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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 16:30

 

150202-_liberation-camp.pngAuschwitz libéré par l’armée rouge

 

« Il faut aujourd’hui se souvenir que sans les efforts de l’Armée rouge, les nazis auraient pu mener a terme leur tentative de génocide des Juifs d’Europe. »

Par Geoffrey Roberts


Avec l’accord de Geoffrey Roberts, une traduction de son article de l’Irish Examiner telle que  Danielle BLEITRACH l'a publiée sur son blog "histoire et société".

 

 

La commémoration du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz par l’Armée rouge a été entachée d’une controverse. Lors de la commémoration du 60e anniversaire, il y a une décennie, le président russe Vladimir Poutine avait été le conférencier-vedette des cérémonies qui eurent lieu à l’ancien camp d’extermination nazi en Pologne. Cette année, il n’était pas le bienvenu. Alors que les dirigeants mondiaux se sont réunis à Auschwitz, Poutine a présidé une cérémonie dans le musée juif de Moscou, où il a dénoncé ceux qui tentent d’exclure l’Armée rouge de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.


En 2005, les relations de la Russie avec l’Europe et les Etats-Unis étaient relativement bonnes. Aujourd’hui, ces relations sont obérées par le parrainage russe du séparatisme ukrainien, en particulier son soutien à la sécession de la Crimée de l’ancienne république soviétique.


De fait, le président Polonais a tourné son discours lors de la commémoration d’Auschwitz, mardi dernier, en sorte de présenter l’occupation de son pays par deux totalitarismes : le nazisme et le communisme1. Ainsi, pour ce genre de critique extrémiste, Poutine est un nouvel Hitler, un leader autoritaire guidé par les ambitions expansionnistes de la puissance russe et de son territoire. Pourtant, du point de vue de ses partisans, les actions de Poutine en rapport avec l’Ukraine ont été simplement défensives et réactives.


En dépit de ces controverses contemporaines, le fait établi est que c’est bel et bien l’armée soviétique qui a mis fin à l’holocauste à Auschwitz, comme elle l’a fait dans la plupart des autres camps de concentration allemands.


L’exclusion de Poutine de cette commémoration importante était donc d’autant plus amèrement inconvenante que son homologue ukrainien, Petro Porochenko2, fut invité et présent à la cérémonie.


Auschwitz (en polonais, Oswiecim) fut reprise par Premier Front ukrainien du maréchal Koniev à la fin de Janvier 1945. De nombreux Ukrainiens ont servi dans les armées de Konev – y compris certains de ceux qui ont été parmi les premiers à entrer Auschwitz – mais la majorité de ces troupes étaient russes. Cette unité fut intitulée « Front ukrainien » du nom de sa principale zone d’opérations avant qu’elle eut à combattre dans le sud de la Pologne au début de 1945. Auparavant, elle avait été appelée le « Front de Voronej ». Après la libération d’Auschwitz, les troupes de Konev continuèrent vers Prague et participèrent à la bataille de Berlin en Avril 1945.


Auschwitz ne fut pas le premier camp de la mort libéré par l’Armée rouge. Cette douteuse distinction revient à Maidenak en Pologne de l’Est, qui a été investie lors de l’avancée des forces soviétiques en Juillet 1944. La «libération» de Maidenak a été suivie par celle des camps de Belzec, Chelmno, Sobibor et Treblinka – terrains de massacre où plus de deux millions de victimes furent exterminées – pour la plupart d’entre elles des Juifs des ghettos créés par les nazis pour concentrer et contenir les populations juives de Pologne et l’Allemagne.


De même les missions de libération accomplies par l’Armée rouge ne furent pas obtenues sans sacrifices : des milliers de soldats soviétiques sont morts dans les combats lors de l’approche de ces divers camps de concentration.


Les relations de meurtres de masse, de ravages et de destructions causés par les nazis étaient un des thèmes de base des reportages de guerre soviétiques. Mais, quand il en vint à décrire Maidenak, l’écrivain et journaliste soviétique, Konstantin Simonov, dut avertir ses lecteurs que ces horreurs étaient au-delà de l’imagination humaine et de la compréhension; non pas simplement le théâtre de nouvelles atrocités, mais le lieu de l’assassinat systématique à une échelle de masse.


