blog franchement communiste
par Jacques NIKONOFF
porte-parole du M'PEP , ancien Président d'ATTAC
Le massacre social et démocratique qui frappe la Grèce, provoqué par les oligarques de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), mais aussi par les dirigeants des pays concernés, suscite, à juste titre, une vague de réprobation en France. Les appels à la « solidarité » avec le peuple grec se multiplient. Il faut encore les amplifier. Et se demander comment faire pour qu’ils soient vraiment efficaces. Tel n’est pas le cas de la pétition intitulée « Solidarité avec la résistance grecque » lancée par le journal L’Humanité du 13 février 2012. Face à l’exacerbation de la crise de l’euro, et à l’intensité maximale et dramatique qu’elle connaît en Grèce, une grande partie de la gauche française et européenne est tout simplement perdue.
La gauche, face à cette situation, tente à juste titre de réagir et d’exprimer sa solidarité avec le peuple grec. Mais ses initiatives et ses analyses sonnent creux, car elle reste engluée dans le mythe européen et s’avère incapable d’offrir la moindre perspective unificatrice aux mobilisations à l’échelle européenne.
Le symbole le plus visible de cette dérive est la pétition lancée par le journal L’Humanité du 13 février 2012, intitulée « Solidarité avec la résistance grecque ».
Mais non ! Ce dont ont besoin les Grecs, c’est l’annulation de leur dette ! Comme les Espagnols, les Portugais… et les Français ! L’Humanité n’évoque même pas la revendication principale qui devrait unifier les mouvements sociaux européens : l’exigence de l’annulation de la dette. En outre, L’Humanité veut le « salut » de l’euro ! C’est le monde à l’envers ! Combien de fois faudra-t-il répéter que l’euro est le vecteur de la libéralisation des marchés financiers, au service d’une politique monétaire faite pour eux, et qu’il a été conçu dans ce seul objectif. Il faut démanteler l’euro au plus vite et permettre aux différents pays concernés de recouvrer leur souveraineté monétaire tout en recherchant les moyens de mettre en place une monnaie commune et non plus unique. Pourquoi ce changement d’orientation de L’Humanité par rapport au rôle éminent joué par le journal en 1992 lors de la bataille contre le traité de Maastricht ?
Mais non ! Si, un jour, la BCE prêtait directement aux États, ce serait un moindre mal. Mais ce jour n’arrivera pas, c’est rigoureusement impossible ! C’est faire preuve d’une profonde méconnaissance de la réalité politique européenne – et surtout allemande - et des mécanismes monétaires de la BCE pour imaginer une telle possibilité.
Rappelons, encore une fois, ce qui devrait apparaître comme des évidences à des hommes et femmes de gauche :
Incroyable ! L’Humanité, après avoir pris la défense de l’euro, prend maintenant la défense de la « construction » européenne ! Faut-il encore rappeler que la « construction » dont il est question est celle du capitalisme européen ? Que cette « union » est celle des classes dirigeantes européennes et non celle des peuples ? Et que le meilleur moyen de faire preuve de solidarité est de s’engager vers son démantèlement ? Il n’est pas possible de modifier l’Union européenne de l’intérieur, c’est comme si on voulait changer l’OTAN de l’intérieur. Pour unir les peuples, il faut détruire le système de domination et d’aliénation qui les emprisonne, et bâtir une véritable union des peuples et des nations, débarrassée de l’eurolibéralisme.
Mais non ! Autant demander aux capitalistes de cesser d’être capitalistes ! Il n’existe aucun rapport de force, à l’échelle européenne, pour imposer une telle mesure qui fait office de vœux pieux. C’est décourager les travailleurs que de leur faire croire qu’une telle perspective est possible. Imaginons ce que donnerait la même revendication, mais transposée aux trois autres piliers de l’ordre néolibéral mondial. Ainsi nous pourrions demander au FMI de ne plus être le FMI et de supprimer les paradis fiscaux, d’interdire la spéculation, etc. Pendant que nous y sommes, nous demanderions à l’OMC de mettre un terme au libre-échange. Et à l’OTAN de se dissoudre…
Mais non ! Recapitaliser des banques ou les nationaliser, ce n’est pas pareil ! Faut-il en conclure que L’Humanité n’est pas favorable à la nationalisation de TOUTES les banques, même après le désastre auquel elles nous ont conduits ?
Ces objectifs sont minuscules, incapables de provoquer une rupture décisive dans le système capitaliste ! Bien sûr, la sélectivité du crédit est une très bonne chose. Mais à elle seule cela ne suffit pas. Il faut aussi :
Cette pétition provoque un immense sentiment de tristesse. Elle ne propose aucune perspective unificatrice des revendications et des luttes à l’échelle européenne. Elle ne propose rien, sinon des mots d’ordre creux et défensifs comme « résister ». Elle traduit l’état de délabrement idéologique d’une grande partie de la gauche, son impuissance, ses contorsions pathétiques pour donner l’impression qu’elle fait quelque chose.
La vraie solidarité avec le peuple Grec devrait montrer une voie commune pour tous les peuples européens : abattre l’ordre eurolibéral, avancer vers le démantèlement de l’Union européenne, dans l’immédiat annuler les dettes, sortir, partout, de l’euro et de l’Union européenne pour relancer l’emploi, l’activité économique, la protection sociale… Et ceci ne peut s’envisager qu’à l’échelle nationale !
C’est Aleka Papariga, secrétaire générale du Parti communiste grec qui a raison : « Le détachement de la Grèce de l’Union européenne et l’annulation unilatérale de la dette. Voilà la solution, tout le reste est un drame pour les travailleurs ».
source M'PEP
21/02/2012