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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 20:19

 

140901-citroen-livre.jpg

 

Présentation du livre et des auteurs

Les voitures Citroën sont dans les mémoires et dans le présent d’un siècle d’automobile. La vitrine est belle, les modèles sont rutilants, on célèbre le génial inventeur, mais qui se souvient des millions de femmes et d’hommes qui ont fait la marque aux chevrons ? Plusieurs dizaines de salariés, actifs et retraités, ont entrepris de révéler cette mémoire enfouie et souvent bafouée. Ils racontent dans cet ouvrage un siècle de travail, de passions pour le métier, de répressions féroces et toujours plus élaborées, de solidarités tenaces et de fiertés reconquises. En réunissant des documents et photographies rares, des témoignages de vie et de luttes, ce livre met en lumière ce qui a produit le fabuleux objet de liberté qu’est l’automobile : la passion de l’innovation, l’effort humain, la bataille toujours recommencée pour le révéler et le faire reconnaître.

 

Cet ouvrage a été coordonné par Roger Gauvrit, Allain Malherbe et Jean-Yves Masson, anciens salariés de Citroën des années 1960 à 2009 en région parisienne et rennaise, militants cégétistes.

 

Allain Malherbe est né en 1950 dans le Morbihan. Il a été ajusteur à Citroën-Javel (Paris 15e) de 1967 à 1980, puis cadre dans le tourisme social et la rééducation professionnelle. Diplômé en histoire et en psychologie, il est secrétaire de l’Institut d’histoire sociale CGT de la Métallurgie.

 

Roger Gauvrit est né en 1946 en Vendée. Formeur carrossier au bureau d’études Citroën à Paris de 1963 à 1967, puis sur la chaîne de la SM jusqu’en 1972. Il a été conseiller PCF de Paris de 1983 à 1989. Il est secrétaire de l’Institut d’histoire sociale CGT de la Métallurgie.

 

Jean-Yves Masson est né en 1954 en Loire-Atlantique. Il a été ouvrier à Citroën-Rennes La Janais entre 1975 et 2009. Il est animateur de la section des retraités PSA-Citroën La Janais et membre du conseil d’administration de l’Institut d’histoire sociale CGT de Bretagne.

 

Avec le concours d’Alexandre Courban, docteur en histoire, consultant en projets culturels à caractère historique, auteur de Gabriel Péri, un homme politique, un député, un journaliste (La Dispute, 2011).

 

Les auteurs : Bernard Amiot, Jacques Colin, Vassili Dumay, Roger Gauvrit, André Jaouen, Georges Jarry, Gérard Lebatteux, Paul Le Bourgeois, Jacques Leroux, Gérard Levassort, Allain Malherbe, Jean-Yves Masson, Roger Meyre, Claire Mouzas, Serge Pronteau, Claude Rousseau, Alain Villeléger.


LE BLOG « CITROËN PAR CEUX QUI L’ON FAIT » EST ICI

 

 

source: El Diablo [31/08/2014]

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 14:32

140828-ruffin-FN-pauvres-actionnaires.jpgLe journaliste François Ruffin vient de publier avec le journal Fakir un excellent ouvrage analysant de façon implacable le discours économique du Front National, démontrant de façon implacable que derrière le masque le vieux FN libéral est toujours là, comme ne cesse de le dénoncer le PRCF.


Comme toujours, le fascisme avance masqué  – comme notre camarade Manessis l’a brillamment rappelé dans une tribune publiée par www.initiative-communiste.fr . Bien sûr pour attirer à elle le soutien d’une partie des classes populaires, l’extrème droite est prête  à utiliser une rhétorique aux accents « sociaux », pour brouiller les pistes, pour diviser. Mais cette rhétorique ne doit pas cacher que concrètement le programme du FN et de l’extrème droite c’est le soutien le plus autoritaire et le plus brutal à l’oligarchie capitaliste.

 

Voici une recension d’un lecteur sur agoravox :

Penser ce qui dérange

Le premier des mérites de François Ruffin et de son équipe est d’avoir abordé un sujet qui n’est, malgré son importance, jamais réellement traité : l’histoire du discours économique du Front National.

Cette volonté de penser le réel part d’un double constat : d’une part la convergence, sur certains sujets – Europe, protectionnisme, etc -, entre le Front National et – pour aller vite – la gauche alternative ; d’autre part, la médiocrité méprisante des pseudo-analyses qui sont faites du discours du Front National sur ces sujets, « analyses » qui se contentent de qualifier la sortie de l’euro de « suicidaire » ou de sortir leur équation favorite : protectionnisme = repli = nationalisme = racisme= guerre en Europe.

Ce livre a ainsi un double objectif : comprendre comment FN et gauche alternative, aux valeurs si dissemblables, peuvent se retrouver sur certains sujets, et analyser, « sans condescendance ni complaisance » et dans une perspective historique, le programme économique du parti à la flamme.

Penser ce qui dérange donc – car il n’est jamais agréable de s’avouer des proximités avec ses ennemis - : un premier mérite pour ce travail, mérite d’autant plus grand que, de nos jours, l’honnêteté et le courage intellectuels semblent se faire aussi rares dans notre pays que les socialistes au PS ou les gaullistes à l’UMP.

Le demi-tour idéologique imparfait du Front National

Et que va révéler cette enquête ? Que le FN a effectué un virage à 180° en matière de politique économique.

Rapide passage en revue de tous ces retournements complets que mettent au jour François Ruffin et son équipe :

- la dénonciation de l’étatisme économique du père a laissé la place à l’éloge de l’Etat stratège par la fille

- la volonté d’une Europe politique a été remplacée par sa dénonciation

- le libéralisme économique du FN version Jean-Marie a pour successeur la plaidoyer protectionniste du FN version bleu marine

- la révolution fiscale inspirée de Reagan a été évincée au profit de la « justice fiscale »

- les actionnaires, autrefois défendus héroïquement, sont désormais vilipendés

- la dénonciation de la précarité du travail a succédé à celle de la rigidité du Code du travail

Autrement dit : la continuité revendiquée haut et fort par Marine Le Pen – « depuis trente ans nous dénonçons … » – est un pur mensonge.

De plus, sont mises au jour certaines incohérences importantes dans ce nouveau discours apparemment digne de la CGT : si le FN vitupère beaucoup contre les inégalités, les actionnaires, la précarité, etc, ces sujets sont totalement absents de ses textes programmatiques – y compris un aussi volumineux que le projet complet du FN pour 2012, un texte de 106 pages.

 » Et pour cause : l’ »égalité » est une absente de marque, sur la longue durée, et aujourd’hui encore, dans le discours du Front National » (p.90).

Suite à cette rapide présentation, trois cas de figure sont possibles :

- vous ne croyez pas un instant à ce que je viens de raconter sur le FN : achetez le livre pour pouvoir me prouver que François Ruffin et sa bande se trompent

- vous êtes sceptiques : achetez le livre pour vous faire votre idée sur des bases plus solides qu’un simle résumé

- vous êtes convaincus : achetez le livre afin d’avoir des arguments solides pour pouvoir convaincre autour de vous, de pouvoir le prêter aux plus sceptiques et enfin de soutenir le travail des auteurs, et plus largement de Fakir Editions et du journal Fakir, journal que je recommande à tous les fatigués de la bouillie idéologique médiatique – et même aux autres !

Et pour ceux qui hésiteraient encore, sachez que le livre contient à la fin un très stimulant entretien avec Emmanuel Todd – où il est bien sûr question du FN, mais aussi du « grand détraquage » actuel – ainsi que de nombreux encadrés sur des sujets comme l’abandon réfléchi des classes populaires par le PS ou l’abandon de l’idée de Nation par les élites.


(1) François Ruffin, Pauvres actionnaires » Quarante ans de discours économique du Front National passés au crible, Fakir Editions, Amiens, 2014, 140 pages, 6 euros

Disponible ici : http://www.fakirpresse.info/-Nos-lecteurs-sont-les-meilleurs-.html

 

 

« Pauvres actionnaires ! »

Quarante ans de discours économique du Front national passés au crible. Suivi d’un entretien avec Emmanuel Todd.

Sous la direction de François Ruffin

Marine Le Pen s’en prend, aujourd’hui, « aux marchés financiers, aux milliardaires qui détricotent notre industrie et jettent des millions d’hommes et de femmes de notre pays dans le chômage, la précarité et la misère. Oui il faut en finir avec le règne de l’argent-roi ».
Depuis quand, se demande François Ruffin, un peu embêté, depuis quand le Front national cause comme ça, un peu comme lui ?
Qu’est-ce qui relève de l’imposture, ou du vernis social ?
Qu’est-ce qui, à l’inverse, est profondément ancré dans le discours du FN ?

140 pages
Prix : 40 ans de discours économique pour 6 € seulement !
Frais de port : 2 euros.

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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 21:58

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Marx écologiste

John Bellamy Foster, éditions Amsterdam, 2011

 

L’auteur a publié en 2011 en langue française un recueil de quatre articles, publiés initialement aux États-Unis en 2009, dont la vocation est de resituer la place du marxisme dans le débat sur l’écologie.

