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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 22:15

1/ Nous avons rappelé récemment à nos lecteurs1 ce qu’avait été, au XVIIe siècle, le mouvement par la suite dit des « bonnets rouges ». Compte tenu de cela, n’est-il pas frauduleux d’assimiler le mouvement actuel à celui qui avait opposé oppresseurs et opprimés il y a quatre siècles ?


Françoise MORVAN — Dans la mesure où, à mon avis, il ne s’agit pas d’abord d’un mouvement mais d’une opération organisée par le patronat ultralibéral breton, il me semble qu’il n’y a pas lieu de juger la chose en termes de moralité ou de légitimité historique mais de stratégie de communication : le bonnet rouge a été exploité de manière particulièrement efficace en raison de son double sens potentiel : pour les uns (les patrons membres du lobby à l’origine de l’opération), symbole identitaire, appel à la révolte contre « Paris »… pour les autres (les travailleurs licenciés, les paysans réduits à la misère, les chômeurs, les jeunes en recherche d’emplois précaires, et, hélas, les syndicalistes et les partis dits de gauche qui se sont laissé abuser), symbole révolutionnaire, appel à la révolte contre l’injustice. D’un côté, appel (ou supposé appel) à la révolte bretonne contre le roi, le papier timbré, l’impôt, autrement dit la centralisation, la réglementation, le code du travail, l’égalité républicaine… De l’autre, appel (ou supposé appel) à la révolte au nom de l’égalité républicaine. Malheureusement, les seconds n’ont pas vu qu’on les fournissait en bonnets pour les enrôler dans une croisade identitaire dont les enjeux leur échappaient.


2/ Comment expliquez-vous ce contresens ou ce tour de passe-passe ?


FM — Les médias régionaux étant totalement inféodés au lobby patronal qui avait organisé cette « révolte spontanée » et les médias nationaux étant soumis au règne de l’éphémère, du sensationnel et donc de l’absence de travail de terrain, l’impossible est devenu (l’image aidant) la vérité unanimement admise — sauf à protester et tenter d’informer — à savoir que les Bretons depuis le XVIIIe siècle réclament le retour à l’autonomie… Dans un premier temps, on a vu à Quimper des Bretons coiffés de bonnets rouges défilant au milieu de forêts de drapeaux noirs et blancs ; dans un deuxième temps, on a vu à Carhaix des Bretons coiffés de bonnets rouges brandissant des drapeaux noirs et blancs qui leur étaient fournis comme les bonnets rouges  et le druide Servat leur a fourni un hymne national, « La blanche hermine ». Bref, l’écotaxe a servi de révélateur : les Bretons ne sont pas Français, ils sont en plein accord avec l’Europe et réclament désormais le statut qu’ont les ethnorégions autonomes, Écosse, Catalogne et autres… Jusqu’à présent, ils n’avaient pas du tout réclamé ça. Ils avaient même réclamé le contraire. Mais l’image fait foi, le bonnet rouge le prouve et ce que montrent désormais les télévisions du monde entier, c’est le Breton défilant le bonnet sur la tête et le drapeau nationaliste en main. Opération réussie au-delà de tout espérance : retournement d’une lutte en son contraire à moindre coût, juste un bonnet d’acrylique made in China or anywhere for Beechfield et importé par Imbretex (avec drapeaux à suivre).


 3/ Vous dites que cette pseudo « révolte spontanée »  a, en fait, été organisée par le « patronat ultralibéral breton », voire par un «  lobby patronal breton » mais que désignez-vous précisément par là ?


FM — Lorsque les patrons des entreprises membres de Produit en Bretagne ont appelé à « sonner le tocsin » contre l’écotaxe (ça, c’était le 16 octobre), j’ai commencé à me poser des questions. J’avoue que jusqu’alors l’écotaxe m’avait semblé un vestige du Grenelle de l’environnement, piètre héritage d’une ruineuse opération sarkozyste mais voté, accepté par tous, et, finalement, mieux valait ça que rien, même si les portails écotaxe me semblaient en soi une monstruosité supplémentaire… Mais, bon, j’avais l’esprit ailleurs, je n’avais aucune idée des partenariats public-privé (PPP), autre monstruosité… Les patrons de Produit en Bretagne ont donc au jour dit déclenché l’alarme incendie dans leurs entreprises et leurs supermarchés : « Nous faisons retentir nos alarmes, parce qu’il y a le feu en Bretagne ! ». Il y a le feu pourquoi ? Parce que l’écotaxe doit être perçue en Bretagne, région spectaculairement excentrée ?… Par rapport à Bayonne ou Perpignan ? J’ai alors découvert que la lutte contre l’écotaxe était annoncée comme l’opération n° 1 de « l’appel breton du 18 juin » lancé par Glon (président de l’Institut de Locarn) et Bernard (président de Produit en Bretagne) qui avaient ce jour-là fondé le Comité de Convergence des Intérêts bretons (CCIB) dans la droite ligne du CÉLIB. Tout ça ne dit rien à personne mais pour moi, la messe était dite : soit le gouvernement allait opposer la loi au lobby, soit il allait céder. Il a cédé.


