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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 11:27

150201-Joseph-Stiglitz.jpgDepuis que l’Union européenne est frappée de plein fouet par une crise de la dette et que plusieurs pays sont étranglés par les créanciers, la perspective d’un défaut de paiement pointe à l’horizon. Une majorité d’économistes de droite et de gauche considère qu’il faut éviter un arrêt du remboursement de la dette. Les crédits octroyés en urgence par la Troïka à la Grèce (mai 2010), à l’Irlande (novembre 2010), au Portugal (mai 2011) et à Chypre (mars 2013) l’ont été sous prétexte d’éviter un défaut de paiement qui aurait eu, disait-on, des effets catastrophiques pour les populations des pays concernés. Pourtant, on trouve dans plusieurs recherches économiques des arguments forts en faveur de la décision de suspendre le paiement de la dette. De plus, aujourd’hui, il est difficile de nier que les conditions attachées à ces crédits combinées à l’augmentation de la dette ont des effets dramatiques pour les peuples, à commencer par le peuple grec. Il est temps de comprendre qu’une suspension du paiement de la dette peut constituer un choix justifié.


Joseph Stiglitz, prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel en 2001, président du conseil des économistes du président Bill Clinton de 1995 à 1997, économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale de 1997 à 2000, apporte des arguments forts à ceux qui plaident pour la suspension du remboursement des dettes publiques. Dans un livre collectif |1| publié en 2010 par l’université d’Oxford, il affirme que la Russie en 1998 et l’Argentine au cours des années 2000 ont fait la preuve qu’une suspension unilatérale du remboursement de la dette peut être bénéfique pour les pays qui prennent cette décision : « Tant la théorie que la pratique suggèrent que la menace de fermeture du robinet du crédit a été probablement exagérée  » (p. 48).


Quand un pays réussit à imposer une réduction de dette à ses créanciers et recycle les fonds antérieurement destinés au remboursement pour financer une politique fiscale expansionniste, cela donne des résultats positifs : «  Dans ce scénario, le nombre d’entreprises locales qui tombent en faillite diminue à la fois parce que les taux d’intérêt locaux sont plus bas que si le pays avait continué à rembourser sa dette |2|  et parce que la situation économique générale du pays s’améliore. Puisque l’économie se renforce, les recettes d’impôts augmentent, ce qui améliore encore la marge budgétaire du gouvernement. […] Tout cela signifie que la position financière du gouvernement se renforce, rendant plus probable (et pas moins) le fait que les prêteurs voudront à nouveau octroyer des prêts. » (p. 48) Et il ajoute : « Empiriquement, il y a très peu de preuves accréditant l’idée qu’un défaut de paiement entraîne une longue période d’exclusion d’accès aux marchés financiers. La Russie a pu emprunter à nouveau sur les marchés financiers deux ans après son défaut de paiement qui avait été décrété unilatéralement, sans consultation préalable avec les créanciers. […] Dès lors, en pratique, la menace de voir le robinet du crédit fermé n’est pas réelle. » (p. 49)


Pour Joseph Stiglitz, certains pensent qu’un des rôles centraux du FMI est d’imposer le prix le plus élevé possible aux pays qui voudraient se déclarer en défaut de paiement et beaucoup de pays se comportent comme s’ils croyaient à cette menace. Il considère qu’ils font fausse route : « Le fait que l’Argentine soit allée si bien après son défaut de paiement, même sans l’appui du FMI (ou peut être parce qu’elle n’a pas eu l’appui du FMI), peut conduire à un changement de cette croyance. » (p. 49)


Il met également clairement en cause les banquiers et autres prêteurs qui ont octroyé massivement des prêts sans vérifier sérieusement la solvabilité des pays qui empruntaient ou, pire, qui ont prêté en sachant parfaitement que le risque de défaut était très élevé. Il ajoute que, puisque les prêteurs exigent de certains pays des taux élevés en vertu des risques qu’ils prennent, il est tout à fait normal qu’ils soient confrontés à des pertes dues à un effacement de dette. Ces prêteurs n’avaient qu’à utiliser les intérêts élevés qu’ils percevaient en tant que provisions pour pertes possibles. Il dénonce aussi les prêts « prédateurs » octroyés aux pays débiteurs à la légère par les banquiers (p. 55).


En résumé, Stiglitz plaide pour que les prêteurs assument les risques qu’ils prennent (p. 61). À la fin de sa contribution, il considère que les pays qui s’engagent dans la voie du défaut de paiement ou de la renégociation en vue d’obtenir une réduction de dette auront besoin d’imposer un contrôle temporaire sur les changes et/ou des taxes pour décourager les sorties des capitaux (p. 60). Il reprend à son compte la doctrine de la dette odieuse et affirme que celle-ci doit être annulée (p. 61). |3|

D’autres économistes abondent dans la même direction que Joseph Stiglitz.


Éric Toussaint (CADTM)

Notes

|1| Barry Herman, José Antonio Ocampo, Shari Spiegel, Overcoming Developing Country Debt Crises, OUP Oxford, 2010.

|2| En effet, une des conditions posées par le FMI lorsqu’il vient en aide à un pays au bord du défaut de payement est d’augmenter les taux d’intérêt locaux. Si un pays échappe aux conditions fixées par le FMI, il peut au contraire baisser les taux d’intérêt afin d’éviter autant que possible des faillites d’entreprises.

|3| Joseph Stiglitz a défendu cette position à de nombreuses reprises au cours des dix dernières années. Voir notamment son livre La grande désillusion, Fayard, 2002.

|4| Journal of Development Economics 94, 2011, p. 95-105.

|5| “Default episodes mark the beginning of the economic recovery”.

Eric Toussaint, docteur en sciences politiques, est porte-parole du CADTM international et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, Aden, 2014, http://cadtm.org/Bancocratie ; Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010.

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 23:02

141026-crise-du-capitalisme-236x300.jpgpar Georges Gastaud*, Annie Lacroix-Riz**, Antoine Manessis***


Wall Street, Londres, Paris, Tokyo, Francfort : les bourses des valeurs tanguent partout dangereusement ; le prix du pétrole aussi (c’est le signe d’une baisse de l’activité économique mondiale), la « croissance » américaine tant vantée est anémique ; la zone euro, « modèle allemand » en tête, met le cap sur la déflation continentale, ce symptôme bien connu non seulement de la récession, mais de la dépression économique !


Quant à la France, à l’Italie, à la Grèce, à l’Espagne, etc., la crise systémique mondiale du capitalisme et celle de la zone euro s’y doublent d’une véritable crise existentielle de ces Etats : tant il devient évident, y compris désormais pour des économistes « alter-européistes » comme Bernard Maris, que l’euro a été taillé sur mesure pour la grande industrie allemande et que la monnaie unique n’a pas eu d’autre effet que de plomber les industries du « Sud » européen en renchérissant leurs produits sur le marché mondial (l’euro fort est en effet le clone du Deutsche Mark).

