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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 23:20


 

 

Par Margarida Botelho, de la commission politique du PCP, ancienne députée de Lisbonne, pour O Militante, revue théorique du parti



Bloco de EzquerdaA propos du cycle électoral de 2009 et des résultats du PCP/CDU et du Bloc de gauche, des flots d'encre ont été écrits sur l' « événement historique » qu'aurait constitué le fait que le Bloc de Gauche (BE) dépasse le PCP, en particulier aux élections législatives.

 

La position du PCP alors, jugeant positive la forte croissance de la CDU et non sa position relative, avait été considérée comme une excuse de mauvais perdant. La vérité, c'est que l'histoire du PCP et du mouvement communiste international nous enseigne à ne pas avoir peur de l'influence réelle d'une force politique dans la société sur la base de ses résultats électoraux, qui est en général d'autant plus conjoncturelle et volatile que son enracinement social est faible. Elle nous enseigne également combien il est dangereux de subordonner des principes et un programme politique (qui dans le cas du PCP sont de nature révolutionnaire, visent à la transformation de la société) à des considérations électoralistes et médiatiques. Le front de la lutte électorale est important et il n'existe pas de parti politique, y compris le PCP, qui n'ait pas fixé comme objectif d'obtenir les meilleurs résultats électoraux possibles. Mais miser sur le succès immédiat et céder aux pressions conjoncturelles ont conduit au désastre et même à la disparition de grands et prestigieux partis communistes. Le PCP préfère perdre des voix en disant la vérité et ce qu'il pense réellement, qu'en gagner en mentant ou en éludant des questions.

 

Aux législatives du 5 juin 2011, moins de deux ans après et avec une inversion des positions, l'analyse des commentateurs de service ne choisissait pas le même angle d'attaque, mettant même sur pied, comme le Comité central du parti l'a dénoncé, une « mystification éhontée (…) tentant de profiter de la chute significative du Bloc et de la perte de la moitié de ses députés, pour affirmer une perte d'influence des partis 'à la gauche du PS', cherchant ainsi à dévaloriser l'important résultat de la CDU qui sort renforcée de ces élections ».

 

Les dirigeants et adhérents du Bloc ont contribué à cette mystification, évoquant une prétendue stagnation des résultats du Parti (« du PCP, il n'y a également pas grand-chose à dire. Il se maintient (…) Pour le meilleur et pour le pire, c'est une forteresse. De là, personne ne sort et personne ne rentre » (Daniel Oliveira), ou le sens d'un déclin inexorable (« le PCP a beaucoup perdu depuis 25 ans, et comme il a beaucoup perdu, il n'y a plus grand-chose à perdre », Miguel Portas), ou attribuant cette meilleure « résistance » au déclin électoral à l'influence syndicale, locale ou même, comme le dit Francisco Louça, à une « très longue tradition familiale » du PCP.

 

Le résultat électoral du Bloc a engendré des divergences publiques et a conduit son Bureau national à lancer un débat interne et à annoncer la réalisation pour début Septembre d'un « forum subordonné au débat sur les voies qui s'ouvrent à la convergence des gauches politiques et sociales dans le cycle politique du mémorandum et de l'intensification de la crise au sein de l'Union européenne », ainsi que d'une « conférence, au plan international et national, sur les impacts de la crise de la dette, pour promouvoir le débat sur les grandes options et alternatives dans le contexte de la crise européenne ».

 

La direction du Bloc reconnaît que les « orientations récentes ont été, naturellement, objet de polémique », énumérant le soutien à Manuel Alegre aux élections présidentielles, la présentation de la motion de censure contre le gouvernement PS et l'absence à la réunion avec la troïka comme des attitudes qui « aux yeux de nombreux électeurs (…) sont apparues comme contradictoires ».

 

C'est sur ces éléments contradictoires que, brièvement, cherche à se pencher ce texte. Il ne s'agit ni d'une ingérence dans les affaires internes du Bloc de gauche, ni d'une quelconque prétention stupide à tirer profit des problèmes d'une force qui se situe à gauche du spectre politico-partisan portugais et avec laquelle des prises de position analogues et convergentes ont été possibles à l'Assemblée de la République, ce qui doit être jugé comme positif, en dépit des profondes différences qui séparent une force de classe révolutionnaire d'une force contradictoire, inconséquente, et avec de fréquentes poussées d'anti-communisme. Nous cherchons à tirer des leçons d'idées et de comportements qui pourraient, s'ils en avaient l'occasion, mener à la constitution d'une « gauche (éventuellement) élargie », mais idéologiquement et politiquement désarmée face à la violente offensive du capital et de l'impérialisme. Ici nous avons également en perspective le « Parti de la gauche européenne » qui, comme le PCP avait fort à propos mis en garde, agit pour donner une nouvelle virginité à la nouvelle social-démocratie et pousse les partis communistes à perdre leur identité.

