regard de Jean Salem sur le Monde

L’introduction parle moins de Lénine que de l’historiographie actuelle, dont diverses thèses rivalisent d’explications sur l’histoire de l’URSS. Ses vingt-cinq pages, presque la moitié du du texte central de l’ouvrage, révèlent surtout le sentiment qu’a l’auteur sur le monde contemporain. Par exemple, il rappelle certaines réussites de l’ancien régime trop volontiers ignorées : « gérer son immense territoire en pratiquant cette sorte d’ ‘internationalisme interne’ dont aucune autre puissance n’a jamais fait preuve à l’égard de ses anciennes colonies, fournir une éducation scolaire et universelle à sa population (p.32) ». Comme beaucoup de Russes nostalgiques aujourd’hui qui ne s’attardent guère sur les exactions humaines et les coûts économiques des dérives à l’époque soviétique, l’auteur présente l’URSS sous un jour plutôt positif que renforcent des constatations factuelles de la Russie de la CEI d’aujourd’hui, comme celle-ci : « une population désormais toujours plus appauvrie, humiliée, contrainte de recourir au système D pour survivre. Ni de la baisse de l’espérance de vie en Russie. Ni du fait que le petit écran y est devenu le loisir dominant. Rien, non plus, au sujet du niveau de vie de la population russe et de sa couverture sociale, qui n’ont cessé de se dégrader depuis le début des années 1990 (p.32) »…

Suivant la pensée léniniste qui considérait les républiques bourgeoises démocratiques comme n’étant « rien d’autre qu’un appareil permettant à une poignée de capitalistes d’écraser les masses laborieuses (p.63) », Jean Salem développe son propre regard : « la politique, en tant que moteur de l’Etat-nation, a presque semblé disparaître : elle n’a plus servi, durant les quinze dernières années, qu’à ‘gérer’ l’hégémonie du business, et les hommes politiques ne passent guère que pour des comparses chargés d’accompagner les volontés des milieux d’affaires. Sa base matérielle détruite, sa souveraineté et son indépendance annulées, sa classe politique effacée, l’Etat-nation est devenu un simple appareil de sécurité au service des méga-entreprises […] l’ouverture des échanges fait des perdants en grand nombre et seulement quelques gagnants. Le libéralisme, la théologie néo-libérale a mangé les cerveaux (p.34) ».

Cela est conforme à la pensée de Herbert Marcuse, qu’il cite : « le débit fantastique de la production de toutes sortes d’objets et de services inflige une limitation à l’imagination, et il accroît l’emprise de la production capitaliste sur l’existence des hommes (p.91) ». On retrouve l’idée dans sa postface, en cette année 2006 de communion populaire en Coupe du Monde : « l’effondrement des humanités, la dévalorisation de l’étude, du temps long, de la solitude et, plus largement, du travail bien fait. Je m’y apitoyai, selon la formule désormais presque incontestée, sur la crétinisation générale, sur la chape de foot qui est tombée sur ce monde de plomb, sur son effarante uniformisation. ‘Sous peine de mort’, lisons-nous dans le Manifeste du Parti communiste, ‘la bourgeoisie force les nations du monde à introduire chez elles la prétendue civilisation’. Elle façonne un monde à sa propre image (p.109) »…

Lénine, cet inconnu

Si le personnage est célèbre, ses idées et énergie le sont beaucoup moins, à l’image de la pensée marxienne ( adjectif réservé au seul Marx pour distinguer sa pensée du qualificatif marxiste, si mâtiné de corruptions staliniennes et travesti plus encore par l’appareil soviétique ). Par exemple, Lénine se détache du cliché qu’ont colporté avec enthousiasme les phalanges maoïstes et castristes sur la justesse immanente du révolutionnaire : « des erreurs les plus grandes et les plus dangereuses que commettent les révolutionnaires [… est de ] ‘se figurer que la révolution peut être accomplie par les mains des seuls révolutionnaires’ (p.62) ». D’autres pensées de Lénine ont valeur d’aphorisme, comme ici : « les réformes sont des concessions auxquelles consent la classe dominante tout en restant au pouvoir. La révolution est le renversement de la classe dominante (p.81) »…