Crise du capitalisme, les ingrédients des explosives années trente sont réunis

Tous les ingrédients des explosives années trente sont donc de nouveau réunis : les gouvernements libéraux-maastrichtiens et sociaux-maastrichtiens répondent à la dictature des eurocrates et à la crise systémique du capitalisme (avec sa baisse tendancielle des taux de profits moyens sur le long terme) par les mêmes recettes qui aggravent le mal : baisse des salaires réels directs et indirects (protection sociale, retraites, indemnités chômage), casse des services publics, démolition du statut des salariés et des couches moyennes, bref, assèchement de la « demande » et donc, spirale infernale de récession en vue. Tant pis si ce « traitement » aboutit, s’agissant de notre pays, à la destruction humiliante de sa souveraineté politique, monétaire et budgétaire, à la dévastation thatchérienne des acquis sociaux issus du CNR et du Front populaire, à la montée en flèche de la pauvreté et au délitement du lien social avec en prime l’essor des mouvements cléricaux, ultraréactionnaires et fascisants couvés par l’UMP et par le « rassemblement bleu marine ».


l’aiguisement de la crise renforces les tendances à la fascisation politique et à la mondialisation des guerres impérialistes sur tous les fronts

A l’échelle internationale l’aiguisement de la crise renforce les tendances à la fascisation politique et à la mondialisation des guerres impérialistes sur tous les « fronts » : Ukraine et frontières ouest et sud de la Russie, acharnement impérialiste contre les pays du Proche-Orient, tentatives à répétition pour déstabiliser les Etats progressistes d’Amérique latine, organisation du chaos en Afrique (Soudan, Libye, Mali, Centrafrique…), manipulations grossières visant à déstabiliser la Chine et la Russie à l’aide de pseudo- « révolutions colorées ». L’impérialisme américain s’efforce également, avec l’aide de l’UE et du gouvernement « socialiste » français, plus va-t-en-guerre que tout le monde, de mettre en place un véritable Empire yankee mondial avec, à l’Ouest, l’Union transatlantique associée à l’OTAN et à l’Est, l’Union « transpacifique » (transes bellicistes serait mieux venu) ancrée sur le Japon et la Corée du sud.

Guerre sociale contre les peuples, guerre impériale contre les nations souveraines, guerre contre les peuples dominés ou à dominer

Partout, le programme est à la GUERRE SOCIALE CONTRE LES PEUPLES, à la GUERRE IMPERIALE CONTRE LES NATIONS SOUVERAINES, à la GUERRE TOUT COURT CONTRE LES PEUPLES DOMINES OU « A DOMINER », ingérences, blocus, « sanctions » et guerres civiles manipulées à l’appui.


Mais l’aiguisement de ces contradictions fournit également des points d’appui aux forces communistes, patriotiques anti-impérialistes et démocratiques.


D’abord les contradictions inter-impérialistes se creusent aussi dans la pseudo- « communauté internationale » formée par Washington, Berlin, Londres, Paris, Tokyo et leurs affidés. Conçu initialement comme un compromis économique mondial entre le mark et le dollar, l’euro ne joue plus son rôle initial : après avoir « tué » l’économie des pays du sud (et maintenant, l’économie et le « social » français), donc asséché les débouchés de la grande industrie allemande dans ces pays, le partage des rôles entre euro fort et dollar faible est compromis et incite l’Allemagne « unifiée », cœur de l’impérialisme « européen », à un nouveau partage avec les Etats-Unis d’Amérique: le dollar faible demeuré monnaie mondiale permettait en effet aux monopoles états-uniens d’exporter partout à bas prix, l’euro fort garantissait les Etats-Unis d’Amérique contre les exportations allemandes et permettait aux monopoles états-uniens d’empêcher les dévaluations compétitives en Europe du sud. Quand l’Europe du sud, France incluse, n’a plus les moyens d’importer la marchandise « in Deutschland hergestellt », il faut bien que l’Allemagne capitaliste exporte en Amérique du nord (tentation de dévaluer l’euromark) et que  Washington, dont le crédit est menacé dans le monde tant leurs armées marquent le pas partout, cherche par divers moyens détournés à contenir son vassal et puissant concurrent allemand.


L’arrière-plan de tout cela, c’est la financiarisation à outrance de l’économie qui résulte de la recherche effrénée et mondialisée du profit maximal et de l’incapacité du système à accueillir dans la production, à des taux suffisamment rémunérateurs, les énormes capitaux spéculatifs flottants concentrés entre de moins en moins de mains. Cette financiarisation – qui n’a rien d’une excroissance du capitalisme et qui est intimement liée à ses lois tendancielles d’airain – ne peut que durcir les contradictions de classes entre le capital et le travail, et non les faire disparaître comme feignent de le croire les théoriciens sociaux-démocrates de la « fin du prolétariat » : et d’ailleurs, sans parler des luttes pré-insurrectionnelles qui continuent de couver ou de se développer en Europe du sud, en Bulgarie, etc., la classe ouvrière a mené dernièrement d’énormes luttes, avec souvent des victoires revendicatives à la clé, de la Chine au Bangladesh en passant par la Roumanie ou par la Tunisie.


Par ailleurs la domination impérialiste marque le pas sur bien des fronts. Sur le plan international l’agression des massacreurs de Tsahal à Gaza est un échec politico-militaire pour les criminels d’Etat qui dirigent Israël. Cuba résiste et se développe malgré les entreprises visant à l’isoler. La candidate favorite de Washington est arrivée 3ème aux présidentielles brésiliennes. Les pseudo-révolutions « oranges » font un bide à Hong-Kong et à St-Petersburg. Les impérialistes savent semer le chaos et la guerre civile de l’Ukraine, livrée aux néonazis, à l’Irak, à la Syrie, à la Libye, au Mali, au Soudan, en Afghanistan, mais ils ne savent absolument pas manifestement « tenir le terrain » par la suite. Même s’il est hors de question de blanchir les égorgeurs djihadistes liés à Washington et aux pétromonarchies, il est évident que partout les peuples VOMISSENT les « libérateurs » américains. Par ailleurs, Maduro tient bon face à la droite putschiste et Evo Morales, qui vient de remporter haut la main la présidentielle en Bolivie, a dédié sa victoire à Fidel Castro… Dans le Donbass ouvrier, au-delà du caractère composite du mouvement de résistance aux pronazis de Kiev appuyés par l’UE – OTAN les communistes ont résolument pris la tête de la nouvelle République populaire de Donetsk, défendu l’héritage de Lénine et de l’U.R.S.S., et l’armée fasciste adulée par nos médias « démocratiques » a mordu la poussière.

Au niveau européen, un nombre croissant de partis communistes se détournent du Parti de la gauche européenne, cette officine bruxelloise, rallient « L’Initiative » constituée autour du PC de Grèce (le PRCF en fait partie), appellent à rompre avec l’euro, un autre grand PC européen, le glorieux Parti Communiste du Portugal d’Alvaro Cunhal, prône une politique de « gauche patriotique et populaire » ; diverses initiatives communistes font écho à la ligne que le PRCF défend depuis sa fondation : la lutte unie pour les « 4 sorties » (euro, U.E, OTAN et capitalisme), comme chemin de masse pour reconstruire la perspective concrète de la révolution socialiste. Par ailleurs, non seulement les résistances de la classe ouvrière et des couches moyennes ne faiblissent pas en Espagne, en Grèce, etc., mais elles prennent de l’ampleur en Grande-Bretagne et en Allemagne (grève dure des cheminots).

En France, le mouvement ouvrier est, il est vrai, dans une passe dépressive en raison du ralliement flamboyant de Hollande aux moindres revendications du MEDEF, mais aussi à cause de la trahison des états-majors du PCF-PGE (devenu défenseur attitré de l’euro, G. Marchais doit se retourner dans sa tombe !) et des confédérations syndicales accrochées au mensonge de l’ « Europe sociale ». Il n’en reste pas moins vrai qu’avec d’autres, le PRCF joue son rôle d’avant-garde en faisant partager de plus en plus largement sa politique des « quatre sorties », que ce soit au niveau des groupes franchement communistes ou que ce soit en rassemblant les patriotes républicains ou en soutenant les syndicalistes de lutte. Déjà la proposition lancée en mai dernier par le PRCF d’organiser en mai 2015 une manifestation communiste et progressiste unitaire pour combattre l’Europe supranationale, atlantique, guerrière, austéritaire et fascisante,reçoit un écho grandissant. La récente grève d’Air-France a par ailleurs prouvé que lorsque l’on se bat sans prêter l’oreille aux endormeurs hollando-formatés des états-majors syndicaux, on peut faire reculer ce gouvernement très affaibli de Valls – MEDEF.