Lorsque les soldats soviétiques arrivèrent sur Auschwitz ils s’attendaient à investir un grand camp de prisonniers et à être accueillis comme des libérateurs. Ce qu’ils ont découvert a bouleversé leurs sensibilités pourtant déjà bien aguerries. Peu parmi les 8000 survivants ont pu parler ou simplement bouger et encore moins accueillir les Soviétiques. En fait ils étaient même terrifiés à l’idée de voir arriver de nouveaux bourreaux.


Le colonel Anatoly Shapiro se souvient : «J’avais déjà vu beaucoup d’innocents tués. J’avais vu des gens pendus. J’avais vu des gens brûlés. Mais je n’étais pas encore préparé à Auschwitz ».


Shapiro se souvient aussi des premiers indices probants des assassinats de masse « Nous avons découvert des montagnes de dents artificielles, de lunettes et de cheveux humains ».
Dans la caserne des enfants, il y avait seulement deux survivants, le reste gazés ou morts comme des sujets d’expériences médicales horribles. Un autre officier soviétique a rappelé que lorsque les équipes de nettoyage sont allées inspecter les cheminées des crématoires, ils ont trouvé des dépôts de graisse humaine sur les murs 45in (115cm) d’épaisseur.


Ce que l’Armée rouge avait découvert à Auschwitz ce n’était pas un camp, mais un complexe de camps occupant une superficie de 20 km2. Beaucoup de soldats soviétiques furent étonnés par ces dimensions qui attestent de l’ampleur de l’extermination de masse et du fait qu’Auschwitz était à l’origine un site industriel de travail d’esclaves géré par les SS.


Les premiers prisonniers furent des polonais et des prisonniers de guerre soviétiques. La plupart d’entre eux sont morts du fait des conditions dans lesquelles les nazis les firent travailler à la production de caoutchouc synthétique pour la machine de guerre allemande, tandis que d’autres furent victimes des premières expériences d’assassinat de masse par gazage.


C’est à Auschwitz que les Allemands ont perfectionné leur méthode de gazage de masse dans des pièces déguisées en douches. Les massacres précédents avaient été menés par fusillade, ou avec de explosifs, ou en intoxiquant au monoxyde de carbone, dans des camions spécialement conçus. Mais les nazis avaient trouvé ces méthodes à la fois inefficaces et trop pénibles pour les bourreaux.


Environ 1million de personnes sont mortes à Auschwitz. La grande majorité étaient juives mais de nombreux Tsiganes, des homosexuels et des communistes allemands furent également au nombre des victimes. Après 1945, Auschwitz en vint à symboliser ce qui allait être reconnu comme l’Holocauste – l’assassinat en masse par les nazis de la communauté juive européenne, 80% d’entre eux ont été tués pendant la guerre. Auschwitz était le seul parmi les camps à être la destination finale des Juifs qui avaient été déportés de toute l’Europe: parmi eux 25 000 Belges, 75 000 Français, 100 000 Néerlandais, Hongrois et 300.000-400.000 Hongrois.


Les juifs Danois ont survécu uniquement parce qu’ils ont été secrètement évacués à travers la Baltique vers la Suède neutre. Ce qui est arrivé à Auschwitz et d’autres camps était horrible delà de l’exprimable, mais la clé de la compréhension de l’Holocauste c’est de savoir qu’il a commencé en Juin 1941, sur le front de l’Est après l’invasion allemande de l’Union soviétique. Hitler voyait l’Union soviétique comme un État judéo-bolchevique, une combinaison tout à fait répugnante à ses yeux, parce que le führer nazi était aussi anti-communiste qu’il était antisémite.


Ainsi, les Allemands ont consciemment mené une guerre d’anéantissement en Russie, massacrant indistinctement tous les Juifs et les communistes qui dirigeaient l’État soviétique3.
Dans un premier temps, les pelotons d’exécution SS ont exécuté des hommes valides, capturés sur le soupçon d’être juifs ou communistes.