 

Disons d’emblée que ce petit livre est iconoclaste à plus d’un titre. Certains dénieront à Marx et Engels d’être des penseurs de l’écologie lesquels auraient estimé qu’entre l’homme et la nature il y avait une lutte pure et simple et qu’il faudrait voir en eux des productivistes patentés.

 

Foster fait la démonstration convaincante que Marx et Engels ont pensé en « écologiste » même s’ils ne reprennent pas le terme d’écologie créé seulement en 1866 et qui ne s’est propagé que lentement. A diverses étapes de leurs réflexions, Marx et Engels ont été amenés à réfléchir sur la désertification, le changement climatique, la pollution, etc. Marx pointe dans le Capital les enjeux cruciaux : « du point de vue d’une organisation économique supérieure de la société, le droit de propriété de certains individus sur des parties du globe paraîtra tout aussi absurde que le droit de propriété sur son prochain. Une société entière, une nation et même toutes les sociétés contemporaines réunies ne sont pas propriétaires de la terre. Elles n’en sont que les possesseurs, elles n’en ont que la jouissance et doivent la léguer aux générations futures après l’avoir améliorée en boni patres familias »1. Après avoir fait une démonstration étayée, Foster en vient à constater que peu de commentateurs de Marx et Engels se sont penchés sur l’approche écologique de leurs œuvres.

 

Foster poursuit sa démonstration en précisant qu’après la mort des deux compères, des marxistes ont poursuivi l’étude des relations entre les humains et la nature. C’est à cet endroit que Foster peut sembler, à certains modernistes, un peu « d’arrière garde » quand l’échec du « communisme » stalinisé devrait nous inciter à penser autrement, sans faire référence aux théoriciens classiques. Mais pour Foster, seule la vérité lui importe et il ne met pas son mouchoir sur certains exemples qui redonnent du coup une légitimité, notamment à des dirigeants bolcheviques. Ainsi, dans le parti social-démocrate allemand, Kautsky a étudié le rôle intensif des pesticides avec La question agraire (1899). Chez Lénine, Rosa Luxembourg ou Boukharine, on retrouve de telles préoccupations. En 1919, Lénine fonde la première réserve naturelle dans le sud de l’Oural à des fins exclusives d’étude scientifique (Ce dernier exemple en fera bondir plus d’un). En Union soviétique, la science écologique est développée par Vernadski. Mais Staline décime les rangs des chercheurs les plus écologistes et Vavilov est condamné à la prison à vie en 1942 pour s’être opposé à l’obscurantisme de Lyssenko. Le stalinisme oriente alors la pensée vers une course à la production sans se soucier de l’impact écologique jusque dans les années 1980-90. Cela a eu un impact international pour tous les chercheurs qui ont vu dans le marxisme un productivisme effréné.

 

La rupture métabolique


Les travaux de Marx et Engels ont mis en avant des concepts aujourd’hui banalisés : taux de profit, force de travail, loi de la valeur, etc. Mais le concept de « rupture métabolique »2 est peu connu. Or, Marx et Engels puisent dans la situation agricole, entre 1830 et 1880, les bases de leur concept de rupture métabolique. Cette période est liée à l’essor de l’industrie des engrais et de la chimie agricole au moment où la fertilité des sols allait en diminuant. Marx devait alors décrire cette période de la façon suivante : « la production capitaliste amasse d’un côté la force motrice historique de la société et perturbe d’un autre côté le métabolisme entre l’homme et la terre, c’est-à-dire le retour au sol des composantes de celui-ci usées par l’homme sous forme de nourriture et de vêtements, donc de l’éternelle condition d’une fertilité durable du sol… tout progrès de l’agriculture capitaliste est non seulement un progrès dans l’art de piller le travailleur mais aussi dans l’art de piller le sol… Si bien que la production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur. »3

 

Marx écrit dès 1844 que l’homme et la nature font cause commune : « le fait que la vie physique et spirituelle de l’homme soit dépendante de la nature, n’a d’autre sens que celui-ci : la nature est dépendante d’elle même car l’homme est une partie de la nature »4 Cette première approche sera consolidée plus tard par l’introduction du concept de métabolisme sur des bases matérialistes compris comme l’échange complexe et dynamique, résultant du travail humain, entre les êtres humains et la nature. La base théorique de Marx est de considérer que « le travail est d’abord un procès qui se passe entre l’homme et la nature, un procès dans lequel l’homme règle et contrôle son métabolisme avec la nature par sa propre action. »5 Marx annonçait en conséquence une vision d’une société future des producteurs associés : « la seule liberté possible est que l’homme social, les producteurs associés règlent rationnellement leurs échanges avec la nature, qu’ils la contrôlent ensemble… »6

 

Débat parmi les écosocialistes


Foster dresse une critique acerbe à l’égard d’un penseur américain, James O’Connor, penseur de l’écosocialisme en vogue, régulièrement cité en France par des intellectuels comme Michael Lowy ou Arno Münster. Foster se détache d’un certain nombre d’écosocialistes par la légitimité qu’il donne à nombre de théoriciens, depuis Marx jusqu’à Boukharine en passant par Rosa Luxembourg et Lénine. Or, l’écosocialisme se veut un nouveau courant distinct, en rupture avec ce qui est assimilé au marxisme traditionnel entaché de productivisme, intégrant bien sûr, la période 1917-1991 en URSS. D’ailleurs, ce courant s’est construit autour des années 1980, période de reflux idéologique sur fond d’écroulement des pays dits « socialistes ». De fil en aiguille, l’écosocialisme devrait aboutir à un dépassement complet du marxisme traditionnel par la naissance d’un nouveau paradigme, comme le souligne Jean-Marie Harribey7.

 

O’Connor veut amender le marxisme en parlant d’une seconde contradiction en complément à la première analysée par Marx, opposant le capital au travail. Pour O’Connor, la seconde contradiction oppose les forces productives et les conditions de production parmi lesquelles se trouve la nature. En cherchant à produire, le capitalisme sollicite tellement la nature qu’il la dégrade dangereusement. En retour, cette dégradation produit des coûts qui sont intégrés en amont, comprimant le profit. L’augmentation des coûts écologiques tend à diminuer la rentabilité. C’est la « seconde contradiction » qui produit notamment des crises économiques et écologiques. Dans la première contradiction, il y a une opposition entre classes sociales, dans la seconde, le capitalisme se bat contre la nature et tous les autres aspects des conditions de production. Le centre de gravité de la lutte n’est plus le même.

 

O’Connor reconnaît que les deux contradictions existent simultanément mais que la seconde prend le pas sur la première. Ce ne sont plus les oppositions de classe qui vont mobiliser essentiellement mais des causes externes aux antagonismes de classe. Mais comment détacher l’exploitation capitaliste du support matériel sur lequel celui-ci repose ? Sans nature, pas de travail. La première contradiction, celle que Marx aurait isolée, est liée aux mouvements sociaux traditionnels opposant patronat et ouvriers, aux conflits de classe avec les organisations attenantes (syndicats et partis) alors que la seconde contradiction est liée aux « nouveaux » mouvements sociaux, décrits il y a déjà quelques décennies par des sociologues (luttes urbaines, lutte des femmes et lutte pour l’environnement). La lutte des classes, assimilée à la première contradiction, n’est pas niée mais subordonnée aux nouveaux mouvements sociaux qui devraient prendre un rôle décisif. Foster a des propos très durs envers ceux qui posent cette option : « le marxisme écologique, entendu en ce sens, considère clairement comme secondaire la lutte des classe qui se joue sur le terrain du travail. En ce sens, on peut dire qu’il divise artificiellement le mouvement, ajoutant une dimension théorique aux divisions existantes et réduisant d’autant le champ de l’espoir »

 

Foster ne disqualifie pas complètement la théorie de la seconde contradiction. Il pense en effet que cette approche peut avoir une signification dans certaines situations ponctuelles. Il nuance donc la thèse des deux contradictions mais pense que la première contradiction est celle qui permet de comprendre les crises du capitalisme de façon générale et à partir de laquelle il faut réfléchir pour changer la société. Ceci dit, il semble bien que Foster, connu des spécialistes mais pas du grand public, arrive en France avec cette première traduction française comme un chien dans un jeu de quille et qu’il va déstabiliser certaines convictions défendues dans notre pays.

 

Revenons sur la notion d’écosocialisme. Elle place au même degré d’importance la question écologique et la nécessité historique de l’appropriation collective des moyens de production et d’échange. Cela peut induire une ambigüité sur les priorités à définir. Si l’on veut vraiment enfin que les générations futures vivent mieux que les générations antérieures, il est grand temps d’en finir prioritairement avec le capitalisme en ravivant la lutte des classe en faveur des exploités pour la prise du pouvoir des masses sur la minorité bourgeoise. Et nos enfants pourront vivre sur une planète où le lien métabolique ne sera plus rompu entre les humains et la nature.

 

François FERRETTE

(Le Militant)

 

11 Karl Marx, le Capital, livre 3, tome 3, éditions sociales, 1974, page 159, cité par Foster, comme toutes les suivantes.