Si l’on ajoute à cela qu’il sera bien plus difficile, en cas de crise financière mondiale, d’en appeler de nouveau aux contribuables pour « sauver » les banques avec l’argent public alors que lesdites banques ont depuis lors copieusement strangulé les nations qui les ont sauvées, si l’on prend conscience du fait que le capitalisme moderne a brûlé ses vaisseaux en détruisant les bases des politiques réformistes (quasiment tous les partis de l’Internationale socialiste, de Valls en France à Renzi en Italie, sont en pointe pour les contre-réformes) on voit que le capitalisme n’a guère d’autre issue en ce moment que…

  • De mener une guerre idéologique de chaque instant, un décervelage sans égal depuis 80 ans, sur les deux thèmes « vive la guerre, vive l’austérité salariale à perpétuité ! », à bas les nations souveraines et leurs langues nationales (chantez, parlez, dansez, étudiez, cherchez EN ANGLO-AMERICAIN ou disparaissez !) ; l’arme principale de cette guerre idéologique, qui est aussi une idéologie de guerre, est l’anticommunisme et l’antisoviétisme dont le but principal est de dissimuler le caractère contre-révolutionnaire de la destruction du camp socialiste, d’ancrer dans les têtes le fameux « il n’y a pas d’alternative » cher à la sorcière Thatcher, de diaboliser les révolutions d’hier (non seulement Octobre, mais de plus en plus, Robespierre et la Révolution française « jacobine » elle-même !) pour conjurer les mouvements révolutionnaires de demain ;
  • De promouvoir sous cent faux nez – pas tous ouvertement nazis, djihadistes ou ultra-sionistes… – la fascisation politique : de préférence, novlangue et fausse gauche atlantique obligent, en alléguant « la démocratie », l’ « ingérence humanitaire », voire… « le maintien de la paix », etc.
  • De mondialiser les guerres et les ingérences en organisant le chaos à l’échelle mondiale, ce qui n’est jamais que la traduction géopolitique de la « concurrence libre et non faussée » néolibérale qui n’est que le nom de code du capitalisme monopoliste d’Etat en voie de continentalisation / mondialisation (ce qui ne diminue pas, mais accroît, les tensions inter-impérialistes) ;

Que faire dans ces conditions sinon…

A l’échelle nationale, travailler d’arrache-pied à unir dans l’action et l’expression commune permanentes les vrais communistes (membres ou pas du P.C.F.), les syndicalistes de classe, les patriotes républicains, dénoncer la tenaille constituée de l’U.M.P.S. maastrichtienne et de l’U.M.’ Pen ultraréactionnaire, faire émerger le Front patriotique et populaire contre la fascisation, contre Valls-MEDEF et contre son UE atlantique ? C’est à rendre cette alternative visible que pourrait servir une grande manifestation PROGRESSISTE anti-UE au printemps prochain précédée d’une série d’interventions militantes aux entreprises et dans le soutien politique déterminé des militants franchement communistes aux actions populaires

A l’échelle européenne, dénoncer plus que jamais l’euro-criminalisation du communisme historique, cette rampe de lancement continentale de la réhabilitation rampante des fascistes de la Belgique à l’Ukraine en passant par la Hongrie, les Pays baltes, etc.

A l’échelle mondiale, il faut aider si modestement que ce soit à la renaissance du Mouvement communiste international, au développement de la Fédération Syndicale Mondiale, à la reconstitution d’un Front anti-impérialiste mondial imposant le respect du droit des nations à disposer d’elles-mêmes à l’encontre de l’OTAN et des hideuses créatures de Frankenstein lâchées contre les peuples par la C.I.A., des égorgeurs djihadistes aux nazis ukrainiens et baltes.

Ce qui est certain en tout cas, c’est que nous sommes entrés dans la zone des tempêtes, de l’aiguisement des contradictions entre le capital et le travail, entre l’impérialisme et les peuples, entre tous les hommes épris de Lumières et de VIE et l’impérialisme capitaliste : celui-ci est de plus en plus incompatible avec la sauvegarde de l’humanité et de la vie sur terre (c’est ce que le PRCF appelle l’exterminisme capitaliste).


Ce qui n’est pas moins certain, c’est qu’à long et à moyen termes, il n’y a que deux issues possibles à cette crise mondialisée : soit le capitalisme finira par tuer l’humanité (ou par rendre la vie des hommes totalement inhumaine), soit l’humanité laborieuse tuera le capitalisme et reprendra sa longue marche, interrompue par la contre-révolution des années 1980/1990 ; une longue marche qui part de Babeuf, de la Commune, d’Octobre 1917, de Stalingrad, des révolutions chinoise, cubaine, vietnamienne, etc., et dont l’aboutissement sera le socialisme et le communisme pour le monde, c’est-à-dire une société enfin humaine où, selon le mot de Marx et d’Engels, « le développement de chacun sera la clé du développement de tous ».


A chacun de le comprendre et de s’engager à temps pour que la seconde solution triomphe au moindre coût humain. Et en France, cela passe notamment aujourd’hui, par le renforcement indispensable du PRCF, dont le champ de responsabilité s’accroît objectivement.


*Georges Gastaud est Philosophe, Auteur notamment de Mondialisation capitaliste et projet communiste, Temps des cerises, 1997.

**Annie Lacroix Riz est Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris VII

***Antoine Manessis est Secrétaire de la commission internationale du PRCF

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 17:47
140421-Togliatti---Gramci.jpgA l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Palmiro Togliatti, Domenico Losurdo revient sur son apport et ses liens avec Antonio Gramsci. Où il est aussi question d’Hegel, d’Adam Smith, de Lénine.....

 

L’année 2014 est celle du cinquantenaire de la mort Palmiro Togliatti, qui fut un dirigeant prestigieux du Parti communiste italien. Dans notre pays, PalmiroTogliatti est plutôt tombé dans l’oubli, contrairement à son compagnon de lutte, Antonio Gramsci, et il faut espérer que cet anniversaire permette de revenir sur sa vie et son rôle. Pour l’heure, quand on mentionne son nom c’est parfois pour l’opposer à Gramsci. C’est ainsi ce que fait Martin Rueff dans un recueil de textes de Gramsci édité récemment par un éditeur de grande diffusion. Dans sa présentation, il s’en prend à un « mythe qui a la vie dure », celui qu’aurait créé Togliatti selon lequel Gramsci était « avant tout un homme de parti ». Il y a là quelque chose d’affligeant quand on pense aux efforts passionnés de Togliatti pour faire connaître l’œuvre de Gramsci, efforts sans lesquels elle serait peut-être tombé dans l’oubli. Domenico Losurdo faisait déjà état de ces tentatives d’opposer les deux hommes dans Gramsci, du libéralisme au communisme critique, en considérant qu’elles étaient sans fondement. Il utilisait dans ce livre le terme « groupe ordinoviste », du nom du journal L’Ordine nuovo durant le mouvement turinois des conseils d’usine, ce qui est déjà une façon de réfuter la vision d’un Gramsci comme penseur isolé, auteur d’analyses certes géniales mais inappliquées ou incomprises. Il revient dans cet entretien sur l’apport de ces deux personnalités qu’on ne peut séparer, Togliatti et Gramsci.