Mais bientôt la SS se mit à perpétrer le massacre de communautés juives entières. La plus célèbre atrocité a eu lieu en Septembre 1941 : le massacre de Babi Yar, où 30 000 juifs, hommes, femmes et enfants ont été tués dans un ravin tout juste à l’extérieur de Kiev – un acte de représailles pour punir un attentat à la bombe qui avait tué un certain nombre des soldats allemands dans la capitale ukrainienne .


On estime que 1 million de Juifs soviétiques ont été exécutés en 1941-1942, une tâche énorme pour laquelle la SS dut être secondée par l’armée allemande et par les antisémites et anti-communistes locaux, un bon nombre d’entre eux étaient des ultra-nationalistes ukrainiens.4


Cette extermination en masse sur le front de l’Est devait fournir le modèle de la soi-disant « solution finale » que les nazis apportaient à « la question juive en Europe ».


Dès 1933, lorsque les Nazis parvinrent au pouvoir en Allemagne, ils persécutèrent les Juifs en forçant beaucoup à émigrer. Après la déclaration de guerre en 1939, les nazis raflèrent juifs polonais et allemands, les parquèrent dans des ghettos urbains ceinturés, et envisagèrent de les déporter en Afrique ou les refouler profondément en Russie – un plan contrarié par leur échec à conquérir l’Union soviétique.


Finalement, les nazis résolurent de faire travailler à mort les Juifs qui en étaient capables et de tuer les autres. D’où la tristement célèbre séparation des prisonniers arrivant à Auschwitz entre ceux jugés aptes au travail et les femmes, les enfants, les malades et les personnes âgées envoyés directement dans les chambres à gaz. Auschwitz et l’Holocauste ont eu lieu dans un concours extraordinaire de circonstances de guerre, mais à leur racine il y avait une idéologie raciste et un leader fanatique dirigeant un régime barbare.


Le régime hitlérien a été en grande partie détruit par l’Armée rouge, qui pour cela a du supporter des millions et des millions de morts pendant la guerre. Sans l’Armée rouge et les sacrifices du peuple soviétique, surtout les Russes, les nazis auraient été en mesure de réaliser et d’achever leur tentative de génocide des Juifs d’Europe.

 

Geoffrey Roberts


1 NdT : à l’instar des idées fausses désormais diffusées par les nouveaux « manuels scolaires » français.

2 NdT : Allié aux néo-nazis ukrainiens de Svoboda et Pravy Sektor

3 NdT : pour cette idéologie nazie se revendiquant déjà « européenne » (et « occidentale »), les bolchéviques cumulaient 3 tares conçues comme congénitales : être slaves (donc juste bons à l’esclavage par les « aryens »), en plus d’être communistes (donc totalitaires et ennemis des libertés individuelles) et plus encore juifs (donc sous-race/religion à éliminer par souci de pureté ethnique et spirituelle).

4 NdT : aujourd’hui alliés du gouvernement de Porochenko, voir les Einsatzguppen

 

Traduction de l’article de l’Irish Examiner.
© Irish Examiner Ltd. Tous droits réservés


Geoffrey Roberts est membre de la Royal Historical Society, professeur d’histoire moderne à l’Université de Cork en Irlande il est actuellement à la tête de l’École d’histoire à l’UCC. Il a remporté de nombreux prix et distinctions universitaires, y compris une bourse Fulbright à l’Université de Harvard et tituliare de l’Irlande Senior Research Fellowship. Il est un des commentateurs les plus notoires et les plus autorisés de l’histoire et de l’actualité des journaux britanniques et irlandais. Il est contributeur au « History News Service », qui syndique des articles des médias américains. Très présent sur les médias anglo-saxons, il y est conseiller historique de séries documentaires. Spécialiste de l’histoire diplomatique et militaire soviétique de la Seconde Guerre mondiale.


Son dernier livre traduit en français : « les guerres de Staline » (éditions Delga 2014) est depuis sa parution (en 2005) le livre de référence des universités du monde entier sur l’URSS et Staline dans la seconde guerre mondiale.

 

 

source: histoire et societe

2/02/2015

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Publié par L'Hermine Rouge - dans Histoire-Mémoire
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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