2 La notion de métabolisme est empruntée à Liébig, un chimiste allemand  contemporain.

3 Karl Marx, le Capital, livre 1, éditions sociales, 1983, pages 565-567.

4 Karl Marx, manuscrits économico-philosophiques de 1844, éditions Vrin, 2007, page 122.

5 Karl Marx, le Capital, livre 1, éditions sociales, 1983, pages 565-567.

6 Karl Marx, le Capital, livre 3, tome 3, éditions sociales, 1974, pages 198-199.

7 Jean-Marie Harribey, Marxisme écologique ou écologie politique marxienne, Dictionnaire Marx contemporain, PUF, 2001. Texte en ligne : http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/soutenabilite/marxisme-ecologique.pdf

 

 
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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 17:11

140525-Arzalier.jpgNous tenons à vous faire part de la publication du nouveau livre de  Francis Arzalier « Les Régions du déshonneur » aux éditions Vuibert (Albin Michel). Un document surprenant où il montre que l’adage qui affirme que "l’ennemi de mon ennemi est mon ami" n’est pas toujours juste et peut même entrainer des compromissions nauséabondes.


Avec la victoire nazie de 1940 et l’effondrement des nations européennes, les mouvements autonomistes crurent leur moment venu. En Bretagne [1], en Corse, en Lorraine et ailleurs, quelques-uns se compromirent avec l’ennemi jusqu’à l’irréparable.


Cet ouvrage se donne comme ambition d’éclairer le parcours de certains de ces hommes dont les idéaux se dévoyèrent au contact de l’idéologie nazie. A travers ces portraits de personnages jusqu’alors méconnus, Francis Arzalier jette un éclairage précieux sur tout un courant politique qui prit ses racines au début du XXe siècle et étend ses ramifications jusqu’à nos jours, aussi bien en Europe qu’au Proche-Orient.


140525-arzalier_regions_du_deshonneur.jpgIl y a 80 ans à peine, le Lorrain Hermann Bickler [2], le Corse Petru Rocca [3], le Breton Olier Mordrel [4], le Palestinien Hadj Amin El Husseini [5], etc. : des hommes au destin étonnant, au cœur des tempêtes de l’histoire du 20ème siècle. Ils ont d’abord été des militants, revendiquant envers et contre tout une identité occultée, régionale ou nationale, culturelle, ethnique ou religieuse. Puis ils se sont laissés emporter, fascinés par les « grandes lueurs noires » des « années 30 », nazisme et fascismes, qui ont durant une génération, ravagé la France et le monde.


Paradoxe plus surprenant encore, certains de ces "perdants" de 1945, ont retrouvé plus tard leur rôle d’acteur occulte de l’histoire, et une descendance évidente, jusqu’à nos jours. Quatre vingts ans après les "années 30", l’actualité semble revenue des identités exacerbées, manipulées.


Au Maghreb, la Libye livrée au chaos des séparatismes concurrents par l’invasion française, exsude des armes et des bandes armées en tâche d’huile, jusqu’au Sahara et au Sahel : trafiquants djihadistes au Mali, en Centrafrique ou Nigéria, prétextant une religion, une ethnie, une langue, tous agressent leurs peuples et justifient les interventions extérieures armées.


En Europe, les séparatismes s’enflamment, en Ecosse contre le Royaume Uni, en Flandre contre la Belgique, en Catalogne contre l’Espagne, etc. En Ukraine, des opposants en appellent à "l’Europe" contre un gouvernement élu, jugé trop russophile, et les héritiers des "nationalistes" pro-nazis déboulonnent la statue de Lénine à Kiev.


En France, patrons et salariés mêlés en "bonnets rouges" se rassemblent à Carhaix sous une mer de drapeaux à l’hermine noire, et dénoncent "Paris", et exigent que la Bretagne ait un sort particulier au sein d’une "Europe" aspirant à être fédérale…


Les "leçons du passé" oubliées, n’auraient-elles servi à rien ?

 


Source : le pcf.fr

« Les Régions du déshonneur », éditions Vuibert (Albin Michel), 22,90 euros.



[1] Le drapeau actuel de la Bretagne a été créé par l’architecte et militant nationaliste breton Morvan Marchal entre 1923 et 1925. Maurice Marchal, dit Morvan Marchal, est un militant nationaliste breton, de formation d’architecte, condamné après-guerre pour collaboration.

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_Bickler

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Petru_Rocca

[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Olier_Mordrel

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammed_Amin_al-Husseini

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 17:26

140421-carcan-europeen.jpgL’union européenne a été présentée aux Français sous le jour engageant du « Plan Marshall », ennemi de la misère et de la servitude des peuples européens. Son objectif aurait cadré avec le projet pacifique des « pères de l’Europe», Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer, etc., appliqués à proscrire définitive- ment les guerres qui avaient endeuillé et affaibli le Vieux Continent de 1914 à 1918 puis de 1939 à 1945. La paix serait garantie par la protection américaine, gage d’une liberté refusée aux peuples « de l’Est » soviétisés. Cette union fondée sur la « libre concurrence » entre égaux, en lieu et place des puissants cartels, se débarrasserait du Comité des Forges des sidérurgistes et marchands de canons enrichis par les guerres mondiales : mettant fin aux crises et aux guerres, elle vaudrait à tous la prospérité et « le pain blanc », bref, l’Eldorado. Seule la ré- cente crise, née d’une « épidémie » financière, aurait fait « dériver » ce noble projet, au risque de compromettre ses objectifs initiaux.

 

« Dérive » récente d’une « Europe sociale » ou « alibi euro- péen » indispensable, à l’ère impérialiste, à la maximisation du profit monopoliste et à la guerre aux salaires ?

 

Le présent ouvrage décrit, sources à l’appui, la stratégie, depuis le début du xxe siècle, d’effacement du grand capital français devant ses deux grands alliés-rivaux hégémoniques, l’Allemagne et les États- Unis, si précieux boucliers sociopolitiques.

 

ANNIE LACROIX-RIZ

Les origines du carcan européen

15 euros

Référence : 978-2-915854-63-3

 

140421-Annie-Lacroix-RIZ-1.jpg

 

source : http://editionsdelga.fr/

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 08:56

Jean-Pierre Chevènement, 1914-2014, l’Europe sortie de l’Histoire?,

Fayard, Paris, octobre 2013.

 

131230-couverture_livre2013.png

Le livre que Jean-Pierre Chevènement vient de publier chez Fayard[1] est à remarquer, et à lire, pour au moins trois raisons. Tout d’abord, il est passionnant et, n’en doutons pas, va provoquer d’importants débat. Ensuite, ce livre montre une hauteur de vue, une capacité à envisager l’histoire avec recul et sagacité dont peu d’auteurs sont capables, et encore moins des hommes politiques de premier plan. Or, Jean-Pierre Chevènement n’est pas un scientifique, un historien ou un spécialiste des relations internationales. Il est un homme politique, que l’on peut apprécier ou critiquer, mais qui est inséré dans la vie politique actuelle. C’est ce qui rend d’autant plus intéressant cet ouvrage. Enfin, les fortes conclusions de ce livre impliquent que son auteur n’a pas encore renoncé à peser sur l’histoire qu’il sait si bien analyser. Chacune de ces trois raisons est amplement suffisante pour justifier la lecture de l’ouvrage. Leur réunion en fait véritablement un livre unique. À partir de la commémoration de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), l’auteur dresse un tableau général de la fin du « siècle européen », siècle qui commença en fait dans les années 1850 et qui s’acheva avec la mise en place du « Marché Commun » qui préfigurait l’Union Européenne. En fait, ce livre interroge cet apparent paradoxe : comme se fait-il que la constitution de l’Union européenne, qui se voulait l’achèvement d’un mouvement commencé avec la CECA dans les années 1950 aboutisse à la disparition politique de l’Europe et des nations européennes.

La commémoration de 1914 et l’instrumentalisation politicienne de l’histoire

L’introduction qui ouvre cet ouvrage fera date car elle fait litière des errements de la pensée que nous subissons depuis maintenant plus de trente ans. En particulier se trouve ici épinglée l’idée fausse que le besoin d’Europe est une « réaction » à la guerre de 1914-1918. En réalité, la construction mythique de l’histoire à laquelle se sont livrés les thuriféraires de l’Union européenne est soigneusement, minutieusement, et pour tout dire brillamment déconstruite par Jean-Pierre Chevènement. Il faut, pour justifier les institutions actuelles de l’Europe, construire la thèse d’une guerre survenue « par hasard » ou par « accident »[2] et « par la faute des Nations ». Or, rien n’est plus faux, et l’auteur, s’appuyant sur de nombreux textes universitaires et les travaux de la recherche historiographique de ces quarante dernières années, le montre de manière irréfutable[3]. L’origine de cette guerre est bien à chercher non dans le « peuple » allemand, mais dans les élites allemandes qui ont délibérément choisi la guerre pour imposer leur domination tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Et c’est Joschka Fisher, l’ancien ministre des affaires étrangères de G. Schroeder qui peut soutenir que, contrairement aux apparences, le Traité de Versailles n’était pas trop dur mais trop doux[4]. En fait, ceci peut s’expliquer par le fait que les structures tant économiques que politiques qui avaient produit la guerre en Allemagne survivaient. La question n’était donc pas tant celle des réparations, point sur lequel Chevènement donne raison à Keynes[5], que de la démocratisation en profondeur des structures sociales et économiques de l’Allemagne.