 

Le soutien à Manuel Alegre

 

Le soutien à Manuel Alegre aux élections présidentielles a été justifié par le Bloc de gauche pour une raison principale – « rassembler des forces » contre le candidat Cavaco Silva. Il l'a fait pratiquement un an avant les élections, début 2010, dans le cadre d'un processus émaillé de critiques et de divergences internes, mais aussi d'attaques lancées envers le PCP, accusé de sectarisme et d'opportunisme. Les raisons pour lesquelles il était nécessaire que le PCP présente sa propre candidature ont été exposées de façon claire pendant la campagne électorale, et nous nous dispenserons de les répéter ici. Le soutien du Bloc de gauche au candidat Manuel Alegre, pendant des décennies dirigeant et député du PS, défenseur actif et responsable des politiques de droite pratiquées dans notre pays, pendant une période de plusieurs mois où le PS était au gouvernement, et était le protagoniste des PEC (Plan de stabilité et de croissance) et des mesures d'austérité, a constitué une des « contradictions » que le Bureau national a lui-même identifié.

 

Plus que de « contradictions », nombreux sont ceux qui, comme nous, ont vu dans une telle démarche non seulement la conséquence logique d'initiatives pensant possible d'isoler le PCP ou le dissoudre dans un fourre-tout politique sans principes ni orientations clairs mais aussi une façon de contribuer, au beau milieu de plans d'austérité spoliateurs qui se succédaient alors, à apporter une caution de gauche à la brutale offensive droitière du PS.

 

La motion de censure

 

Miguel Portas a expliqué dans une interview de façon exemplaire les raisons qui ont motivé la motion de censure : « il y eut dans la décision du Bloc de gauche une tentative de contre-balancer le soutien accordé à Alegre par une position très claire contre le gouvernement ».

 

La vérité, c'est que, 18 jours après des élections présidentielles où il s'est joint a PS dans le soutien à la candidature de Manuel Alegre, le Bloc de gauche a annoncé qu'il présentait une motion de censure en plein débat avec le premier ministre, alors que quelques jours auparavant Francisco Louça avait affirmé, quand on lui opposait une prétendue intention similaire de la part du PCP, que cela n'aurait aucune « utilité pratique ». Il le fit en l'annonçant à un mois de distance de sa discussion et de son vote à l'Assemblée de la République, comptant naturellement polariser ainsi le débat politique. Le calcul tacticien avec ses contradictions n'est pas passé inaperçu.

 

La réunion avec la troïka

 

La résolution du Bureau national du Bloc de gauche conclut à cet égard : « la direction du Bloc a sur-estimé les capacités de l'indignation immédiate contre la récession et a sous-estimé la peur parmi les secteurs les plus touchés par la crise. L'orientation du Bloc dans la période pré-électorale, concentrée sur l'appel à une votation de type référendaire contre le programme de sauvetage, a découlé de cette sur-estimation, et la même chose peut être dite de l'incompréhension qui a entouré la décision de ne pas assister à la réunion avec le FMI. Aussi fondé qu'ait pu être ce choix, il n'a satisfait ni les secteurs qui voulaient que nous y allions dire 'ce qu'il fallait leur dire', ni ceux qui avaient l'illusion que nous puissions contribuer à atténuer la violence des mesures qui allaient être annoncées quelques jours plus tard, et cela eut donc des conséquences électorales négatives. »

 

Il est assez légitime de conclure que ce que le Bloc admet est que, si sa position de principe lui est préjudiciable électoralement, il aurait été mieux de la dissimuler ou de l'abandonner. Quelques jours après les élections, Francisco Louça reconnaissait lui-même : « si elle se déroulait aujourd'hui, je verrai cette réunion d'un autre œil (…) notre attitude ne fut pas comprise et cela nous a été préjudiciable du point de vue électoral. Nous aurions pu adopter une attitude différente, certainement. »

 

Bien que le Bureau national ne la mentionne pas comme un des éléments contradictoires qui auraient contribué à l'effondrement électoral, la position que le Bloc a adopté quant à l'intervention de la troïka en Grèce s'intègre clairement dans ce processus et suscite des doutes encore plus importants.