 

Eric Le Lann

 

Commençons par le rapport de Gramsci et Togliatti au libéralisme. Tu cites à ce sujet Togliatti : « la fonction de libération » des libéraux « est passée à d’autres », écrit-il.


Domenico Losurdo. Je voudrais faire d’abord une considération générale, bien sûr Togliatti et Gramsci sont des personnalités différentes mais ils ont une caractéristique commune, je vais le dire en langage philosophique, c’est l’évaluation qu’ils font de l’universalité. Tous les deux sont d’accord sur la signification universelle de la Révolution d’Octobre, mais tous les deux pensent que l’universalité n’exclue pas les caractéristiques particulières de chaque nation, de chaque situation déterminée. Pour eux, il ne s’agit donc pas de reproduire une expérience mais de la traduire dans une culture nationale. Et ce n’est pas un hasard s’ils discutent avec les grandes personnalités de la culture italienne de leur temps telles que Croce et Gentile, et pas seulement avec celles de l’Internationale socialiste ou de l’Internationale communiste.


Tous deux ont appris de Lénine cette thèse d’Hegel : « l’universalité est telle dans la mesure où elle est capable d’embrasser le particulier concret » (le désir d’émancipation des classes subalternes, des peuples opprimés, des femmes), et de se traduire dans une culture nationale déterminée.


C’est dans ce cadre que se pose la question du libéralisme. Le marxisme est pour eux le résultat d’un long processus. Il y a longue tradition derrière Gramsci et Togliatti. Déjà Engels avait écrit que le prolétariat était l’héritier de la philosophie classique allemande. Chez Lénine il y a une affirmation plus forte encore : il évoque les trois sources et même les trois parties constitutives de la théorie de Marx, je souligne les mots, trois parties constitutives : la Révolution française, la philosophie classique allemande et l’économie politique classique.


Gramsci va plus loin. Il considère que le problème de l’héritage est un problème permanent. Le marxisme doit se développer, non dans l’isolement mais en discutant, en polémiquant avec les autres courants philosophiques et culturels. Gramsci a souligné plus fortement que personne ce thème de l’héritage mais ce thème de l’héritage, ce thème est commun à Gramsci et Togliatti. Dans la revue dirigée par Gramsci, Togliatti a aussi écrit beaucoup de choses sur la nécessité pour les communistes de reprendre l’héritage du libéralisme [1].


Tu insistes aussi sur la position commune de Gramsci et Togliatti face à l’héritage de la Révolution française. Tu évoques par exemple le fait que Gramsci publie dans L’Ordine nuovo un essai où l’historien Albert Mathiez compare jacobins et bolcheviks, ou le fait qu’il se démarque de Sorel.


Au début Gramsci n’a pas compris la fonction révolutionnaire du jacobinisme. Peut-être est-ce après la Révolution d’Octobre qu’il évolue. Pour Gramsci et Togliatti, la théorie de Marx n’est pas le « continent nouveau » dont parle Althusser, ni la révélation d’une prophétie religieuse, mais l’aboutissement d’un long processus historique où l’on ne peut négliger le rôle de la révolution bourgeoise, et notamment de la révolution bourgeoise française porteuse d’une radicalité, une révolution à laquelle ont participé des larges masses et qui a produit quelque chose qui va au-delà de la bourgeoisie.


Togliatti déclare, en 1925, « nous sommes arrivés (au marxisme) par la voie suivie par Marx, c’est-à-dire en partant de la philosophie idéaliste allemande (…) la voie royale par rapport à toute autre ». Tu rappelles qu’il avait entrepris dans sa jeunesse une traduction de la Phénoménologie de l’esprit d’Hegel. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet, et plus particulièrement quant au rapport des deux hommes à Hegel ?


Togliatti raisonne ainsi : il se pose la question « Quel est le parcours qui a conduit Marx à élaborer sa théorie ? » Il répond : Marx part d’Hegel et il en conclut c’est peut-être le meilleur parcours pour arriver au marxisme. Nous ne trouvons ni chez Gramsci ni chez Togliatti l’interprétation présentant Hegel comme un philosophe de la réaction. Je pense que ceux qui avancent cette interprétation n’ont rien compris à Hegel. Hegel est l’expression théorique de la Révolution française. Nous ne trouvons pas la réflexion la plus mûre sur la Révolution française chez les protagonistes de cette révolution mais dans la philosophie classique allemande et surtout chez Hegel.


Quels sont les points les plus importants de ce rapport de Togliatti et Gramsci à Hegel ?


D’abord l’histoire. Je cite la grande thèse d’Hegel dans la Philosophie du droit : la philosophie doit apprendre son temps dans le concept. Apprendre son temps, mais dans le concept, ce qui implique un effort de conceptualisation, de catégorisation.


Deuxième point, la catégorie d’Aufhebung (dépassement). Le dépassement, ce n’est pas la négation abstraite et totale, c’est hériter de quelque chose. Le dépassement de l’ordre bourgeois n’exclue pas l’héritage des meilleurs choses de la révolution bourgeoise


Troisième point, que je considère comme très important : chez Hegel, il n’y a jamais de logique binaire, de vision manichéenne, il y a toujours le conflit entre un droit et l’autre, tous les deux légitimes mais pas dans la même mesure. Et ce conflit, je l’appelle le conflit des libertés. Pour illustrer mon propos, je vais évoquer Adam Smith lorsqu’il réfléchit sur l’esclavage dans les colonies anglaises en Amérique à la veille de la révolte des colons contre le gouvernement de Londres. L’abolition de l’esclavage, dit Adam Smith, n’est pas possible sous un « gouvernement libre » mais plutôt sous un gouvernement despotique. Le « gouvernement libre » (les organismes représentatifs qui déjà existaient dans les colonies anglaises en Amérique) est alors monopolisé par les propriétaires d’esclaves et il n’abolira jamais l’esclavage. La liberté des esclaves noirs ne peut être réalisée qu’avec la répression des propriétaires d’esclaves. Pour Adam Smith, les amis de l’humanité doivent donc dans ce cas se prononcer pour le gouvernement despotique. Adam Smith ne dit pas ça parce qu’il est contre la liberté mais parce que dans cette situation la liberté des esclaves ne peut advenir sous le « gouvernement libre », sous le pouvoir d’organismes monopolisés par les propriétaires d’esclaves. La liberté des esclaves était plus importante que le self-government de la communauté blanche.


Ce conflit des libertés, on le retrouve dans toutes les grandes crises historiques. Hegel le voit dans la monarchie absolue. Celle-ci est despotique et critiquable en se sens mais elle a réprimé l’aristocratie féodale qui avait elle-même réduit la grande majorité de la nation dans l’esclavage. La monarchie absolue était d’un côté despotisme, de l’autre libération des serfs.


Hegel lit de cette façon la question sociale : « Un homme qui risque de mourir d’inanition a le droit absolu de voler le morceau de pain qui assure sa survie. » Pour Hegel, nous ne devons pas choisir alors entre le droit et la violation du droit, mais choisir entre la violation la plus grave du droit, qui est de condamner un homme à la mort, et une violation moins grave. Nous devons dépasser une situation dans laquelle le respect du droit peut comporter la mort par inanition. Il y a le droit de propriété, qu’Hegel ne remet pas en cause, et le droit à la vie. Pour Hegel, les deux droits dont on parle ici sont toux les deux légitimes, mais le second est bien plus important.


Voilà pourquoi, je crois qu’on ne peut négliger la grande leçon d’Hegel.