Mais l’origine de la « Grande Guerre » n’est hélas pas le seul point sur lequel joue une mémoire politiquement sélective qui n’hésite pas à faire disparaître les faits qui la gênent. Ce n’est pas seulement l’origine ou les cause du conflit qui ont été tordues et dénaturées par des politiciens ou des essayistes aux ordres. C’est aussi toute l’histoire de la guerre de 1914-1918 qui devrait être réécrite pour corriger les mensonges, soit directs soit par omission. Avec, pour commencer, le rôle de la Russie. La Russie n’est perçue qu’à travers l’alliance Franco-Russe avant 1914 et à travers la Révolution d’Octobre 1917. Mais qui se souvient que l’offensive des troupes russes contre l’Allemagne en août 1914 provoqua une telle panique à Berlin qu’elle imposa le retrait de nombreuses divisions du front occidental, ce qui rendit possible la victoire de la bataille de la Marne ? Si l’offensive russe fut un échec (ce que l’on ne pouvait prévoir) ce fut aussi à cause des divisions entre les généraux du Tsar.

Volonté d’ignorer le rôle de la Russie, escamotage des responsabilités des élites allemandes au profit d’une responsabilité des « nations », tel est le bilan, et il est lourd et significatif, de l’instrumentalisation politique de la mémoire aux fins de l’européisme. Le manuel franco-allemand pour les classes de premières en fournit d’autres exemples[6]. C’est ce qu’établit précisément Jean-Pierre Chevènement[7]. Et l’on peut y trouver l’origine de cette hubris fédéraliste qui pousse à la construction d’une Europe non-démocratique comme on le voit depuis le référendum de 2005 sur le projet constitutionnel. Car, pour les partisans du rêve fédéral, il est clair que « la souveraineté nationale, voilà l’ennemi »[8].

La question du « Sonderweg » et la place de l’Allemagne en Europe

Tout cela est juste. Il fallait le dire, et la manière dont c’est dit dans l’ouvrage est certainement un de morceaux de bravoure de Jean-Pierre Chevènement. Il ne s’en tient pas là. Suit alors une réflexion tout aussi intéressante sur la question de l’identité, tant politique, culturelle qu’économique de l’Allemagne. Le lecteur y découvrira un Chevènement attentif aux débats d’outre-Rhin, maîtrisant à merveille les basculements que l’on a connus depuis 1820 dans l’histoire allemande. En tout les cas, ces pages prouvent combien sont fausses et dénuées de tout fondement les accusations d’anti-germanisme qui ont été parfois portées contre l’auteur quand ce dernier s’autorisait des critiques justifiées de la politique allemande.

Si l’on peut risquer une critique sur ce point c’est peut-être quant à la place prise par la dimension culturelle dans l’explication du Sonderweg allemand qui me semble un peu excessive. Cette question de la spécificité de la trajectoire de l’Allemagne a soulevé de nombreux et virulents débats. Les bifurcations et les ruptures ont aussi existé à l’intérieur même de cette trajectoire. La première est liée aux conditions de l’accession de l’Allemagne à la modernité du capitalisme. On oublie trop souvent que ce pays s’est engagé dans la révolution industrielle après la Grande-Bretagne et la France et que la pression exercée par ces deux pays l’a contrainte à prendre une voie spécifique. Ce fut magistralement démontré par un de ces grands auteurs oubliés et qui pourtant reste d’une étonnante actualité, Alexandre Gerschenkron[9]. La constitution d’entreprises de grande taille qui fut une des caractéristiques du développement industriel de l’Allemagne à la fin du XIXème siècle en découle directement. On retrouve cette question d’ailleurs dans la deuxième partie du livre, qui est consacrée à la « mondialisation ». Jean-Pierre Chevènement cite le livre de Suzanne Berger[10]. Mais cette vision oublie que la diversité des capitalismes fut le produit du développement du capitalisme lui-même. De ce point de vue, la normalité c’est la spécificité et la particularité de la trajectoire. Le développement mondial du capitalisme, c’est l’histoire de vagues successives d’entrées dans le monde marchand et salarial et dans l’industrie. Les rapports de forces spécifiques entre pays « premiers » et pays « seconds » sont ici déterminants. Il faut alors comprendre comment ces rapports de forces incitaient les « seconds » à adopter des formes du capitalisme différentes de celles des « premiers ». C’est la réaction des États-nations, menacés pour certains dans leur puissance et pour d’autres dans leur existence même par les pays « premiers », qui a engendré le développement mondial du capitalisme. Il ne faut chercher ici nulle rationalité économique désincarnée. Si les élites japonaises ou russes se décident pour d’ambitieuses réformes structurelles entre 1860 et 1880, ce n’est pas parce qu’elles sont convaincues de la nécessité théorique du capitalisme. C’est pour sauver leur peau, à travers la survie de l’État-nation qu’elles contrôlent. La première mondialisation, celle qui va du milieu du XIXème siècle (avec l’accord franco-britannique dit Cobden-Chevalier sous le second Empire) à la guerre de 1914-1918, a été portée essentiellement par des politiques publiques. Même dans le cas des États-Unis, que l’on perçoit à tort comme un produit du libéralisme, ce sont des politiques interventionnistes et protectionnistes mises en œuvre par l’État fédéral qui assurent le véritable démarrage de l’économie capitaliste américaine[11]. Dans le cas japonais ou russe, l’action de l’État est encore plus visible.

La seconde bifurcation au sein du Sonderweg est représentée par le basculement dans l’hitlerisme. Le filtre « racial »[12] induit rapidement une coupure avec la réalité.  Ainsi, quand les démocraties parlementaires cèdent devant Hitler, au lieu d’analyser ces résultats comme traduisant une crise politique dans ces pays (crise qui peut être durable ou temporaire…), Hitler estime qu’il s’agit d’une confirmation de la supériorité raciale des Allemands. Les premiers succès d’Hitler valident donc en apparence ses hypothèses de départ, le conduisant à leur accorder de plus en plus de crédit. Mais ce processus ne se limite pas à Hitler. En effet, outre la dimension raciste de son idéologie, il est persuadé d’être le vecteur de la « Providence » (terme étrange dans une idéologie qui récuse en partie le catholicisme considéré comme un produit « juif »). Cela le conduit à détruire volontairement tout processus institutionnel au nom du « culte du chef » (le Führer Prinzip), encourageant par là même des comportements violemment antagoniques au sein de l’élite nazie.

En fait, l’État Nazi régresse vers un modèle archaïque, semi-féodal[13], alors qu’il doit gérer une économie et un système militaire développés. De ce point de vue, il est important de noter que si l’Allemagne nazie a pu donner l’illusion avant 1939 d’être un système « rationnellement organisé » pour faire la guerre[14], cette perception de la réalité a été mise à mal par les travaux exploitant les archives et les témoignages des acteurs. De ce point de vue, le travail pionnier de Berenice Caroll, exploitant les archives et témoignages des responsables de la planification industrielle militaire allemande[15], a été pleinement confirmé par les recherches historiographiques des trente dernières années. Le système nazi n’est pas seulement monstrueux par sa finalité, il l’est aussi et même en premier lieu dans son fonctionnement quotidien, qui est profondément pathologique. On est en présence d’une régression vers une forme étatique et administrative « pré-moderne » (au sens de Max Weber) appliquée sur une société et une économie « moderne ». Cette dimension pathologique du système nazi (et dont Hitler est une des sources, mais qui va largement au-delà de la personne du dictateur) a été bien analysée par Ian Kershaw, aujourd’hui reconnu comme la référence sur Hitler[16]. On comprend alors que l’Allemagne nazie n’est nullement une suite, radicalisée certes mais directement comparable, de l’Allemagne de Guillaume II. En réalité le nationalisme allemand s’est effondré quand il a capitulé devant l’idéologie raciale du national-socialisme[17]. Nous sommes bien en présence d’un système de type nouveau, même s’il emprunte à l’ancien nombre de ses formes.

Il y a ainsi deux Sonderweg qui cohabitent dans l’histoire contemporaine de l’Allemagne. Le premier est le produit de l’histoire de la constitution de la Nation allemande, et il n’est pas différent, en substance, de ce que l’on a connu en Europe. Assurément, l’histoire de l’Allemagne est spécifique, mais ni plus ni moins que toutes les histoires nationales. Et puis, il y a la rupture de 1933, qui produit un système qui est en réalité la négation de ce qu’il prétend. Loin de représenter une hypertrophie du nationalisme, le Nazisme en est en réalité sa négation. Pour Hitler, le sujet de l’histoire n’est pas la Nation mais la Race, peut-être parce qu’il pressent ce que la Nation doit à la démocratie et à quel point ces deux notions sont en réalité liées.

Une incompétence systémique allemande ?

Il est de bon ton dans certaines élites françaises de vouloir toujours donner l’Allemagne comme modèle. C’est très souvent le cas dans les milieux européistes, et il ne faut jamais oublier que Robert Schuman, l’un des “pères” du projet européen, avait en son temps voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Un fil rouge permet de repérer ceux qui ont su faire confiance dans la France de ceux qui s’en sont toujours méfiés, peut-être justement parce que dans Nation il y a Peuple, et que la révolution française était l’un des aboutissements de la construction nationale multi-séculaire.