 

Si tout n'est pas clair pour nous, rappelons que le 7 mai 2010, l'Assemblée de la République a débattu, sur proposition du gouvernement PS, d'un « prêt » de 2 milliards d'euros à la Grèce. Le Bloc a voté pour, avec le PS, le PSD et le CDS. Seuls le PCP et les « Verts », solidaires avec le peuple grec, ont refusé l'ingérence brutale que cela a signifié. A l'époque, la députée Cecilia Honorio a défendu le vote favorable du Bloc de gauche, disant qu'ils le faisaient « pour une seule raison : refuser ce prêt serait, dans les circonstances actuelles, imposer la faillite à la Grèce. Et cela serait la pire des options. Ce serait la politique de la terre brûlée, ce serait répondre à la crise par une catastrophe économique ». C'est une attitude dans laquelle se révèle clairement sa conception fédéraliste de l'Union européenne et son penchant social-démocratisant. Une attitude compatible par ailleurs avec la proposition présentée quelques mois auparavant par le Bloc de gauche pour la création d'une agence de notation européenne – une idée chère en ce moment même parmi les analystes les plus néo-libéraux – ou avec la proposition présentée au Parlement européen, défendant l'intervention européenne en Libye, mais qui correspond si peu avec la décision de ne pas participer à la réunion avec la troika. Une contradiction de plus.

 

Un projet clair et fiable que celui du PCP

 

La rencontre avec le PCP fut un autre motif de polémique au sein du Bloc de gauche et de spéculation dans les médias, en dépit du fait que, au moment de la réunion, les deux partis avaient déjà décidé du cadre dans lequel ils participeraient aux élections législatives anticipées – le Bloc seul, le PCP intégré dans la CDU. Il s'agissait d'une rencontre qui, comme nous l'affirmions à l'époque, « rendait possible un échange d'opinions et de points de vue quant à l'analyse que fait chacun des partis sur la situation économique et sociale du pays (…) Une analyse qui a permis d'identifier des éléments sur lesquels existent des appréciations convergentes. Convergences de points de vues qui ne nous laissent pas dupes en même temps sur les différences d'opinion et même sur des positions divergentes sur plusieurs questions, ce qui est en soi un fait naturel pour des partis aux trajectoires et aux projets différents (…) fait qui n'empêche pas des convergences, comme cela s'est produit en particulier sur le plan parlementaire ».

 

Les incohérences, à côté des attitudes qui correspondent à sa matrice social-démocratisante et, tout particulièrement, le fait de faire d'une question secondaire la question centrale de la souveraineté et de l'indépendance nationales, tout comme le mépris récurrent pour la dynamique unitaire des organisations syndicales et des manifestations de masses, et en particulier du mouvement syndical unitaire, sont des facteurs qui ne peuvent être ignorés quand on examine les possibilités souhaitables de convergence.

 

D'autant plus que les médias ont souvent mis en avant le Bloc de gauche, pas tant pour ses mérites propres, mais plutôt avec l'intention claire d'occulter et de minimiser les initiatives du PCP. Prenons le cas de la proposition de la renégociation de la dette que le PCP défend seul depuis des semaines, mais qui a été méthodiquement mise en avant comme s'il s'agissait d'une mesure innovante de la part du Bloc de gauche.

 

Naturellement que le PCP est, comme il l'a toujours été, disponible pour rechercher des convergences et les coopérations avec toutes les forces sociales anti-monopolistes, avec tous les patriotes et les démocrates, avec toutes les personnalités indépendantes, dans la perspective de la rupture avec ce cap et cette politique, pour quoi est indispensable le développement d'une puissante lutte de masses. Le PCP a un projet clair pour le pays, d'affirmation d'une politique patriotique et de gauche, pour un Portugal de progrès, tout en ayant toujours à l'horizon la perspective du socialisme. Un programme que le PCP propose au peuple portugais et qui correspond « à l'intérêt fondamental de l'immense majorité de la population portugaise ».

 

source solidarité internationale PCF

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Publié par L'Hermine Rouge - dans M.C.I.
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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