L’auteur revient aussi sur les raisons avancées par Lénine pour justifier d’un gouvernement autoritaire, d’une dictature du prolétariat comme disait Marx. Lénine citait l’exemple de la Commune de Paris, qui n’aurait pu se maintenir un seul jour sans prendre les armes, et lui reproche d’avoir abandonné la lutte armée bien trop tôt. Car l’ennemi, lui, y recourt sans atermoiement comme l’exemple Chilien, un parmi tant d’autres, l’a amplement démontré. Ce n’est pas sans raison que Jean Salem rappelle cette pensée de l’autre révolutionnaire que fut Jean-Paul Marat : « c’est par la violence qu’on doit établir la liberté, et le moment est venu d’organiser momentanément le despotisme de la liberté, pour écraser le despotisme des rois (p.71) ». Lénine n’était pas non plus dupe des capacités étendues des ‘exploiteurs’, qui disposent toujours d’une « série d’avantages réels et notables : il leur reste l’argent ( impossible de le supprimer d’un coup ), quelques biens immobiliers, souvent considérables ; il leur reste des relations, des habitudes d’organisation et de gestion, la connaissance de tous les secrets de l’administration ( coutume, procédés, moyens, possibilités ) ; il leur reste une instruction plus poussée, des affinités avec le haut personnel technique ( bourgeois par sa vie et son idéologie ) ; il leur reste une expérience infiniment supérieure de l’art militaire, etc. (p.68) ». Qu’on songe aux millions qu’empochent les directeurs en quittant leur firme, même après des résultats désastreux…

Lénine par Jean Salem

Laissons le soin au lecteur de découvrir les six thèses de l’auteur : elles se valent et sont argumentées comme il se doit, mais on pourrait lui en opposer d’autres. Comme tout système, une systématisation rationnelle est toujours sujette à incomplétude comme Kurt Gödel l’a démontré : c’est même ce qui fonde et permet la dialectique, et qu’on puisse si facilement retourner les arguments, ‘dire tout et son contraire’ comme on dit aujourd’hui. De plus, certains passages de Lénine et Salem sont discutables, telle celui-ci qui file l’idée de ‘l’opium du peuple’ : « la religion, comme l’écrivait Marx, est toujours peu ou prou ‘protestation contre la détresse réelle’ (p.108) ». L’assertion semble recevable, mais elle est contraire aux conclusions de la psychologie analytique qui a montré combien l’inconscient de la psyché humaine avait des prédispositions religieuses, et que nie à l’envi la raison cartésienne.

Et si celle-ci est reine aujourd’hui, c’est que c’est une fonction psychologique puissante, avec d’immenses mérites et de non moins grandes réalisations, mais qui s’empare très facilement de la conscience du Moi-sujet, à l’exclusion de toute autre logique ou sentiment. C’est elle aussi qui excelle dans les chiffres, les théories et autres ‘-ismes’ comme l’auteur le reconnaît du reste, mais sans plus le développer ni l’appliquer à lui-même : « la mise en chiffres de toute chose, de toute valeur humaine, constitue l’un des cancers de notre époque très étrange (p.109) ».

Etrange et suicidaire en effet, mais pas mystérieuse : les gens généralement se perdent en théories alors que l’évolution sociale est avant tout une adaptation psychologique, comme le soulignaient déjà Carl Gustav Jung et d’autres chercheurs en comportement de masse. Il n’est donc pas certain que la fameuse ‘lutte des classes’ soit le ‘moteur de l’histoire’. Et sur le chapitre de la psyché encore, ce sentiment de l’auteur qui clôt l’ouvrage aux accents prophétiques et justement diffus parce que les détails sont encore inconscients : « nous sommes persuadés que nous vivons la fin d’une époque, et le temps semble presque arrêté. Nous savons que quelque chose va venir. Mais nous ne savons pas ce que c’est (p.110) »…


Philippe Cesse

 

 

 source:  artslivres.com  (15 juin 2006)

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Publié par L'Hermine Rouge - dans Livres
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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