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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 19:20

120124-michel-kilo.jpgPersonnalité reconnue de l’opposition, emprisonné à plusieurs reprises, Michel Kilo constate que ni le pouvoir 
ni l’opposition 
ne parviennent 
à l’emporter. 
Il estime nécessaire un dialogue avec certains éléments 
du régime pour aller vers la démocratie. 

 

Comment analysez-vous 
la situation en Syrie ?

Michel Kilo. Il faut d’abord souligner que nous sommes dans une crise qui peut encore durer des mois, voire des années.
Il faut l’accepter. Il y a au sein du peuple les forces nécessaires qui se sont adaptées à une crise qui va durer longtemps. Celle-ci est, d’une certaine manière, équilibrée. Le régime n’a pas les forces suffisantes pour empêcher les gens de descendre dans la rue. Mais les gens n’ont pas la force nécessaire pour faire tomber le régime. Nous en sommes là. L’avenir dépend de la manière dont cet équilibre va être modifié. Le régime espère que la population va arrêter le mouvement de protestation. Alors que la population espère que le régime va se diviser et que des forces vont émerger qui pourront trouver la solution. Nous sommes dans une situation très délicate.


 Il y a des forces en Syrie même, comme les comités locaux, 
et des forces à l’extérieur, comme le Conseil national syrien (CNS). Comment vous situez-vous ?

Michel Kilo. Je suis un homme indépendant, comme vous le savez. Je ne suis pas membre du CNS. Je suis un homme qui a travaillé dans le mouvement de la société civile, à l’origine de ce mouvement populaire qui occupe actuellement les rues. Maintenant il y a deux grandes organisations de l’opposition syrienne : le Comité national pour le changement démocratique en Syrie (CNCD) et le Conseil qui regroupe des forces de l’intérieur, comme la déclaration de Damas et beaucoup de représentants des tribus, des comités de jeunes. Mais aucun des deux n’est la force qui a créé le mouvement. Les intellectuels en ont été à l’origine. Ils ont pris maintenant une certaine distance tant avec le CNS qu’avec le Comité. Dans notre vision, nous sommes plus proches du Comité national. Et dans notre représentation du mouvement, plus proches du CNS.

La formation du CNS a donné un espoir aux Syriens qui ont l’impression qu’ils ont maintenant une représentation politique qui fait jeu égal avec le pouvoir. Mais le CNS a travaillé en se tournant vers l’extérieur et a négligé beaucoup la situation intérieure, c’est-à-dire le peuple qui lui a donné sa confiance. Le peuple a maintenant le sentiment qu’il est seul. Et certains demandent un nouveau pas vers une représentation qui unit l’opposition à l’intérieur et celle de l’extérieur. Il y a maintenant une vraie demande.


Vendredi soir, on a annoncé 
la signature d’un accord entre 
le Comité national pour 
le changement démocratique 
et le Conseil national syrien.

Michel Kilo. En fait, cet accord n’a pas été ratifié. Il y avait une grande résistance au sein du CNS contre cet accord, qui est maintenant de facto annulé. Il a été annoncé qu’en réalité, il ne s’agissait que d’une feuille de travail portant sur les visions d’avenir. Le CNS se considère comme le seul représentant de la population syrienne. Il n’a pas la volonté de 
ratifier un projet ou une déclaration commune avec quiconque en Syrie. 
Il refuse d’accepter l’existence d’autres forces d’opposition et 
rejette la formation d’un comité pour diriger le travail commun des différents groupes de l’opposition. C’est exactement ce que prévoyait le texte qui est maintenant dénoncé par le CNS, qui veut se considérer comme la seule formation de l’opposition syrienne. C’est de la folie.


 L’envoi d’observateurs de la Ligue arabe est-il une bonne chose ?

Michel Kilo. C’était une très bonne chose. Il fallait donner les chances nécessaires pour que le travail arabe réussisse. Mais le Qatar travaille pour les États-Unis. Et le CNS veut maintenant l’internationalisation du conflit. Ils ont demandé, dimanche, pour la première fois, une intervention militaire avec la création de zones tampons sous protection aérienne et maritime.


 Certains ne souhaitent-ils pas 
un scénario à la libyenne ?

Michel Kilo. Certains ont effectivement cette idée. Mais la Syrie est complètement différente de la Libye. En Syrie, 25 à 35 % de la population sont issus des minorités, ont fait de la politique, alors qu’en Libye, il n’y avait qu’un homme, Muammar Kadhafi. En Syrie, il y a une armée très forte et jusqu’à maintenant unie autour du pouvoir, et une population au sentiment national très développé. C’est dire que travailler à une intervention extérieure, c’est travailler à la destruction de la Syrie, qui conduirait à une guerre civile qui va durer des années avec des possibilités d’intervention de forces régionales et des partis, et des courants dans un camp comme dans l’autre. Cela aura des répercussions au Liban, en Palestine, en Jordanie et même en Turquie. Les Syriens, y compris ceux qui ont été emprisonnés, qui ont subi les tortures, sont contre toute intervention militaire, car ils savent ce que ça signifie.


 Que proposez-vous ?

Michel Kilo. Il y a dix ans, déjà, nous avions proposé une phase de transition. Qu’il y ait une rencontre avec le pouvoir pour parler de la situation dans le pays, fixer les thèmes essentiels qui doivent être traités et trouver les moyens de résoudre ensemble les problèmes, et créer un régime transitoire qui nous amène dans quelques années à un régime démocratique. Dans son dernier document politique, le Conseil national syrien a parlé d’une solution négociée et d’une phase transitoire. Ils ont renoncé au slogan « Faire tomber le régime ».


 Mais le régime est-il enclin 
à discuter ?

Michel Kilo. Pas du tout. Mais si, face à vous, vous avez un régime uni et si vous avez envie de le diviser, il faut lui parler de manière à encourager certains individus au sein du régime à dire : « C’est une solution acceptable qui va conserver nos intérêts et sauvegarder le pays. » Il est temps maintenant de dire que s’il y a des éléments du régime prêts à discuter et à accepter une phase transitoire permettant d’aller vers la démocratie – ce qui signifie une dislocation du régime despotique –, nous sommes disponibles. Il y a des gens au sein du régime qui disent qu’il faut penser maintenant à d’autres solutions que la répression.


Entretien réalisé par Pierre Barbancey

et publié dans l'Humanité du 3/04/2011

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Publié par L'Hermine Rouge - dans Planète
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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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Initiative Communiste n°155 (Avril 2015)

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Frédéric LORDON-Médiapart
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Jacques SAPIR-10/12/2013 (blog)
La Guerre Sacrée

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ALR-libertaireSamedi 31 décembre 2011 de 11 h 30 à 13 h 30

Annie Lacroix-Riz , historienne, participera

à l’émission « Chroniques syndicales » 

consacrée au dossier Renault

sur Radio Libertaire

89,4 MHz FM en Ile-de- France

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