Venons-en à l’expérience du mouvement turinois des Conseils d’usine. Quelles leçons Gramsci et Togliatti, qui animaient durant ce mouvement le journal L’Ordine nuovo, tirent-ils de ce moment historique ?


Gramsci et Togliatti affirment la valeur universelle de la Révolution d’Octobre, mais pour eux on doit traduire cette universalité dans une situation nationale déterminée. Et pour eux, quelque chose en Italie peut ressembler aux soviets et ce sont les conseils d’usine. C’est une création spontanée des masses mais il faut faire l’effort de lui donner une formulation mûre sur les plans théorique et politique.

Pour Gramsci, les conseils d’usine ne doivent pas seulement organiser la grève pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires, mais être le noyau du nouvel ordre, de la nouvelle société, des nouveaux rapports de production. Gramsci est très polémique avec le mouvement anarchiste, incapable de faire tout ça. Pour comprendre la rupture radicale de Gramsci avec l’anarchisme, qui était présent même dans le mouvement révolutionnaire, on doit penser à la lecture que Gramsci fait de la Révolution d’Octobre, et plus précisément à la réponse qu’il apporte à la question « de quelle façon la Révolution d’Octobre a-t-elle triomphé ? ». Gramsci voit les bolcheviks comme une « aristocratie d’hommes d’Etat » (c’est une citation du journal L’Ordine nuovo) - et c’est peut-être là sa plus grande originalité – il voit en Lénine « le plus grand homme d’Etat » de son époque. Cela parce qu’après l’infâme guerre impérialiste la nation russe était menacée de disparition et de balkanisation. Dans cette situation, Lénine et les bolcheviks ont triomphé bien sûr parce qu’ils ont exprimé les sentiments de la classe ouvrière mais aussi parce qu’étaient porteurs d’une solution à la crise nationale, à la catastrophe nationale qui en avait été la conséquence.


Pour Gramsci, les conseils d’usine doivent démontrer qu’en exprimant les intérêts immédiats et stratégiques de la classe ouvrière, ils sont en mesure de donner une solution révolutionnaire, mais en même temps une solution pour la nation italienne tout entière, sortie dans une situation dramatique de la guerre. Il a une vision des conseils d’usine qui est loin du « trade-unionisme », pour reprendre cette catégorie de Lénine. Les conseils d’usine sont, toujours selon Gramsci, à la fois l’expression des intérêts du prolétariat et le noyau du futur Etat à construire.


Pour George Hoare et Nathan Sperber, auteurs d’une excellente Introduction à Antonio Gramsci, l’analyse du fascisme est un angle mort de la pensée de Gramsci. A l’opposé, Palmiro Togliatti semble un acteur majeur de la riposte du mouvement communiste au fascisme. Dans le livre, A l’ombre des deux T, Ceretti évoque la polémique de Togliatti avec Bordiga (qui fut secrétaire général du Parti communiste avant Gramsci) et plus précisément le discours de Togliatti lors d’une conférence clandestine du PCI à Florence prédisant "des années difficiles nécessaires au regroupement des forces prolétariennes afin de faire éclater les contradictions du fascisme et le renverser", contrairement à la position de Bordiga qui juge alors la révolution imminente. Il évoque aussi Stato operaio où Togliatti combat la thèse de Bordiga "fascisme = capitalisme". Y a-t-il divergence de ce point de vue ?


Nous ne pouvons pas comparer des personnalités dans des situations historiques différentes : Togliatti a eu plus de temps pour réfléchir au fascisme. Mais j’ajoute qu’il y a chez Gramsci une formulation que je ne partage pas : il parle parfois du fascisme comme d’une « révolution passive », où il y aurait des éléments de « plan ». L’application au fascisme de ce concept ne me semble pas convaincante. Mais il faut aussitôt relever que Gramsci a conduit la lutte contre Bordiga, qui portait une vision abstraite de l’universalité, une universalité incapable d’embrasser la particularité. Bordiga n’a jamais compris l’importance de la question nationale. Lorsque Gramsci est condamné par le tribunal fasciste, il est d’une grande lucidité : le fascisme, dit-il, conduira l’Italie à la ruine et la tâche des communistes sera de sauver la nation italienne [2].


Avec l’avènement d’Hitler, Gramsci écrit des choses importantes sur le nazisme. Il n’évoque pas seulement la brutalité de l’hitlérisme et la honte qu’il représente. Dès le début du IIIe Reich, en soulignant que le nazisme démontre la « fragilité de la civilisation moderne », Gramsci avait compris la catastrophe que représentait le nazisme pour la civilisation.


L’apport de Togliatti va au-delà de l’analyse : Togliatti est partie prenante de l’élaboration d’une réponse du mouvement communiste au fascisme. Ceretti raconte l’épisode de Thorez remarquant que Togliatti a utilisé l’expression "ami des travailleurs" dans un article sur un député socialiste italien et se demandant s’il fallait y voir le signe d’une évolution de l’Internationale communiste face à la menace d’Hitler, en clair d’une rupture avec la phraséologie renvoyant dos-à-dos socialiste et fascistes. "Ercoli (il s’agit du nom que Togliatti utilisait), écrit-il aussi, m’avait expliqué que le destin de l’Allemagne (...) conditionnait le cours de l’histoire". "Le désastre essuyé par la classe ouvrière allemande hantait les militants", poursuit-il. Ce désastre suivait celui essuyé par les forces progressistes italiennes...


Tu abordes là la question du social-fascisme. Bien sûr la théorie du social-fascisme a été une sottise et une catastrophe. On peut cependant relever que ce genre de choses était aussi agité par les sociaux-démocrates contre les communistes. C’est le cas de Kautsky pour qui le pouvoir soviétique était semblable ou pire que le fascisme. La sottise était des deux côtés. Togliatti comprenait que cette identification était une sottise, et déjà la lutte de Togliatti et Gramsci contre Bordiga était une lutte contre cette théorie : pour Bordiga, le fascisme était un changement de gouvernement comme les autres, alors que pour Gramsci et Togliatti c’était une chose qualitativement nouvelle et il n’y avait pas d’identification entre fascistes et socialistes. Ensuite, après l’assassinat de Matteotti, voire même avant, le Parti Communiste Italien appelle à l’unité d’action des communistes et des socialistes mais les socialistes sont plus réservés à ce sujet. Par la suite, Togliatti sera, avec Dimitrov, un des protagonistes du 7ème congrès de l’Internationale communiste. Mais lorsque, durant ce congrès, Dimitrov polémique avec le « nihilisme national », ce n’est pas une nouveauté pour lui, car il a déjà polémiqué au côté de Gramsci sur ce thème.


Le témoignage de Ceretti est aussi utile pour éclairer le rapport à l’Union soviétique. Il écrit : "un des rares jours où Togliatti était en veine de confidence, il m’avoua qu’il n’avait pas été facile de s’orienter dans cette lutte sans merci", qui a lieu au sein du parti bolchevik. Il signale aussi un épisode où Gramsci, alors à Moscou pour l’Internationale communiste, disparaît : il s’est en fait enfermé dans la pièce où l’on peut tout lire des débats internes au sein du parti bolchevik...