Il faudrait aussi, et tout d’abord, pour que cela soit possible, que la clef du succès allemand soit disponible aux autres pays. Or, et c’est la thèse de Gerschenkron, ce qu’un pays a fait, ses voisins immédiats ne peuvent le refaire. Pour que l’Allemagne soit un modèle, il faudrait d’abord démontrer en quoi ses méthodes sont généralisables. Si tous les pays d’Europe avaient mis en œuvre en même temps les mesures Harz-IV allemandes, que croit-on qu’il serait survenu ? Une immense dépression européenne !

Mais l’on peut aller plus loin, et revenir sur la période nazie. Elle est caractéristique d’une double incompétence. Nous sommes en présence des bases de ce que l’on pourrait appeler une « incompétence systémique » allemande qui se manifeste à plusieurs niveaux, dès que l’on sort des éléments tactiques les plus étroits. De manière intéressante, ce sont les Italiens, au contact permanent des élites nazies, qui ont donné les meilleures descriptions de cette « incompétence systémique » ou « désordre structurel » de la prise de décision[18]. Le « Journal de Ciano », notes prises par C. Ciano et publiées après-guerre, montre d’ailleurs très bien comment un observateur, qui est pour le moins ambivalent vis-à-vis d’Hitler, observe la succession de décisions qui ne sont cohérentes que sur un espace limité et qui sont incohérentes entre elles. Mais il y a aussi une incohérence stratégique qui se manifeste clairement dès 1939 tout comme elle existait en 1914 ainsi que le montre Jean-Pierre Chevènement. L’appareil militaire allemand n’est pas prêt à une guerre contre la France et la Grande-Bretagne à cette époque. D’ailleurs, Hitler affirme – pour calmer ses généraux – que la France et la Grande-Bretagne ne se battront pas pour la Pologne. Le triste et révoltant éditorial de Marcel Déat (le célèbre Mourir pour Dantzig ?) l’a certainement conforté dans son opinion. Néanmoins, et la diplomatie allemande et la diplomatie italienne attirent son attention sur le fait que la détermination franco-britannique est cette fois solide. Dans ce contexte, la recherche d’un compromis aurait été logique, d’autant plus qu’Hitler avait indiqué 1942/43 comme date de la guerre qu’il voulait. Tous les plans de réarmement allemands, air, terre et mer inclus, étaient conçus en fonction de cette date et non d’une guerre en 1939. Pourtant Hitler attaque la Pologne car il « veut » la guerre, au-delà du gain qu’il attend de cette dernière. Il prend alors le risque d’une rupture avec Mussolini[19].

De manière caricaturale, une certaine historiographie occidentale reprend les thèses des généraux allemands qui, dans leurs mémoires, font porter la responsabilité de leurs défaites soit sur la « folie » de Hitler (certes, bien réelle), soit sur les Italiens. Cependant, une analyse réaliste des éléments factuels montre que ces mêmes généraux sont responsables de leurs défaites en dépit et même à cause de leurs succès tactiques. Ce fait a bien été établi par M. Geyer qui montre que, dès 1937/38, la pensée stratégique allemande se dissout dans la tactique[20].

L’Euro et la mondialisation

La deuxième partie de l’ouvrage est certes intéressante mais incontestablement plus commune. La description des effets de la « mondialisation », que ce soit la première ou la deuxième, a déjà été faite dans plusieurs livres. Si l’ordre du XIXème siècle est contesté dès la guerre hispano-américaine de 1898 et l’émergence du Japon comme puissance régionale avec la guerre sino-japonaise de 1895, on peut considérer que la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et les « camps de reconcentration » inventés par Lord Kitchener lors de la « seconde guerre des Boers » de 1899 à 1902 préfiguraient déjà certaines des horreurs du siècle à venir[21]. Pourtant, en réalité, rien n’est acquis avant 1914. Les anciennes dynamiques issues de 1815 sont rompues, de nouvelles ne se sont pas encore constituées en un ensemble cohérent[22]. Il y a donc quelque chose qui ressemble à un « intersiècle », comme on dit un interrègne. Il court de 1895 à 1914. Cette période est marquée par l’émergence de nouveaux facteurs, dont certains n’ont pas manqué de fasciner l’imagination des contemporains. Il y eut ainsi entre 1895 et 1901 la même illusion quant à l’émergence d’une forme radicalement nouvelle d’économie que l’on a connue entre 1995 et 2002 avec la bulle Internet. Autour de 1900, ce furent l’électricité et le téléphone qui portèrent cette illusion, et elle engendra, elle aussi, une vague spéculative[23]. Si les contemporains sont ainsi sensibles aux changements qui se dessinent, ils ne peuvent cependant en mesurer les conséquences et les implications. Ces « intersiècles » se révèlent alors des « temps des troubles ».

Elle pose néanmoins des problèmes essentiels, qu’il s’agisse de l’internationalisation du Yuan, ou du fait que les questions douanières ont été aujourd’hui supplantées par les questions monétaires, ou encore du rapport entre valeurs spécifiques (et nationales) et valeurs universelles.

La question de l’ordre monétaire qui prévalut dans la « première » mondialisation et celui qui prévaut aujourd’hui est une question clef, qui sera d’ailleurs reprise dans la troisième partie de l’ouvrage. En effet, comment ne pas voir que la monnaie unique, l’Euro, a les mêmes effets délétères désormais que l’étalon-Or ? De même qu’au tournant des années trente, l’Euro aujourd’hui pousse les pays que l’ont adopté vers des politiques de déflation dont les conséquences tant économiques que sociales sont absolument désastreuses. Les lecteurs de ce carnet connaissent mes opinions, et savent que je me bats pour que l’on dissolve la zone Euro. Ils ne seront donc nullement étonnés de me voir hautement apprécier les passages de la troisième partie du livre où Jean-Pierre Chevènement prend fortement position pour une semblable dissolution. Bien entendu, il ne s’agit pas de laisser les pays aller au gré des vents de la spéculation monétaire. Une fois retrouvées des monnaies nationales (mais nécessairement après cette dissolution de la zone Euro) on pourrait et l’on devrait penser à la constitution des formes de concertations monétaires pouvant déboucher sur une monnaie commune, utilisée avec les pays ne faisant pas partie de l’Europe. Jean-Pierre Chevènement va jusqu’à écrire :

« Mais il est des circonstances où l’exigence du salut public commande la décision »[24].

En d’autres termes, il n’hésiterait pas, s’il devait retourner au pouvoir, à agir unilatéralement si d’aventure nos partenaires devaient par trop traîner des pieds. C’est une véritable vision d’homme d’État qui se révèle au lecteur, d’un homme d’État averti des réalités de la politique tant intérieure qu’internationale, et qui sait ce qui peut être fait en concertation avec des partenaires européens et ce qui doit être fait par la France, quitte à devoir le faire de manière unilatérale.

 

Cette combinaison de vision historique, d’expérience et de volonté, est peu commune dans le monde politique. Pour tout dire, elle est unique en France où des nains dansent sur les tombes de géants. C’est cette combinaison qui laisse aujourd’hui une place à l’espoir.

 

Jacques SAPIR

 

source: russeurope


[1] Chevènement J-P., 1914-2014 L’Europe sortie de l’histoire ? Paris, Fayard, octobre 2013, 341p.

[2] Comme le soutient Georges Ayache, Une guerre par accident, Pygmalion, Paris, 2012.

[3] Il faut ici citer l’ancien mais excellent Fischer F., Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale – 1914-1918, préface de J. Droz, Éditions de Trévise, Paris 1970, 623p (traduit de l’allamnd).

[4] Fisher J. et Fritz Stern, Gegen den Strom. Ein Gespräch über Geschichte une Politik, C.H. Beck, Munich, 2013.

[5] Keynes, J.M., The Economic Consequences of the Peace, publié à compte d’auteur, Londres, 1919. Publiée en 1920 à New York par Harcourt Brace.

[6] Manuel pour les classes de premières L/ES/S, Klett et Nathan, 2008.

[7] Chevènement J-P., 1914-2014 L’Europe sortie de l’histoire ?, op.cit., p. 73-74.

[8] Chevènement J-P., 1914-2014 L’Europe sortie de l’histoire ?op.cit., p. 41.

[9] Gerschenkron A., Economic Backwardness in Historical Perspective, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1962.

[10] Berger S., Notre Première Mondialisation, Paris, Seuil, 2003.

[11].Par exemple, les tarifs douaniers fortement protectionnistes McKinley, où la décision dans les années 1880 de lancer un ambitieux programme de construction navale afin de fournir un débouché à l’industrie lourde. Sur ce point, voir Norman Friedman, U.S. Cruisers. An Illustrated Design History, Londres, Arms and Armour, 1985.

[12] M. Burleigh et W. Wippermann, “The Racial State – Germany 1933-1945”, Cambridge University Press, 1991.

[13] R. Koehl, “Feudal Aspects of National-Socialism”, American Political science Review, vol. 54, 1960, n°3, pp. 921-33.