4/ Qu’est-ce que l’Institut de Locarn ? Produit en Bretagne ? Le CÉLIB ?


FM — Le CÉLIB (Comité d’Étude et de Liaison des Intérêts bretons) est un lobby fondé en 1950 par un autonomiste, Joseph Martray, issu de la collaboration mais qui a su comme tant d’autres se faire passer pour résistant ; dans les années 60, c’est lui qui a organisé, entre autres, la « prise de la sous-préfecture de Morlaix », opération contre l’État républicain menée par des agriculteurs qui allaient être à l’origine de la grande dérive productiviste à quoi nous devons l’actuelle dégradation des sols, des eaux et de la vie des hommes… La bataille des bonnets rouges n’en est que la suite, de même que L’institut de Locarn (groupe de pression fondé en 1991) n’est que le prolongement du CÉLIB dont il se réclame, mais sur des bases beaucoup plus dures : il faut faire éclater l’État républicain, non plus se contenter de lui porter des coups et de s’en émanciper dans les limites possibles ; la France est finie, l’Allemagne offre le modèle à suivre, autonomie, droit à l’expérimentation, déréglementation, subsidiarité contre solidarité… Bien que Produit en Bretagne se présente comme une structure associative autonome, l’association est une création de l’Institut de Locarn et s’inscrit dans son projet politique. On a pu le voir lors de l’affaire de l’écotaxe.


5/ Le fondateur de l’Institut de Locarn déclarait en 1993 : « La France n’a plus d’avenir ; l’État-nation doit disparaître ! » (d’après ce que vous écriviez dans votre récente tribune du Monde). Le projet de Locarn serait-il de substituer aux États des communautés ethniques afin des faire éclater les cadres nationaux encore garants d’une certaine égalité ?


 FM — C’est ce que j’expliquais voilà plus de dix ans dans mon essai Le Monde comme si : on ne peut pas dire que ce soit un projet obscur, même s’il est dissimulé. Il avance avec l’appui du Conseil de l’Europe, comme le montre aussi la Charte des langues régionales concoctée par la Fédération peuples et ethnies solidaires (FUEV) présidée par ce même Joseph Martray qui agissait tout à la fois par le CÉLIB (lobby breton) et par la FUEV (lobby européen) de manière à en finir avec la France républicaine aux lois sociales trop contraignantes. L’idéologie de l’institut de Locarn a été exposée par son fondateur, et il n’y a là rien que de clair, de logique et de cohérent : un projet ultralibéral d’extrême droite correspondant tout à fait à l’idéologie de l’Opus Dei (mise en place des élites, guerre économique, dévouement au combat pour une Europe chrétienne).


6/ Quelle est l’attitude politique des dirigeants du Parti socialiste par rapport à ce projet autonomiste  ?


 FM— Le président du conseil régional socialiste Jean-Yves Le Drian, est allé en 2006 à l’Institut de Locarn présenter son projet pour la région : que dire de plus ? Les faits parlent d’eux-mêmes. Il a fait entrer les autonomistes de l’UDB au conseil régional et l’ethnicisation de la Bretagne, avec culte du drapeau, du « Bro goz » (hymne national breton concocté par un druide raciste) et autres horreurs identitaires va croissant chaque jour. La collusion est totale et, ce qui est plus grave, même s’il existe des dissidents, aucun n’ose la dénoncer. Là est pour moi le problème essentiel. Les bonnets rouges se voient. Ils se voient même tellement qu’ils servent surtout à ne pas voir ce qui se cache dans cette opération, à savoir l’instrumentalisation de la colère par ceux qui en sont les premiers responsables en vue de faire advenir un projet que dans leur immense majorité désavoueraient les Bretons s’ils étaient réellement consultés.

 

1 : Lucien Gauthier : « La véritable histoire des bonnets rouges ».  Informations ouvrières n°276 du 7 novembre 2013.

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Publié par L'Hermine Rouge - dans Bretagne
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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