Il y a le fameux épisode de la lettre que Gramsci écrit en 1926 au Bureau Politique du PCUS. Il y a alors débat entre Gramsci et Togliatti. Togliatti serait pour une prise de position plus nette en faveur de la majorité, c’est-à-dire en faveur de Staline. Mais l’attitude de Gramsci va dans le même sens. Il espère que la contradiction ne va pas devenir « antagonique » mais il critique l’opposition trotskiste et parle avec ferveur de la NEP [3]. Elle est extaordinaire, la page que Gramsci consacre, en 1926, à l’analyse de l’URSS et du phénomène « jamais vu dans l’histoire » qui est implicite dans le pénible processus de construction d’une société socialiste ou postcapitaliste : une classe politiquement « dominante » en vient « dans son ensemble » à se trouver « dans des conditions de vie inférieures à des éléments et des couches déterminés de la classe dominée et assujettie ». Les masses populaires, qui continuent à supporter une vie de privations, sont désorientées par le spectacle du « nepman en fourrures et qui a à sa disposition tous les biens de la terre » ; et toutefois, cela ne doit pas constituer un motif de scandale en ce sens que le prolétariat, de même qu’il ne peut conquérir le pouvoir, ne peut pas non plus le maintenir, s’il n’est pas capable de sacrifier des intérêts particuliers et immédiats aux « intérêts généraux et permanents de la classe » [4]. Pour Gramsci, il n’y a pas d’identification entre situation politique et économique. La classe du prolétariat a conquis le pouvoir mais sur le plan économique elle n’a pas exproprié totalement la classe défaite, celle qui s’enrichit avec la NEP.

Il reproche à l’opposition de ne pas prendre en compte cette nouvelle situation historique. Il considère qu’il faut parfois faire des sacrifices économiques, mais garder le pouvoir.

En 1927, lorsqu’il visite la Russie, Walter Benjamin fait le même constat qu’il n’y a pas de correspondance entre richesse économique et pouvoir politique.


Venons-en aux Cahiers de prison écrits par Gramsci entre 1927 et 1937. Pour la petite histoire, Ceretti raconte dans son livre la colère de Togliatti lorsqu’il apprend que les malles où étaient gardés les manuscrits de Gramsci sont égarées lors du déménagement du Komintern, en 1941. Tout cela au moment où les Allemands sont aux portes de Moscou !


Il n’y a pas de doute sur le fait que Togliatti, et même l’Internationale communiste dans son ensemble avaient compris l’importance de l’élaboration de Gramsci. Togliatti a contribué non seulement à sauver les cahiers mais à leur publication. Sans son apport organisationnel, on ne peut comprendre la fortune immédiate de la publication des cahiers de prison. Togliatti était conscient de la grandeur de Gramsci, de son élaboration théorique.


Est-il exagéré de dire que les initiatives majeures prises par Togliatti à la Libération, je pense notamment à ce qu’on appelle le « tournant de Salerne » [5] trouvent leurs racines dans ces réflexions communes ?


Je veux tout d’abord évoquer une polémique qui s’est développée à propos du « tournant de Salerne ». Certains présentent cette intervention comme une initiative de Staline. Le discours de Togliatti à son arrivée à Naples est intéressant de ce point de vue. A l’époque, il y a encore la guerre, l’Italie n’est pas encore complètement libérée. Togliatti part de la révolution napolitaine de la fin du XVIIIe siècle ! Il n’est pas sur l’immédiateté politique, il reconstruit l’histoire de la révolution italienne, et pas seulement du mouvement révolutionnaire d’orientation socialiste ou communiste puisqu’il part de la révolution napolitaine de 1799 ! Cette réflexion sur la révolution italienne dans son ensemble est un grand thème de Gramsci, dont on sait qu’il a beaucoup réfléchi sur le Risorgimento [6] et ce n’est pas un hasard si Togliatti a publié un livre sur les réflexions de Gramsci à ce sujet. La définition de la résistance antifasciste comme « second Risorgimento », trace une ligne de continuité, avec bien sûr des discontinuités, entre le Risorgimento et la révolution antifasciste.

 

Qu’il s’agisse de Gramsci ou de Togliatti, la révolution sociale n’est jamais le nihilisme national, elle peut vaincre dans la mesure où elle fait appel à la plus grande partie de la nation.

 

Si l’opposition des deux personnages n’a pas de réalité historique ou politique, ne s’agit-il pas pour ses promoteurs de minorer le rôle du Parti communiste italien, comme intellectuel collectif pesant sur l’histoire ? L’oubli de Togliatti ne participe-t-il pas de cette vision ?


J’ai écris dans mon livre sur Gramsci que nous avons affaire à une attitude plus générale. Dans la gauche radicale, on dit qu’il faut retourner à Marx, et délaisser Lénine. Marx joué contre Lénine. Gramsci joué contre Togliatti. Pour Cuba, on choisit Che Guevara mais pas Fidel Castro. Pour l’Allemagne, on choisit Rosa Luxembourg mais pas Ernst Thälmann. J’ai appelé cette attitude “fuir l’histoire”. C’est une vision de la théorie détachée du mouvement réel, du mouvement communiste.


Chaque fois, on privilégie la personnalité qui, pour des raisons chaque fois différentes, n’a pas joué un rôle dans l’exercice du pouvoir d’Etat ou du pouvoir dans le parti. Comme Togliatti a été beaucoup plus longtemps que Gramsci secrétaire du PCI, qui a été arrêté, cette logique se met à l’œuvre.


Après la défaite de 1989 dans l’Europe de l’Est, la bourgeoisie essaie de diaboliser le mouvement communiste et Marx. Une tendance du mouvement communiste accepte cela et essaie de sauver quelque chose de Gramsci, de Che Guevara ou Rosa Luxembourg, en sacrifiant tout le reste.


Pour quelqu’un qui connaît mal l’Italie, il est difficile de saisir ce qui subsiste de cette expérience historique dans la réalité italienne. Je fais abstraction, bien sûr, de l’empreinte générale du mouvement communiste sur l’histoire de l’Europe et du monde. Peux-tu nous donner ton sentiment à ce sujet ?


Honnêtement, il subsiste très peu. Peut-être quelque chose au plan théorique mais au plan politique la situation italienne est catastrophique.


Pour conclure, quelle est selon toi l’actualité de la démarche de Togliatti et Gramsci dans la situation contemporaine ?


D’abord, je veux dire que je n’aime pas la façon dont cette question de l’actualité est posée le plus souvent. Ainsi dire que les thèses de Marx ont la même actualité qu’à l’époque où elles ont été formulées, ce serait dire que Marx n’a joué aucun rôle dans l’histoire, ce serait comme si Marx n’avait jamais contribué à modifier le monde qu’il a critiqué. L’actualité serait alors non pas un titre de mérite mais plutôt le contraire, la preuve d’un manque total d’efficacité sur le plan historique. Or, pour ne prendre que ces exemples, la condition ouvrière reste terrible mais personne ne nie aujourd’hui les droits politiques de la classe ouvrière pour lesquels Marx et Engels ont lutté ; Marx et Engels ont eu le mérite de souligner la question de l’émancipation de la femme, et la situation de la femme n’est plus aussi catastrophique qu’elle l’était en leur temps.

Pour en venir à Gramsci et Togliatti, il y a un fort élément d’actualité avec la lutte contre le néo-libéralisme et contre néo-colonialisme. Mais aujourd’hui le néo-colonialisme se présente sous une forme différente, les guerres contre la Libye, contre la Syrie, les campagnes contre la Chine ou Cuba se mènent au nom des droits de l’homme. Nous devons souligner qu’avant même de devenir communiste, Gramsci a toujours lié la question sociale dans les pays capitaliste à la question du réveil des peuples coloniaux. Nous ne sommes plus dans la situation que Lénine définissait comme « annexion politique » (la domination coloniale classique), en la distinguant de l’« annexion économique » avec une indépendance politique formelle (c’est le néo-colonialisme). Les pays qui ont conquis l’indépendance politique essaient de conquérir l’indépendance économique. Devant ce problème, il y a un grand retard du mouvement de la gauche et même du mouvement communiste, qui ne comprennent pas que la lutte de la Chine, de Cuba, de l’Amérique latine est la lutte pour passer de la phase politique de la lutte anticolonialiste à la phase économique. En ce sens Gramsci, Togliatti, mais aussi Lénine ou Mao, sont certainement d’une grande actualité, mais on ne peut pas négliger l’aspect tout à fait nouveau de la situation actuelle.