[14] Thèse défendue par O. Nathan, The Nazi Economic System, Duke University Press, Durham, NC., 1944, et par L. Hamburger, How Nazi Germany has Controlled Business, The Brookings Institution, Washington, D.C., 1943.

[15] B.A. Caroll, “Design for Total War”. Arms and Economics in the Third Reich, Mouton, The Hague, 1968.

[16] Ian Kershaw,  Hitler, a Profile in Power, Londres, 1991 ; “Nazi Dictatorship : problems and Perspectives of Interpretation”, Londres Oxford UP, 1993 ; “Working towards the Führer”, in I. Kershaw et M. Lewin (eds.) Stalinism and Nazism – Dictatorships in Comparison, Cambridge Univ. Press, 1997.

[17] W. Sheridan Allen, “The Collapse of Nationalism in Nazi Germany”, in J. Breuilly (ed), The state of Germany: the national idea in the making, unmaking and remaking of a nation-state, Londres, Longman 1992. Voir aussi W. Sheridan Allen, Une Petite Ville Nazie, ed. 10-18, UGE, Paris, 2003.

[18]  J. Sadkovich, “German Military Incompetence Through Italian Eyes”, War in History, vol. 1, n°1, Mars 1994, pp. 39-62 ; du même auteur, “Of Myths and Men: Rommel and the Italians in North Africa”, International History Review, 1991, n°3.

[19] Max Gallo, « L’Italie de Mussolini », Marabout Université, Verviers, 1966, pp. 302-06.

[20] M.Geyer, “German Strategy in the Age of Machine Warfare”, 1914-1945, in P.Paret (ed.) Makers of Modern Strategy, Princeton University Press, Princeton, N.J., 1986.

[21].Ces camps avaient pour but de « reconcentrer » la population afrikaner civile, c’est-à-dire de la parquer afin de mieux la contrôler et de l’empêcher de soutenir la guérilla des combattants Boers. Cette pratique est la première occurrence du tragique couple « transport ferroviaire – enfermement de masse », même s’il est clair que la volonté n’est pas de tuer mais de produire du contrôle politique. La mortalité dans ces camps, compte tenu des conditions de surpopulation et d’hygiène, fut néanmoins importante, même si elle n’était pas intentionnelle.

[22] Berstein S. et Pierre Milza, Histoire de l’Europe contemporaine : le xixe siècle de 1815 à 1919, Paris, Hatier, 1992.

[23].Sur ce parallèle, voir R.J. Shiller, Irrational Exuberance, Princeton, N.J., Princeton University Press, 2e éd., 2005, chap. 1.

[24] Chevènement J-P., 1914-2014 L’Europe sortie de l’histoire ?op.cit., p. 327.


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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 16:21

131228-La-Chine-et-le-monde.jpgLa Chine et le monde
Ouvrage Collectif

341 pages - Format : 230 x 210
Paru le 05 septembre 2013

22 euros
*****
Où en est la Chine ? Et où va-t-elle ? Croissance économique sans précédent et élimination de la pauvreté…Où en sont les inégalités entre villes et campagnes, entre régions, entre riches et pauvres ? Le système de protection sociale ? L’éducation ? Les luttes ouvrières ? La réforme du système politique et administratif ? L’Etat de droit ? La démocratie ?

Quelle est la position de la Chine dans le monde ? Impérialisme ou coopération et échanges «gagnant-gagnant» ? Comment fait-elle face à la crise du capitalisme mondial ? Quelle est sa politique étrangère ? 

La Chine est-elle un pays capitaliste ? Et qu’en est-il du socialisme à la chinoise, et du marxisme ? 

Sur toutes ces questions, cet ouvrage apporte des éléments de réponse et de réflexion essentiels, grâce aux contributions de vingt-deux auteurs d’une douzaine de pays (Chine, Inde, Europe, Amériques), économistes, sociologues, philosophes, responsables politiques et militants engagés dans la lutte pour un monde meilleur et pour le socialisme. 


Avec la participation de : 
Samir Amin, Tony Andreani, Dominique Bari, Rodrigo Cabezas, Francis Combes, Jean-Claude Delaunay, Bruno Drweski, Jin Feng, Danielle Follett, Remy Herrera, Yu Keping, Hairong Lai, Domenico Losurdo, Francesco Maringio, Chris Matlhako, Pingping Peng, Valter Pomar, Jose Reinaldo, Patrick Theuret, Gyula Thürmer, Marc Vandepitte, Sitaram Yechury.


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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 13:57

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Le Parti de l'étrangère - Marine Le Pen contre l'histoire républicaine de la France

 

Poche
Paru le 19 janvier 2012
Editeur: Tribord
Collection : Flibuste
Nb. de pages: 192 pages
Prix: 6,00 €

Résumé-Lorsque quelques campagnes du Front national, par voie d'affiches, ont tenté de récupérer de grands personnages historiques issus de la gauche, ou de la Résistance, et en particulier Jaurès dont il est un fin connaisseur de l'œuvre, il n'a pu accepter de voir l'histoire de France si souvent travestie et déformée par la présidente du Front national.
Devant les tissus de contre-vérités, de calomnies, de falsifications historiques qui nourrissent systématiquement ses discours et les symboles qu'elle agite, il lui est apparu comme un enjeu de première importance de rétablir la vérité, de raconter les faits, de remettre à l'endroit ce qu'elle met à l'envers. Le FN est engagé méthodiquement depuis sa création dans une entreprise consciente de manipulation idéologique et, donc, de l'histoire.
Il apparaît déterminant qu'une gauche authentique réponde et rende les coups. En plus de cela, cet ouvrage entend aussi répondre à une question. Existe-t-il depuis janvier 2011, sous l'impulsion de Marine Le Pen, un "nouveau Front national" ? Beaucoup l'assurent. Avec elle, à les entendre, ce ne serait plus le même parti, elle n'aurait plus les mêmes obsessions que son père ni la même idéologie. Au contraire, Alexis Corbière, dans cet ouvrage, s'appuyant sur l'histoire des mouvements d'extrême droite, tend à démontrer que Marine Le Pen est encore plus radicale que son père et plus conséquente que lui pour gouverner demain.
On peut aisément la qualifier de fasciste, bien qu'elle intente des procès à quiconque la qualifie de la sorte.

L'auteur en quelques mots... Alexis Corbière a derrière lui 25 années d'engagement militant, et est un dirigeant connu à gauche de la gauche.
Il a été successivement vice-président de l'UNEF, membre du Bureau national de SOS Racisme, du Comité central de la Ligue communiste révolutionnaire (aujourd'hui NPA). Il a été, à ce titre, le co-auteur avec François Delapierre d'un ouvrage intitulé "Un Apartheid à la française - Dix réponses à la préférence nationale" paru aux Editions Bérénice en 1999 ( 5.000 exemplaires vendus ). Il est aujourd'hui membre du Bureau national du Parti de gauche, on peut dire à ce titre qu'il est un très proche du candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle.
Elu à Paris depuis 2001, il est adjoint au maire du 12è arrondissement et Conseiller de paris. A ce titre, il s'est fait connaître pour avoir déposé une proposition en faveur d'une rue Robespierre à Paris, qui lui a valu une chronique tant sarcastique qu'humoristique de Christian Millau (de Gault & Millau !). Auteur de plusieurs tribunes, sur des sujets divers, publiées régulièrement dans Le Monde, l'Humanité, Médiapart, le JDD, etc...
Il anime également un blog remarqué, fréquenté par plus de 200.000 visites par an. En décembre 2010, le classement Wikio des blogs politiques le plaçait à la 10e place des blogs politiques. Au-delà des éléments attachés à la personnalité d'Alexis Corbière, cet ouvrage intervient également pour soutenir, à travers le prisme de l'histoire politique, ceux qui qualifient Marine Le Pen de fasciste alors que quelques procès ( dont un opposant Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon ) se profilent en fin d'années 2001 et début 2012.
Il est enfin sensé interpeller le public intéressé par la déconstruction des falsifications historiques, voire du révisionnisme.

Un entretien avec l'auteur-Lundi 6 février, le quotidien L’Humanité a consacré une double page à la lutte que le Front de Gauche mène contre le Front national. Ce fut l’occasion aussi de publier un entretien avec Alexis Corbières dans lequel il présente la stratégie du Front de Gauche et les grands thèmes qu'il aborde dans son livre. Le voici.

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Vous présentez votre livre (1) comme une « plongée sous Marine », dans l’histoire de France fantasmée qu’elle met en scène.
Alexis Corbière. Le Front national a un problème avec ses propres racines. Il vient d’un courant contre-révolutionnaire et doit nier cette filiation. Donc, il a besoin d’en créer une nouvelle, piochant des références dans l’histoire de la gauche. C’est grossier, mais cette négation de l’histoire pour cacher ses véritables idées fonctionne en partie parce qu’une certaine gauche, le Parti socialiste, a abandonné cette histoire et ses grandes figures. Si la gauche ne montre plus l’histoire ouvrière – une vision non consensuelle, faite de rapports de forces et de combats –, l’extrême droite se la réapproprie. C’est le sens de la réhabilitation que, avec Jean-Luc Mélenchon, nous entreprenons.

 

Marine Le Pen oublie volontairement un certain nombre d’événements…
Alexis Corbière. Dans son premier discours de présidente du Front national (juin 2011), elle fait du baptême de Clovis, privilégiant un certain courant du catholicisme, l’élément fondateur de la nation française. Parallèlement, elle fait l’impasse sur la Révolution française, qui a instauré la notion de peuple souverain et promet l’égalité entre les citoyens. 

 

Elle a pourtant failli prononcer le nom de Robespierre lors de son élection à la présidence du FN, en juin 2011 (figurant dans le discours imprimé, il a disparu au prononcé, remplacé par « un grand révolutionnaire » – NDLR).

Alexis Corbière. Robespierre déclarait que tout étranger «domicilié en France depuis une année, qui y vit de son travail (…) ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard (et) qui sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité est admis à l’exercice des droits de citoyen français». Une preuve que ce n’est pas la nation qui fonde la République, contrairement à ce qu’explique Le Pen, mais précisément l’inverse : l’existence de notre peuple en tant que nation est basée sur un contrat politique signé, entre autres, à la Révolution.

 

Marine Le Pen n’a pourtant pas hésité à kidnapper d’autres grands noms à droite, comme celui du général de Gaulle. Mais c’est surtout dans le camp progressiste qu’elle pioche, comme celui de Jean Jaurès…
Alexis Corbière. Un pacifiste, qui croyait que «la patrie est une idée qui se transforme et s’agrandit», «un devenir plutôt qu’un héritage» : tout le contraire de la vision figée de Le Pen.

 

Roger Salengro…
Alexis Corbière. Le FN l’a embrigadé au nom d’une loi sur la «priorité nationale» votée en août 1932. Or, ni le groupe socialiste ni lui n’en étaient à l’initiative : elle était portée par Pierre Laval, futur dauphin du maréchal Pétain, et Lionel de Tastes, émeutier de 1934 avec les ligues d’extrême droite, qui dénonçaient «les métèques qui viennent manger le pain des Français» ! Socialistes et communistes demandaient au contraire l’égalité de salaire entre travailleurs étrangers et français.

 

Et même George Marchais !
Alexis Corbière. Avec une citation trafiquée et tronquée d’une lettre parue dans l’Humanité, le 6 janvier 1981 ! Certes, il y parle d’immigration, mais quand le FN fait rimer «cote d’alerte» avec étrangers, c’est faux : il parlait de cote d’alerte atteinte dans le mal-logement des travailleurs immigrés… C’est du bidonnage. Le poison du FN, c’est de nier l’égalité des droits entre travailleurs, quand le PCF et Georges Marchais l’ont toujours appuyée. Aujourd’hui encore, si le Front de gauche réclame la régularisation des travailleurs sans papiers, c’est pour établir l’égalité de traitement entre tous.

 

Le détournement de ces grandes figures peut-il être considéré comme un épisode de plus dans l’enfumage de l’électorat populaire ?
Alexis Corbière. Ça ressemble à ce que faisait le Parti populaire français de Jacques Doriot dans les années 1930, une tentative de fascisme à la française. Le Front national prend une partie des habits de la gauche, met en avant des syndicalistes comme (l’ex-cégétiste) Fabien Engelmann, pour montrer son implantation dans le monde ouvrier. En réalité, il n’a aucun lien avec le salariat. Ses cadres et élus sont issus des catégories socioprofessionnelles supérieures. En 2010, 17% de ses élus étaient des commerçants, 18% des cadres, 0% des ouvriers.

 

Marine Le Pen a un positionnement économique et social à géométrie variable ?
Alexis Corbière. En 2007, elle dirige la campagne de son père et fait imprimer sur le matériel de campagne une photo de lui avec Ronald Reagan : ils prônaient le «choc libéral» avant la crise. En 2012, le FN, opportuniste, a modifié son discours : pour la retraite à soixante-cinq ans, puis pour la retraite à soixante ans parce que Sarkozy est contre et que Marine Le Pen veut susciter une opposition forte aux yeux des Français. Et quand elle ne veut pas augmenter le Smic et propose aux salariés 200 euros de prise en charge de cotisations par l’État, ses pistes sont alléchantes pour un certain patronat. Elle ne conteste pas le système, elle en est la béquille.

 

Béquille qui mise sur l’effondrement et la recomposition de la droite…
Alexis Corbière. Elle attend avec gourmandise la possible défaite de Sarkozy. La Droite populaire, même si pour l’instant elle joue la carte Sarkozy, constituera une passerelle vers le FN. Dans ce groupe, Xavier Lemoine ou Christian Vanneste demandent déjà ce rapprochement. Le discours de Grenoble, les sorties de Guéant ont préparé le terrain… Et que dire de prétendus intellectuels, comme Éric Zemmour, qui ont fait un travail de sape idéologique ? La tendance s’accélérera si Sarkozy est battu. L’UMP exploserait et une cassure au sein de la droite pourrait créer une nouvelle alliance, avec comme force centrale le Front national, à l’image de ce qu’a fait Silvio Berlusconi en Italie. Un danger qui ne s’effacerait pas si accédait au pouvoir une gauche qui s’adapte à l’austérité.

 

(1) Le Parti de l’étrangère, Marine Le Pen contre l’histoire républicaine de la France. Éditions Tribord, 192 pages, 6 euros.


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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 20:31

les-ghettos.jpgMadame, Monsieur,


Je suis heureux de vous annoncer la parution le 10 février prochain de la nouvelle édition de mon livre « Les Ghettos de la République, encore et toujours » préfacés par Malek Boutih. Vous pouvez d’ores et déjà en lire un extrait en allant sur le site du Publieur.


Au moment où la France entre en campagne électorale, je veux une fois encore attirer l’attention de tous, à commencer par les candidats, sur l’urgence de mener enfin une politique à la hauteur des défis que nos villes et leurs ghettos posent à notre République et à notre démocratie.


Le livre sera disponible première quinzaine de février dans toutes les bonnes librairies.


Pour tout renseignement complémentaire : depute.andregerin@gmail.com ou 04.78.67.16.99

 

Cordialement

André GERIN

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 00:33

120111-Suret-Canale-de-la-resistance-a-l-anticolonialisme.jpgDans les années 60 et 70, les ouvrages de Jean Suret-Canale ont contribué à la formation de toute une génération de militants et d’intellectuels africains. Depuis son œuvre pionnière semble avoir été oubliée. Cet ouvrage - écrit à partir d’entretiens autobiographiques réalisés à la fin de sa vie puis de l’étude de ses archives personnelles - vise à restituer la singularité d’une œuvre et d’un itinéraire où le travail de chercheur et l’engagement politique ont toujours cohabité.

Jean Suret-Canale constitue une figure intellectuelle complexe, sinon paradoxale, si on veut bien y regarder de plus près. Bien qu’étant animé par un anticolonialisme fondamental, il a dû s’appuyer sur d’autres sources coloniales (les premiers grands auteurs ‘africanistes’ comme Delafosse et Labouret mais aussi les documents de première main des archives coloniales) pour écrire une œuvre de référence qui s’est voulue en rupture avec l’historiographie coloniale. A l’heure des controverses sur le ‘postcolonial’, entre spécialistes patentés organisés en coteries rivales, il n’est pas inutile, ni ‘ringard’ de s’intéresser à l’œuvre de Jean Suret-Canale.

Jean Suret-Canale est décédé le 26 juin 2007. Même si cet événement n’a pas été totalement passé sous silence, les hommages qui lui ont été rendus ont été relativement discrets. P. Blanchini a cru devoir aborder pour commencer l’image extérieure de Jean Suret-Canale à laquelle il n’a pas échappé, comme pas mal d’autres qui le connaissaient de réputation. Sur le plan politique, il avait de lui l’image d’un intellectuel orthodoxe du Pcf ; sur le plan idéologique, il était associé également dans son esprit à un marxisme tiers-mondiste devenu obsolète, n’ayant pas échappé à la ‘langue de bois’, voué à être instrumentalisé par le nationalisme des nouveaux Etats au cours de ces années d’indépendances Cha-cha-cha. Même lorsqu’on se situait toujours dans une perspective ‘progressiste’, on ne pouvait que constater que la figure de Jean Suret-Canale, qui occupait un certain rang dans les études africaines des années 1960-1970, avait soudain disparu en quelques années, à tel point que sa spécialité disciplinaire n’étant pas l’histoire - moins en pointe dans les années 1980 où les politistes tenaient le haut du pavé - il avait fait l’impasse sur ses ouvrages. Il n’avait lu de lui, avant de le rencontrer en 2001, que le petit ouvrage qu’il avait publié, quelques années auparavant sur les Groupes d’études communistes (Gec). ‘Les Groupes d’études communistes (Gec) en Afrique noire’, Paris L’Harmattan, 1994.