 

Février 2014

Notes :

[1] Signalons qu’en Italie le terme utilisé pour désigner le libéralisme politique (liberalismo) est distinct de celui utilisé pour le libéralisme économique (liberismo). Note de la rédaction

[2] « Je pense, Monsieur le Général, que toutes les dictatures de type militaire finissent tôt ou tard par être renversées par la guerre. Il me semble évident, dans ce cas, qu’il revient au prolétariat de remplacer la classe dirigeante, en prenant les rênes du Pays pour soulager le sort de la Nation (…) Vous conduirez l’Italie à la ruine, et à nous communistes reviendra de la sauver ». Cité par Domenico Losurdo, dans Gramsci, du libéralisme au communisme critique.

[3] Selon les initiales russes de la Nouvelle Politique Economique, menée à partir de 1922, liquidée à partir de 1927. Note de la rédaction.

[4] Référence italienne : La Costruzione del Partito Communista 1923-1926, Torino, Einaudi, 1971.

[5] Du nom de la ville, au sud de Naples, où Togliatti, en février 1944, avait appelé à l’union de tous les italiens, qu’ils soient républicains et monarchistes, pour participer aux côtés des Alliés à la guerre contre le nazisme. Note de la rédaction

[6] Période du XIXème siècle durant laquelle l’unité italienne se réalise. Note de la rédaction.

 

 

 

source: lafauteadiderot.net

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 13:09

Cycle de conférences-débats de Georges GASTAUD, agrégé de philosophie sur l'actualité de la philosophie marxiste à l'Université Populaire Ch'ti Guevara à Lens (62)

 

 

                   

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 02:05

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Anicet-Le-PORS.jpgpar Anicet Le PORS

 

Jean-Jacques Rousseau s’efforçait de définir ainsi les citoyens dans le Contrat social : « À l’égard des sociétés, ils prennent collectivement le nom de Peuple, et s’appellent en particulier citoyens comme participant à l’autorité souveraine ». Il annonçait ainsi le transfert de la notion de souveraineté du monarque au peuple. La nation sera introduite par l’article 2 de la Déclaration des droits de 1789 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». La constitution de 1793 ajoutera en son article 7 : « Le peuple souverain est l’universalité des citoyens français ». La constitution de la IVème République retiendra la notion de souveraineté nationale que l’on retrouve dans la constitution de la Vème République en son article 3 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et la voie du référendum ».


La souveraineté est une en ce qu’elle légitime l’exercice du pouvoir politique et de ses instruments (création monétaire, État de droit, politiques publiques, relations internationales). Il est courant d’en distinguer deux aspects, la souveraineté nationale et la souveraineté populaire. La première ne prétend pas à la seule représentation des citoyens existants, mais veut aussi traduire les aspirations de la continuité des générations. La seconde tend à privilégier la démocratie directe par rapport à la démocratie représentative soutenue par la première. La souveraineté ne saurait être déléguée si certaines compétences peuvent l’être. C’est dans le contexte très particulier du lendemain de la deuxième guerre mondiale que le préambule de la constitution de 1946 a prévu que, sous réserve de réciprocité, « La France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l'organisation et à la défense de la paix. ». Restera constante, par ailleurs, la règle selon laquelle « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois » (article 55 de la constitution).


La souveraineté ne saurait cependant être préservée par le seul respect formel des règles du droit positif. On a vu comment le gouvernement est parvenu à contourner par la voie parlementaire le rejet par le peuple français, en 2005, du traité constitutionnel de l’Union européenne pour aboutir à ses fins avec le traité de Lisbonne qui serait aujourd’hui complété dans les mêmes conditions. Au-delà de ces manœuvres juridiques, il y a aussi perte de souveraineté sur le plan économique. La France a abandonné à la Banque centrale européenne son pouvoir monétaire. Avec l’inscription dans les traités européens de la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire sous peine de sanctions, elle perdrait aussi son pouvoir budgétaire, c’est-à-dire la conduite de l’ensemble des politiques publiques et, par là, serait mise en cause l’existence même de ses services publics et la notion d’intérêt général qui fonde leur existence. Y compris en ce qui concerne le problème de la dette, la France perdrait la maîtrise de sa gestion sous couvert de coordination des politiques budgétaires et financières soumises aujourd’hui au diktat des marchés financiers mondiaux et de leurs agences de notation dépourvus de toute légitimité politique. La souveraineté, c’est donc aussi la reprise en mains par la nation de sa politique économique : le Japon est deux fois et demie plus endetté que la France et pourtant il ne connaît pas les tourments européens pour la simple raison que les titres de la dette japonaise sont possédés, non par les marchés financiers mondiaux, mais par … les Japonais.


L’abandon de la souveraineté c’est aussi, pour le pouvoir sarkozyste, l’occasion de mettre la France aux nomes exigées par l’ultralibéralisme prévalant au sein de l’Union européenne. La souveraineté nationale et populaire a permis : un service public occupant un quart de la population active, un système de protection sociale basé sur la solidarité, un principe de laïcité fondant la responsabilité civique, un modèle d’intégration établi sur le droit du sol, une démocratie locale aux multiples foyers. Ce sont pour le pouvoir actuel autant d’ « anomalies » qu’’il veut supprimer. Comme l’écrit le philosophe Maecel Gauchet : « Le programme initial du sarkozysme, c’est un programme de banalisation de la France ». À l’inverse, la défense de la souveraineté nationale c’est, pour le peuple français, le moyen de se réapproprier son histoire, la démarche rationnelle et la morale républicaine.

 

 

source: l'Humanité-Dimanche

18/12/2011


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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 22:50

    Jean-SALEM-3.jpgPar Jean Salem, philosophe, professeur de philosophie à l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne (*).

 

«En pleine crise du capitalisme, même s'il ne faut pas feindre d'ignorer la montée de l'extrême droite et autres symptômes de désespoir, on discerne un besoin de perspectives politiques besoin qui s'exprime, ici et là sur la planète, dans des mobilisations fort diverses. L'œuvre et l'action de Lénine, penseur majeur de la révolution, nous éclairent dans cette recherche. J'identifie dans cette œuvre six thèses qui me paraissent avoir conservé toute leur actualité. 1 La révolution, tout d'abord, est une guerre. Lénine compare la politique à l'art militaire, et souligne la nécessité qu'existent des partis révolutionnaires organisés, disciplinés : car un parti n'est pas un club de réflexion (dirigeants du PS : merci pour le spectacle !). 2 Pour Lénine, comme pour Marx, une révolution politique est aussi et surtout une révolution sociale, c'est-à-dire un changement dans la situation des classes en lesquelles la société se divise. Cela signifie qu'il convient toujours de s'interroger sur la nature réelle de l'état, de la « République ». Ainsi, la crise de l'automne 2008 a-t-elle montré, avec évidence, combien dans les métropoles du capitalisme, l'état et l'argent public pouvaient être mis au service des intérêts des banques et d'une poignée de privilégiés. L'état, autrement dit, n'est nullement au- dessus des classes. 3 Une révolution est faite d'une série de batailles, et c'est au parti d'avant-garde de fournir, à chaque étape de la lutte, un mot d'ordre adapté à la situation et aux possibilités qu'elle dessine. Car ce ne sont ni l'humeur que l'on prête aux « gens », ni l' « opinion » prétendument mesurée par les instituts de sondages qui sont à même d'élaborer de tels mots d'ordre. Lorsque, au paroxysme d'une série de journées de manifestations, 3 millions de personnes se retrouvent dans la rue (c'est ce qui s'est produit en France, début 2009), il y a nécessité de leur proposer une perspective autre que la seule convocation d'un énième rendez-vous entre états-majors syndicaux. Faute de quoi, le mouvement s'épuise, et décourage ceux qui ont attendu en vain que leur soit indiquée la nature précise des objectifs à atteindre ainsi que le sens général de la marche 4 Les grands problèmes de la vie des peuples ne sont jamais tranchés que par la force, souligne également Lénine. « Force » ne signifie pas nécessairement, loin s'en faut, violence ouverte ou répression sanglante contre ceux d'en face ! Quand des millions de personnes décident de converger en un lieu, par exemple la place Tahrir, au centre du Caire, et font savoir que rien ne les fera reculer face à un pouvoir détesté, on est déjà, de plain-pied, dans le registre de la force. Selon Lénine, il s'agit surtout de battre en brèche les illusions d'un certain crétinisme parlementaire ou électoral, qui conduit, par exemple, à la situation où nous sommes : une « gauche » tendue presque tout entière vers des échéances dont une masse immense de citoyens, à juste raison, n'attend presque rien. 5 Les révolutionnaires ne doivent pas dédaigner la lutte en faveur des réformes. Lénine est, certes, conscient qu'à certains moments, telle réforme peut représenter une concession temporaire, voire un leurre, auquel consent la classe dominante afin de mieux endormir ceux qui tentent de lui résister. Mais il considère, cependant, qu'une réforme constitue la plupart du temps une sorte de levier nouveau pour la lutte révolutionnaire. 6 La politique, enfin, depuis l'aube du XXe siècle, commence là où se trouvent des millions, voire des dizaines de millions d'hommes. En formulant cette sixième thèse, Lénine pressent que les foyers de la révolution tendront à se déplacer toujours davantage vers les pays dominés, coloniaux ou semi-coloniaux. Et, de fait, depuis la Révolution chinoise de 1949 jusqu'à la période des indépendances, dans les années 1960 du siècle dernier, l'histoire a très largement confirmé ce dernier pronostic. Bref, il faut lire Lénine, après le déluge et la fin du « socialisme réel ». Le lire, et le relire encore. Afin de préparer l'avenir. »

 

Propos recueillis par Laurent Etre.

Publié dans l’humanité du 29 avril 2011

 

(*) Jean Salem est notamment l'auteur de Lénine et la révolution, Editions Encre Marine, 2006.

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La grève qui nous sèvre!

par Floréal

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...à propos des bénéfices secondaires de la grève à Radio-France

Dans Télérama, des lecteurs branchés s’affrontent à fleurets mouchetés (comme il sied dans l’hebdo culturel de l’élite) à propos de la grève dure à Radio-France: si les uns déplorent à mots couverts que la grève les prive inhumainement de leur lot quotidien de boboïsme branché, d’autres, un peu plus à gauche, appuient mollement la grève : ne vise-t-elle pas à défendre ce cher « service public » sans lequel, de leur propre aveu, certains « Téléramistes » ne supporteraient plus le dur fardeau d’exister ?

Quant à nous, bourricots de bolcheviks obtus que nous sommes, nous soutenons sans réserves cette grève. Et cela pour de tout autres raisons que l’élite téléramiste :

  • la première raison est que la grève à Radio-France est un des trop rares exemples d’action DE CLASSE déterminée contre les effets antisociaux de l’austérité hollando-maastrichtienne (même si hélas, trop de journalistes appuient la manœuvre de diversion lancée par Fleur Pellerin pour faire de M. Gallet le bouc émissaire des décisions gouvernementales). Cette grève illimitée montre que des travailleurs peuvent encore se battre pour GAGNER et pas pour « témoigner de leurs aspirations » à l’occasion de « journées d’action » sans lendemain qui laissent d’avance le dernier mot au MEDEF et Valls-MEDEF.
  • La seconde raison est que cela fait un bien énorme au moral que de savoir que chaque jour que le Bon Dieu fait, des millions de braves gens qui se croient « de gôôôche », ne recevront pas leur injection matutinale de social-libéralisme, d’anticommunisme secondaire et d’’euro-atlantisme « humanitaire » administrée par MM. « Pat Co » et B. Guetta, ; grâce à ces irresponsables de grévistes, les intoxiqués de Patricia Clark et de ses « kids » seront frustrés de leur dose quotidienne de frenglish (dans l’émission « Come on ! » rebaptisée « Alive »). En vérité, ce SEVRAGE idéologique de masse est presque aussi salutaire que celui qu’a subi naguère notre pays tout entier quand la grève ouvrière de mai 68 eut « coupé le jus » (et le micro !) aux anticommunistes professionnels de feue l’ORTF !

Pourtant notre bonheur reste incomplet : car pendant que les euro-prédicateurs de Radio-bobo sont réduits au silence, les Radio-beaux-beaufs du privé continuent d’occuper le « temps de cerveau disponible » : entre deux pubs assourdissantes, RTL, Europe 1, RMC, ont tout loisir pour marteler leurs propos antisyndicaux, pour poursuivre leur ramdam anti-fonctionnaires et pour organiser leur promo même plus larvée du FN et de Sarkozy (cherchez la différence !). Se déverse ainsi à plein jet sur le tamtam permanent du MEDEF et de la droite contre les acquis sociaux, les « assistés » (sic) et le code-du-travail-d’où-nous-vient-tout-le-mal ;  sans oublier bien sûr  l’éloge permanent des « States », la célébration émue de la « Belle-Europe-que-v’là », la diabolisation incessante des « ennemis-de-l’Occident » (Russes, Cubains, Coréens, cocos, « islamistes », grévistes de tous poils, etc.), l’éternelle question posée à tout bout de champ par le « journaliste » de service : « mais-que-font-nos-voisins-anglo-saxons-à-ce-sujet ? », l’allégeance obsédante à Frau Merkel, le tout sur fond de bain linguistique anglo-américain…

 

Alors s’il vous plait, travailleurs des radios privés, mettez-vous vite en grève aussi : pas seulement pour soutenir vos vaillants camarades du public (ça s’appelle la solidarité de classe), mais pour faire pleuvoir sur toute la France un bienfaisant mutisme réparateur.  Vite, vite, croisez-vous les bras aussi et rendez ainsi aux citoyens le plaisir de penser par eux-mêmes. Ils auront peut-être alors – qui sait ? – l’idée de revendiquer un audiovisuel public démocratisé et véridique qui soit enfin soustrait au duopole des oligarques du privé et d’une propagande d’Etat aussi doucereuse qu’omniprésente !

Floréal, le 1er/04/2015

Pétition

Halte à la fascisation en Ukraine

Halte à la marche à la 3ème guerre mondiale

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A lire ....

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Initiative Communiste n°155 (Avril 2015)

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Les cons ça ose tout !
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La Guerre Sacrée

Radio Libertaire 89.4

ALR-libertaireSamedi 31 décembre 2011 de 11 h 30 à 13 h 30

Annie Lacroix-Riz , historienne, participera

à l’émission « Chroniques syndicales » 

consacrée au dossier Renault

sur Radio Libertaire

89,4 MHz FM en Ile-de- France

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