La fin de sa vie est toujours occupée par l’écriture mais plus en relation avec ses engagements plus anciens : l’histoire des Groupes d’études communistes en Afrique ou des maquis communistes en Corrèze. Retiré dans la campagne girondine depuis la fin des années 80, il a pratiquement été oublié. Le retour au-devant de l’actualité de la question coloniale dans les années récentes n’a pas entraîné une relecture de son œuvre. On peut le comprendre car les ‘postcolonial studies à la française’, lorsqu’elles se soucient de répondre à une forme de demande sociale contemporaine, s’intéressent surtout aux problématiques hexagonales : les imaginaires coloniaux qui perdurent ou encore les discriminations vécues par les descendants des ‘indigènes’ dans le modèle républicain à la française, jamais lesté de son héritage colonial. Il est victime d’un soupçon systématique, notamment au sujet de son engagement en Guinée et aussi plus généralement de son anticolonialisme. Mais s’y ajoutent également ce qu’on peut considérer comme les oublis significatifs de ses ouvrages dans les bibliographies. Ensuite, on trouve, à son sujet, des erreurs et des approximations.


Il passe inaperçu au sein des intellectuels communistes alors qu’il y occupe une place éminente dans les années 1960. Le classique ouvrage de Philippe Robrieux ‘Histoire intérieure du parti communiste’, Paris, Fayard 1981, l’ignore totalement. Si les historiens français ont tendance à oublier l’œuvre de Suret-Canale, en revanche les historiens africains le citent beaucoup, ainsi par exemple : Joseph Ki Zerbo, ‘Histoire de l’Afrique noire’, Paris Hatier, 1978. On peut lui reprocher d’avoir gardé le silence sur le ‘côté noir’ du régime de Sékou Touré – selon sa propre expression – mais certainement pas d’avoir écrit des textes hagiographiques, contrairement à ses adversaires, les thuriféraires de la colonisation française et de ses prolongements françafricains. Boubacar Barry s’accorde avec lui sur la question des causes de la traite négrière contre le point de vue d’Henri Brunschvig pour lequel ‘l’Afrique n’avait rien d’autre à offrir hormis ses hommes’.


Dans un de ses entretiens avec P. Blanchini en mai 2000, J. Suret-Canale déclare a posteriori que le Pcf est sans doute resté ‘trop longtemps attaché à la défense de l’Union française’. J. Suret-Canale a aussi souffert de la dévalorisation de ses travaux, relégués à l’étage inférieur de l’empirisme, alors que les anthropologues français délectaient de débats très abstraits sur l’articulation des modes de production précapitalistes, en négligeant totalement les phénomènes historiques concrets nés de la situation coloniale (c’est notamment le cas des écrits de Claude Meillassoux et de Maurice Godelier). Même Samir Amin a pu lui reprocher d’être trop empiriste, en particulier lorsqu’il se contente de demeurer au niveau de l’’apparence descriptive’ de l’ ’économie de traite’ dans la préface du livre de Boubacar Barry ‘Le royaume du Waalo’.

Par ailleurs, comme il le reconnaissait lui-même, il était venu au marxisme dans un contexte dominé par le stalinisme triomphant dans les années 1930. Cependant, à partir des années 1960, le marxisme ‘géopolitique’ que le contexte de la guerre froide et l’éveil du nationalisme du Tiers-monde avait favorisé allait commencer à se fragmenter entre les diverses obédiences se réclamant de légitimités internationalistes concurrentes, pour assister avec la décennie 1980 au déclin du Tiers-mondisme puis à la disparition du ‘socialisme réel’. C’est avec ce fardeau idéologique de plus en plus difficile à porter qu’il a choisi de continuer à écrire, au risque d’apparaître comme en décalage avec l’époque. Cela quand bien même il s’est réclamé d’un usage non dogmatique de la pensée de Marx. On pourrait toujours se demander pourquoi il a choisi de ne pas quitter le navire ainsi que l’ont fait la plupart des intellectuels communistes qui y sont entrés dans le contexte de la Résistance… Dans le cercle plus restreint des intellectuels marxistes ayant appartenu au Pcf, sa trajectoire diverge ainsi de celles des anciens adhérents du parti ayant choisi de privilégier leur carrière universitaire comme Maurice Godelier. Elle ne se confond pas non plus avec celles de francs-tireurs comme Jean Chesnaux ayant rompu avec le Pcf – et également avec la conception académique de l’intellectuel – sous l’influence de Mai 68, ni avec celle, plus proche de celui d’Yves Benot, tout aussi marginalisé par son engagement anticolonialiste conséquent mais ayant quitté le Pcf pour un tiers-mondisme plus proche de celui d’un Samir Amin.


Suret-Canale a connu une enfance parisienne avant de découvrir l’univers colonial en Aof. Il adhère aux Jeunesses communistes et effectue un deuxième voyage en Indochine. Il s’engage dans la résistance et connaît des expériences précoces comme la prison et la clandestinité. En 1946, il a eu l’agrégation de géographie, il a fait des demandes pour aller en Afrique ou plus généralement Outre-mer. Dans un premier temps, on voulait absolument l’envoyer en Indochine. Mais il ne voulait pas du tout y aller. Finalement, il est allé à Dakar où il a milité dans les Groupes d’études communistes (Gec). Il sera expulsé par un gouverneur socialiste manu militari (par un petit avion militaire) alors qu’il était professeur au Lycée Van Vollenhoven. Il évoque les divergences de fond qui l’opposaient à Cheikh Anta Diop. Il souligne l’existence de grandes difficultés à opérer une greffe marxiste. S’agissant du passage du Rda au Pai, il précise qu’il n y avait aucune filiation entre les Gec et le Pai.


En 1949, avant qu’il ne soit expulsé, il espérait l’année suivante se faire détacher à l’Institut français d’Afrique noire (Ifan) pour pouvoir travailler sur une thèse portant sur le Sénégal. Sa thèse principale devait concerner ‘Les paysans du Sénégal’. Elle a été faite par la suite par Paul Pélissier. De retour en France, Suret-Canale a eu des démêlés avec Davesne, l’’immortel auteur de Mamadou et Bineta’… Il a choisi un deuxième projet de thèse sur l’Anjou armoricain. Il a été aux côtés de la Guinée indépendante en 1958. Ce pays a eu des problèmes en matière d’enseignement puisque les deux tiers des enseignants français qui formaient la quasi-totalité du corps de l’enseignement secondaire sont partis. Ils ont fait appel à des concours, des volontaires extérieurs. Il en est venu des Etats-Unis, de Suisse, d’autres pays africains. Il y a eu Yves Benot (de son vrai nom Edouard Helman).


En 1961, commencent les premières difficultés de l’expérience guinéenne avec le complot des enseignants dont le syndicat est dirigé par Kéita Koumandian. C’est à partir de ce moment que la répression s’est installée. Des Guinéens et des Sénégalais membres du Pai furent emprisonnés. Durant ces années, J. Suret-Canale a pu poursuivre ses activités de chercheur. Il a pu faire pas mal de travaux sur la Guinée et travaillé sur des archives. L’année scolaire 1959-60, il a été nommé proviseur du lycée Donka, concurremment à ses fonctions de directeur de l’Institut de recherche. C’est également l’année où, avec Djibril Tamsir Niane il a rédigé le premier manuel d’histoire de l’Afrique Occidentale. Avec son nouveau retour en France après la Guinée en 1963, il a connu les vicissitudes d’un chercheur stigmatisé. Il a été nommé directeur adjoint du Centre d’études et de recherches marxistes (Cerm). Mais étant directeur du Cerm, Roger Garaudy était persuadé que Suret-Canale était là pour le surveiller.

A cette époque, le débat intellectuel interne au Pcf oppose d’un côté, les partisans de Garaudy et d’Aragon qui se réclament d’un ‘humanisme marxiste’ et, de l’autre, ceux d’Althusser qui se réclament d’un ‘antihumanisme théorique’ qui serait celui du second Marx des écrits postérieurs à 1845 ayant rompu avec la pensée idéaliste de ses années de jeunesse. L’ouvrage de Garaudy D’un réalisme sans rivage (1963) a été très critiqué. Un économiste espagnol Jesus Ibarrola a envoyé une lettre au Cerm où il développait ses désaccords avec les thèses de Garaudy. Le jugement de Suret-Canale sur Garaudy, c’est qu’il avait un peu une hypertrophie de l’ego. Au fond, il aurait voulu être Sartre, c’est-à-dire être à la fois grand philosophe, grand homme politique, grand homme de lettres, grand homme de théâtre.


A la parution du livre de Garaudy ‘Les sources françaises du socialisme scientifique’, (Paris Hier et aujourd’hui, 1948), un communiste américain, Bernstein lui a intenté un procès en plagiat. Et le tribunal lui a donné raison. Le livre a été mis au pilon. Des obstacles ont été mis à une carrière de chercheur au Cnrs. Ejecté du Cnrs en 1974, il part en Algérie. Son nouveau retour en France en 1978 était devenu problématique. Jean Suret-Canale est un ‘ancien combattant’ qui n’a jamais renié ses engagements. Pour connaître les relations de Suret-Canale avec les étudiants africains, on peut se référer à la postface d’Amady Aly Dieng.

 

http://www.walf.sn/culture/suite.php?rub=5&id_art=78051

 

 

source le blog camarade

lundi 9/01/2012

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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

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ALR-libertaireSamedi 31 décembre 2011 de 11 h 30 à 13 h 30

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à l’émission « Chroniques syndicales » 

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